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Charte de la laïcité ou de l'humiliation

08/02/2014 07:37 EST | Actualisé 10/04/2014 05:12 EDT

Ce billet est paru dans Le bloque de Jacques Gauthier

Nous ne sommes pas seuls à habiter la terre. Depuis longtemps, des gens venus d'ailleurs arrivent au Québec avec leurs coutumes et leurs croyances. Ils découvrent un territoire aux saisons bien marquées, s'adaptent en douceur, s'intègrent plus ou moins, deviennent nos voisins. On s'apprivoise mutuellement, nous créons des liens, comme dirait Saint-Exupéry. Tranquillement, la méfiance se transforme en confiance, l'ignorance en connaissance et la tolérance en respect. S'il y a parfois des mésententes, des incompréhensions, si le bon sens ne se fraye pas toujours un chemin d'eux à nous et de nous à eux, on essaie de trouver des accommodements raisonnables. Et on finit la plupart du temps par s'entendre, hors des tribunaux, car ils font partie un peu de la famille, « et les humains sont de ma race » (Gilles Vigneault).

Y avait-il péril en la demeure pour qu'un gouvernement minoritaire propose une charte de la laïcité qui divise la population à ce point au lieu de rassembler, qui restreint la liberté d'expression et de religion de ses employés? Pourquoi cette urgence de légiférer sur des signes religieux visibles qui soudain font peur, insécurisent les uns et humilient les autres? Où sont les études de la montée des intégrismes au Québec, des inégalités entre les hommes et les femmes quand ceux-ci affichent leur foi au travail? À qui profitent cette polarisation d'opinions, ces écarts de langage que j'entends parfois à la commission parlementaire, ce clivage entre croyants et incroyants, cette fixation sur le hidjab, cette suspicion envers ceux et celles qui ne pensent pas et ne croient pas comme nous?

L'État doit être laïque et neutre, bien sûr, mais les citoyens ne le sont pas. Un état libre n'impose pas la foi ou l'athéisme, mais en permet l'expression sans brimer personne, sans en faire la promotion, en misant sur la fraternité et l'attention aux plus démunis. Cela demande de la part du pays hôte une confiance en lui-même, une réconciliation avec son passé, une intégration de son héritage culturel et spirituel, une vigilance quant aux dérapages possibles, une éradication de l'humiliation qui conduit trop souvent au fanatisme. C'est pas mal plus sérieux qu'un simple enjeu électoral.

Lire les autres billets de mon blogue où j'ai déjà abordé le même sujet:

Charte de laïcité ou de valeurs

Laïcité, vivre ensemble avec nos différences

Charte des valeurs ou procès des religions

Ma réaction au manifeste des Janette

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