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Ah, ce merveilleux monde du privé!

13/06/2016 10:01 EDT | Actualisé 14/06/2017 05:12 EDT

Mardi, le 14 juin, se tiendra à Montréal à l'Hôtel Omni, le Sommet de la santé organisé par LesAffaires.com . Y sont conviés tous les PDG, administrateurs et gestionnaires des établissements de santé (CISSS-CIUSSS), les sous-ministres et hauts-fonctionnaires des ministères de la Santé, des Finances, du Conseil du Trésor, d'une part, et, d'autre part, les PDG d'entreprises privées en santé.

Les premiers vont se faire raconter par les deuxièmes comment et à quel point le privé peut représenter la solution à tous les problèmes du réseau public de services sociaux et de santé.

Parions que ce Sommet sur la santé ne présentera pas à ses participants le clip suivant «Le privé moins cher et plus efficace... vraiment?» qui explique le mirage du privé.

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Mais l'attrait du privé est grand parce que ses chantres sont nombreux, dans les médias et au gouvernement, plus encore dans le gouvernement actuel du premier ministre Couillard qui dit vouloir s'occuper en priorité des vraies affaires.

Faisant écho à Ronald Reagan qui a déjà déclaré «l'État n'est pas la solution à notre problème, l'État est le problème», tous ces gens répètent que le public est le problème, et que la solution est privée. Et ils usent de comparaisons inadéquates, fausses ou tronquées, pour entraîner de plus en plus de population à les croire.

Ce lecteur, par exemple, qui m'écrivait:

«Si le ministère de la Santé fabriquait des automobiles, en achèteriez-vous?»

Votre comparaison ne tient pas la route, monsieur, lui répondais-je. La santé des gens n'est pas faite de constituantes égales, et l'intervention à son service ne peut se réaliser comme si on assemblait des pièces toutes pareilles et qu'on construisait une automobile. D'ailleurs, s'il en était ainsi, si vous étiez traité sans égard à vos particularités de santé (votre état général, votre âge, vos antécédents, etc.), vous seriez le premier à le dénoncer, et nous serions à vos côtés. De plus, la santé n'est pas une marchandise qu'on achète ou qu'on vend. C'est pourquoi nous disons que la santé n'est pas une occasion d'affaires!

Mais le lecteur me relance:

«Bon, je m'y prends autrement: disons que votre auto commence à émettre un drôle de bruit au niveau du moteur, vous vous présentez chez un concessionnaire et il vous répond qu'il ne peut pas analyser le problème avant six mois et même à ce moment-là, si une réparation est nécessaire, il vous fixera un rendez-vous pour une réparation dans un an: comment vous sentiriez-vous?»

Pour vraiment parler des mêmes choses, monsieur, lui répondis-je, prenons l'exemple suivant: «vous êtes membre d'un garage coopératif comprenant plusieurs établissements où vous, et tous les membres de la coopérative, faites réparer depuis nombre d'années vos autos pour une fraction du prix des autres garages qui sont privés. Ce garage coopératif répondait très bien à vos besoins, à vous et à tous les coopérants, jusqu'à ce que les gérants que vous avez engagés dans les dernières décennies, sous prétexte de meilleure gestion, se soient mis à réduire les heures de services, à mettre à pied le personnel, à fermer des sites de réparation, à vous imposer de nouveaux frais qu'ils ont nommés «accessoires», à sous-traiter les travaux sur vos véhicules aux autres garages privés, encourageant même vos garagistes à travailler à leur compte ou pour les privés où ils prennent une cote sur les réparations des clients qu'ils amènent avec eux, faisant gonfler de plus en plus les factures de la Coop et les vôtres, et allongeant les délais d'évaluation et de réparation de vos bolides à la Coop! Comment vous sentiriez-vous? Que feriez-vous? Laisseriez-vous les gérants que vous avez engagés continuer de travailler au profit des garages privés (qui s'enrichissent et grossissent) et à votre détriment? Diriez-vous qu'un garage coopératif, c'est de la m...? Iriez-vous dans les garages privés, en acceptant de payer toujours plus? Ou vous diriez-vous que ce garage coopératif vous appartient, et vous remplaceriez ces gérants par des personnes au service de la Coopérative, c'est-à-dire vous et tous les autres membres, comme cela se faisait avant, afin de conserver vos services de qualité à une fraction du prix de privé?...» C'est ça, la vraie question!

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Mais, évidemment, il est plus facile de croire à la magie du privé, surtout si on n'a pas vécu l'époque d'avant l'assurance hospitalisation et l'assurance maladie. Le clip suivant sur l'historique du système de santé au Québec rappelle à quoi ressemblaient les services de santé avant l'instauration du système public, et comment le Québec s'est doté d'un réseau public de services sociaux et de santé.

C'est pourquoi, mardi prochain, nous serons devant l'Hôtel Omni dès 10h15 pour un rassemblement-conférence de presse. Des gens du communautaire, du comité des usagères-usagers des Sommets du CISSS des Laurentides, ainsi qu'un citoyen usager des services à domicile témoigneront de ce que signifie pour eux plus de privé dans les services.

Comme l'écrivait une lectrice:

«Je suis immigrante américaine. J'essaie depuis mon arrivée ici il y a une vingtaine d'années d'expliquer cette réalité aux collègues, voisins et amis qui avalent la propagande de l'institut Fraser, répétée sans cesse et sans analyse dans les médias, que le privé serait mieux que notre système public. L'objectif d'un régime de santé à but lucratif est le profit financier. Point.»

Peut-on être plus clair? La santé, c'est pas une occasion d'affaires!

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