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Le pouvoir des femmes

30/03/2016 10:13 EDT | Actualisé 31/03/2017 05:12 EDT

J'étais dans une réunion familiale et amicale. Le dernier long congé avant l'été. Un rassemblement où on profitait du soleil sur la grande véranda de la maison de campagne.

Ça discutait de tout et de rien, ça riait, ça cajolait les plus petits, il y avait de la bouffe et de quoi boire, tout le monde avait apporté quelque chose. C'était agréable. Et l'ami qui m'avait invité m'avait fait promettre de ne pas parler de politique, question de ne pas faire monter la tension dans le groupe.

La discussion prit malgré cela un biais inattendu...

- Finalement, vous allez payer combien pour la garderie cette année?, a demandé quelqu'un à celle qui avait les deux plus jeunes enfants.

- On ne le sait pas encore, on n'a pas fait nos rapports d'impôts, mais avant le budget Leitao, on s'attendait à ce que ça nous coûte plus de mille piastres. Tu sais, on a deux bons revenus, ça fait que c'est sûr qu'on va payer.

- C'est normal que vous payiez plus, avec votre revenu familial pis vos deux enfants en CPE, dit Max.

- Ce n'est pas le fait de payer plus qui me dérange, Max, c'est la manière. Si le gouvernement manque d'argent pour payer les services qu'on s'est donné, ben il a juste à augmenter les impôts en proportion des revenus. Pis on va le payer ce qui manque, mais en gang.

- Oui, mais ce n'est pas tout le monde qui a des enfants, ajouta Max.

- Ok, mais qui c'est qui va te soigner quand tu vas être vieux et malade? Qui c'est qui va payer des impôts plus tard pour continuer à maintenir les programmes sociaux qu'on a? C'est nos enfants qui vont s'occuper de nous autres. Nos enfants à nous, mon chum pis moi, comme les autres enfants des autres parents, c'est nos enfants à tous nous autres, à toute la société. C'est eux autres, notre avenir. C'est pour ça que c'est à toute nous autres de nous assurer qu'ils vont avoir de bons services de garde pis une bonne éducation.

Mon voisin de chaise se pencha vers moi et se mit à me raconter comment lui et sa femme vivent depuis leur retraite. À un moment, il me dit, un peu gêné, qu'ils vont devoir se payer un luxe : une personne qui viendra faire le ménage. À 75 ans tous les deux, avec une santé qui commence à ralentir, ils ont jugé qu'avec de l'aide au ménage, ils allaient être encore bien à l'aise dans leur maison.

- De toute façon, a-t-il ajouté, on n'a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard!, laissa-t-il tomber en riant.

- Faudrait peut-être que vous disiez ça à l'Agence de revenu du Canada, reprit ma jeune mère de famille. Vous avez vu ça? Ils vont permettre à des millionnaires qui avaient fraudé l'impôt de ne pas payer d'amende! Pis à part de ça, KPMG, le bureau de comptables, ne sera pas non plus pénalisé! Tu vois, Max, nous autres, on va passer au cash, mais pas eux autres. Moi, ça me choque, ces affaires-là!

J'allais mettre mon grain de sel quand je vis le regard de mon ami : clairement, je ne devais pas en ajouter.

- C'est comme Barrette!, poursuivit encore ma jeune mère, que personne ne semblait pourtant arrêter. Il abolit le Commissaire à la santé et au bien-être pour être sûr que personne ne pourra évaluer son œuvre! Il a tout chamboulé en promettant que ça irait mieux, mais ça ne va pas mieux, pis il le sait. Ça fait qu'il se dépêche d'empêcher toute évaluation sérieuse et indépendante qui viendrait démontrer qu'il nous a menti!

- En fait, il n'a pas vraiment menti! lançai-je à tous, pendant que mon ami se redressait sur sa chaise. Le ministre a dit qu'avec sa réforme, la population serait aux petits soins. Et il a raison : la population n'a jamais eu des soins aussi petits!

La bande éclata de rire. Je fis un clin d'œil à mon ami, pour le rassurer. Je n'avais pas besoin d'intervenir politiquement. La jeune mère avait les coudées franches, et tapait dans le mille.

Sur le chemin du retour, je me suis mis à rêver : si les femmes du Québec réagissaient comme elle et prenaient conscience que tout le discours du gouvernement et ses politiques d'austérité/rigueur dans les finances publiques se font d'abord à leur détriment, elles qui sont les plus grandes utilisatrices, mais aussi les plus grandes dispensatrices de services publics, une alternative politique serait alors possible.

Si les femmes du Québec prenaient conscience de leur pouvoir, on se débarrasserait aux prochaines élections de ce gouvernement de banquiers et de docteurs qui sont en train de raser notre Québec.

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