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Les solutions sont publiques

Il y a tant à dire sur le choix du mode de rémunération des médecins et sur l'organisation des soins et services qui en découle.

23/11/2017 09:00 EST
Getty Images/iStockphoto

Par les temps qui courent, et dans les suites et impacts des réformes Barrette, beaucoup de gens proposent des solutions pour améliorer notre système public de Santé et de Services sociaux (SSS).

Dans un échange avec des lecteurs, l'un fait mention du livre « La santé repensée », du Dr Gaétan Brouillard. Le lecteur note que ce livre est « sur la coche et même un peu au-dessus », mais que la pratique de ce médecin « en clinique privée coûte les yeux de la tête aux patients qui y vont. Les résultats sont probablement bons, mieux que dans le système public, mais c'est beaucoup trop cher. Le docteur Brouillard n'a pas confiance dans les tests faits au Québec. Il les fait faire aux États-Unis. Je ne suis pas assez scientifique pour discerner s'il y a là arnaque ou bonne science. [...] L'idéal serait que cette médecine soit pratiquée dans le système public pour abaisser les coûts (et que les tests, dont quelques-uns nouveaux, soient faits ici)... »

Personne ne peut être contre la vertu et la tarte aux pommes, pas plus contre les meilleures pratiques en SSS ou dans quelque domaine que ce soit.

Cependant, en Santé, il faut se garder de tout médicaliser et médicamenter, de tout traiter sans considération globale, sans tenir compte de la personne dans son entièreté, sans tenir compte de son environnement, de ses conditions de vie et de travail qui sont, le plus souvent, ses conditions de santé.

À la Coalition, on réfère souvent à un vieux slogan: "La santé, c'est global, ça prend plus qu'un hôpital!" Ce slogan résume bien non seulement notre philosophie, mais toute la sagesse et la culture/connaissance scientifique mondiale : la santé, c'est plus que l'absence de maladie, et faire de la santé, c'est plus que soigner la maladie.

Le Manifeste de la Coalition explique notre façon de voir les choses. On y trouve ce qui devrait guider toute amélioration de notre système public de SSS. Les idées qui y sont défendues rejoignent celles de bien d'autres intervenants qui croient, à l'inverse du ministre Barrette, qu'un bon système performant ne doit pas être centré sur l'hôpital, pas plus qu'il ne doit être sous l'autorité suprême des médecins.

Vous connaissez peut-être la blague: "Quelle est la seule différence entre Dieu et un médecin? Dieu, lui, ne se prend pas pour un médecin." Le système de soins de santé ne peut être laissé entre les mains de médecins qui sont rémunérés à l'acte, c'est-à-dire pour chaque geste qu'ils posent.

Dans « Les solutions sont publiques », Damien Contandriopoulos compare ce mode de rémunération des médecins à un électricien que vous feriez venir chez vous, à qui vous diriez que vous allez le payer pour chaque prise électrique posée, et que vous laisseriez aller: "Vous allez voir, à la fin de la journée, le nombre de prises électriques qu'il aura posées!", conclut-il.

Des solutions pour le système public, on en trouve également dans trois études publiées depuis le début de l'année par I'IRIS, faisant état de la situation en SSS et proposant des alternatives.

Des solutions pour le système public, on en trouve également dans trois études publiées depuis le début de l'année par I'IRIS, faisant état de la situation en SSS et proposant des alternatives. Celles-ci s'éloignent diamétralement des réformes Barrette, et pour certaines d'entre elles, on pourrait parler d'un pavé dans la mare des Fédérations médicales!

Il y a tant à dire sur le choix du mode de rémunération des médecins et sur l'organisation des soins et services qui en découle, sur les tests inutiles aux diagnostics, sur les prescriptions de médicaments inutiles, voire dangereux, sur la nécessité d'une première ligne travaillant en équipe multi-pluri disciplinaire, sur la nécessité des services sociaux et de la prévention, etc.

Je n'ai pas lu le livre du Dr Brouillard, mais j'avoue avoir un préjugé défavorable pour un livre écrit par un médecin qui pratique au privé à fort coût et qui, j'imagine (mais peut-être à tort), ne doit pas souffler mot sur des services sociaux comme moyens préventifs pour diminuer les coûts médicaux.

À tout prendre, je préfère encore le Dr Fernand Turcotte, le père de la Santé publique au Québec, dont la pensée s'inspire du premier principe d'Hippocrate : d'abord ne pas nuire!

Dans une précédente chronique, j'avais déjà rapporté partiellement un message qu'il nous avait fait parvenir. En voici l'intégralité:

« Un million de fois Bravo! pour votre excellent travail. Vous pourriez vous attaquer aux mensonges qui empêchent de voir la vérité. Ce n'est pas le vieillissement de la population qui fait vaciller les services de santé, mais l'explosion des coûts pharmaceutiques et des pratiques inutiles, notamment en prévention. Mettre fin aux dépistages pour réduire la mortalité par cancer, mettre fin au traitement médicamenteux de facteurs de risque, mettre fin aux bilans de santé qui ne sont pas qu'inutiles, mais aussi toxiques quand ils exposent les bien portants à tous ces dépistages bancaux qui ne respectent aucune des règles censées les encadrer, règles établies par l'OMS en 1968. Arrêter de parler de la réforme Barrette pour la nommer correctement; le BORDEL Barrette. Arrêter de parler du ministre Barrette, mais plutôt dénoncer le bouffon Barrette qui prétend n'avoir pas besoin de rien savoir pour gérer correctement le réseau. Plus ignare que cela, on crève. Faire savoir que dans tous les pays riches, les médicaments sont devenus la troisième cause de mortalité, après les cancers et les maladies cardio-vasculaires. Pour une fois que la pauvreté apporte un avantage. Faire connaître l'ouvrage de Peter Gøtzsche intitulé « Remèdes mortels et crime organisé ». Comment l'industrie pharmaceutique a corrompu les services de santé. L'ouvrage est publié par les Presses de l'Université Laval et son auteur est un des fondateurs de la Collaboration Cochrane, d'où viendra peut-être le salut, si tant est qu'il n'est pas trop tard. Mais je tiens à vous dire que c'est moi qui ai fait la version française de l'ouvrage de Peter Gøtzsche. Ce qui peut avoir l'air de me placer en conflit d'intérêts. Sachez que je n'ai pas de conflit financier puisque ce travail de traduction est bénévole et que je n'en tire aucun revenu. C'est pour rendre accessible cette information aux professionnels francophones, à la population et aux médias, que je vous recommande d'en parler. Ce n'est pas parce que je suis retraité que je suis pour autant relevé de mon obligation professionnelle de combattre toutes les sources évitables de souffrance humaine. Les gens ont droit de savoir la vérité et c'est là un travail que Gøtzsche et ses collègues de la Collaboration Cochrane font d'une manière admirable.»

Dr Turcotte, votre sens de l'éthique vous honore.

On souhaiterait en trouver autant chez notre ministre de la Santé.

Ses réformes seraient totalement différentes.

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