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Gaétan Barrette se fait servir sa propre médecine

13/01/2017 08:24 EST | Actualisé 13/01/2017 08:24 EST

L'expression «se faire servir sa propre médecine» n'aura jamais eu autant de sens que dans le dossier du financement fédéral de la santé dont on nous rebat les oreilles depuis mi-décembre.

Rappelons que les ministres de la Santé des provinces et territoires se sont réunis à Ottawa avant les Fêtes pour négocier à la hausse le financement fédéral de la santé. Mais les offres déposées par les ministres Philpott (Santé) et Morneau (Finances) n'ont pas eu l'heur de les satisfaire. Selon eux, la proposition fédérale revient à diminuer le pourcentage du financement de la facture des provinces d'un peu plus de 23 % actuellement à 20,4 % dans 10 ans.

Évidemment, nous ne pouvons qu'être d'accord pour un relèvement des transferts fédéraux en santé qui, de 50 % des coûts à leur mise en place, ont ensuite diminué jusqu'à 16 % pour revenir graduellement ces dernières années au niveau actuel d'un peu plus de 23 %.

Les arguments ne manquent pourtant pas pour qu'Ottawa finance adéquatement les provinces qui fournissent les soins de santé et les services sociaux nécessaires à leur population.

La Commission royale sur l'avenir des soins de santé au Canada, dans son rapport de 2002, estimait que pour soutenir la viabilité à long terme des systèmes de santé des provinces, le financement d'Ottawa devait rester stable et à une hauteur de 25 % des budgets provinciaux pour la santé. Pour Roy Romanow, son président, une baisse du financement fédéral ne pouvait qu'affaiblir le système public et accroître la privatisation.

Sauf que lorsque le ministre Barrette défend les besoins du Québec, il ne trouve aucune crédibilité aux yeux de personne. Son action et celle de son gouvernement, de même que celle des gouvernements libéraux du Québec depuis 2003 n'ont jamais contribué à maintenir le niveau de soins et services de notre système public, et encore moins à l'améliorer.

Rappelons encore qu'après avoir établi que le maintien des services en Santé nécessitait une augmentation annuelle de 5,6 % des budgets, le ministre libéral Bachand avait entamé dès 2011 une décroissance budgétaire qui s'est poursuivie sous les gouvernements subséquents, le ministre libéral Leitao y allant même d'une très maigre augmentation de 1,4 % en 2015 (le quart du nécessaire au maintien) et de 2,4 % l'an dernier, pas même la moitié de ce qu'il faut.

Quant à la manière de faire, que ce soit en 2004 avec le ministre de la Santé de l'époque, Philippe Couillard, ou en 2014 avec le ministre Barrette, les projets de loi fusionnant les établissements de santé ont été adoptés sous le bâillon et imposés de force au réseau public, sans égard aux besoins de la population, sans tenir compte du personnel et des gestionnaires qui, eux, sur le terrain, organisaient et fournissaient tant bien que mal les soins et services. Mais surtout, le plus vite possible, pour que la population n'ait pas accès à l'information lui permettant de comprendre les enjeux.

Les députés libéraux que nous avons interpellés chaque fois pour qu'ils défendent notre réseau public de SSS ont fait la sourde oreille et n'ont rien voulu entendre.

Les seuls qui ont tiré leur épingle du jeu sont les médecins, dont la rémunération est passée de 4,5 G$ en 2009-2010 à 6,6 G$ en 2014-2015. Une rémunération qui continuera de grimper, à laquelle se greffe une clause remorque leur garantissant une augmentation supplémentaire reliée aux résultats des négociations du secteur public!

Voici maintenant des extraits d'une entrevue du ministre Barrette, le 4 janvier dernier, à propos des négociations avec le fédéral :

«On est dans une espèce d'imposition, c'est quasiment une dictature en santé. On a le minoritaire, le fédéral, qui veut imposer aux majoritaires, que sont les provinces, non seulement ses vues, mais sa participation, sans négociations. Une négociation exige que les gens mettent sur la table des points de vue, des données, qu'il y ait un débat. Non, là, c'est un fait accompli de la part de celui qui est minoritaire, et de surcroît, ne donne pas de services : il ne gère rien, alors il a des a priori lui, là, il a raison. C'est un mauvais épisode de « Papa a raison », là.

Le gouvernement fédéral est un gouvernement élu, il ne peut pas faire abstraction éternellement de l'opinion publique qui, elle, veut que les services de santé soient maintenus au moins au niveau qu'il est actuellement. Et 5,2 %, c'est le maintien de ce qui existe et donc c'est même pas la possibilité de développer de nouveaux services comme le maintien à domicile et la santé mentale. Et ce que le fédéral nous offre, c'est une diminution du financement. [...] Le fédéral maquille les choses, il nous coupe sur une période de 10 ans [...], à un moment, à une période où, je le répète, c'est la période où la population vieillit le plus. Les besoins, on les connaît. Pis en plus, on veut qu'on développe de nouveaux services, notamment des services plus étendus de santé mentale. Là, à un moment donné, c'est une mathématique simple, et moi, ce qui m'interpelle le plus, ce qui m'étonne le plus, c'est où sont les députés fédéraux pour défendre les intérêts des citoyens du Québec, là.

Il y a trois provinces qui se sont mises dans une position un peu bizarre, en ce sens qu'elles ont signé des ententes bilatérales pour des raisons incompréhensibles, et en même temps, elles se sont donné une clause remorque qui leur permettrait si les dix autres provinces et territoires réussissaient une meilleure négociation [...].

Le problème, c'est au moins de maintenir les services que l'on donne actuellement, ce qui n'est pas possible avec une diminution du financement, et par-dessus ça, faut en développer de nouveaux. Là, à un moment donné, ça devient une arithmétique qui est très simple : c'est important d'informer le public, c'est important de parler à nos députés fédéraux, peu importe le parti. Il n'y a personne au Canada qui peut accepter une baisse de services, là, c'est ce à quoi le fédéral nous invite en baissant sa part de financement de 23 % à 20. [...] C'est comme si le fédéral disait : ben oui, on le voit bien que les besoins vont augmenter, mais nous on ne veut pas se faire prendre dans une obligation de participer au financement de nouveaux services, on va pelleter ça chez vous, dans les provinces, parce que le 25 %, ça nous fait peur et, « by the way », ça nous fait tellement peur qu'on va tout de suite décider de le réduire. Là, l'opinion publique, plus elle sera informée et plus elle se manifestera.»

Que le docteur Barrette se fasse servir sa propre médecine pourrait être une douce revanche pour tous ceux et celles qui lui ont reproché d'agir ainsi depuis deux ans. Si ce n'était qu'au final, ce n'est pas lui, mais la population québécoise qui en subira les conséquences.

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