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Les Conservatoires constituent un véritable patrimoine humain, ne les fermez pas!

25/09/2014 11:32 EDT | Actualisé 25/11/2014 05:12 EST

Monsieur le premier ministre, Madame la ministre de la Culture,

C'est en pleine répétition de l'opéra Carmen que je dirige présentement à Vancouver que j'ai pris connaissance des rumeurs de fermeture des Conservatoires de musique du Québec en région. Pour être honnête avec vous, j'en ai presque échappé ma baguette!

Comme chef d'orchestre diplômé des Conservatoires, l'enseignement que j'y ai reçu me permet de poursuivre une carrière épanouissante sur les plus grandes scènes du monde, d'être devenu le premier québécois nommé à la tête d'un orchestre américain, celui du New Jersey, tout en conservant mes racines dans ma ville natale, en tant que directeur artistique de l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières. À ce titre, je joins ma voix au récent concert de protestations et j'appuie sans réserve la sauvegarde de cette institution unique qui fait la fierté et la richesse culturelle de notre société distincte.

Grâce au réseau des Conservatoires, les jeunes talents musicaux d'ici bénéficient d'une relation exceptionnelle avec leurs professeurs et ce, de la plus tendre enfance jusqu'au niveau universitaire à la faveur d'un cursus continu, allant bien au-delà de l'apprentissage de l'instrument, ce que ni le secteur privé ni le secteur public ne peuvent offrir. Les Conservatoires constituent un véritable patrimoine humain d'une richesse inestimable. Or, si un individu s'avisait de détruire un édifice patrimonial, il serait sévèrement jugé par la société. Pourquoi alors en serait-il autrement lorsqu'il s'agit d'un patrimoine humain? L'idée qu'une décision administrative puisse en un instant détruire une telle institution de savoir, que nous avons mis des décennies à construire, me fait frémir.

Je comprends que votre gouvernement fait face à de nombreux défis. Cependant, je pense à ceux, autrement plus dramatiques, auxquels ont été confrontés les dirigeants européens au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Vienne, qui fut sévèrement touchée par les affres de la guerre, a vu son Opéra National reconstruit avant même le Parlement et l'hôtel ville. Les dirigeants de l'époque avaient compris qu'un peuple se définit d'abord et avant tout par sa culture, et que c'est précisément durant ces moments difficiles que le peuple a le plus besoin d'art et de culture.

Or, si la situation financière du Québec est à ce point difficile, cette leçon d'histoire devrait peut-être servir d'inspiration. La décision de fermer une institution en raison d'un déficit budgétaire peut aisément être prise par un simple logiciel comptable. Par contre, la décision de donner les moyens de s'épanouir à une institution aussi importante que le Conservatoire ne peut venir que d'un grand chef d'État. Souhaitez-vous que vous et votre gouvernement passiez à l'histoire comme les fossoyeurs de la culture de notre société distincte et de ses institutions, ou plutôt comme de véritables leaders et bâtisseurs visionnaires et inspirés? Vos décisions à venir répondront sans doute à cette question...

Monsieur le premier ministre Couillard, si vous n'avez jamais rêvé d'être un grand chef d'orchestre, vous avez aujourd'hui une occasion unique de vous montrer à la hauteur de vos fonctions.

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