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Barrette le canard

20/01/2017 08:32 EST | Actualisé 20/01/2017 08:32 EST

J'avais été invité par un vieil ami : «Viens donc, ça va te changer de ta job pis de la politique. On va rire, tu vas voir, ça va être le fun! » Je suis arrivé avec la meilleure des intentions de m'amuser avec tout le monde, et de ne pas faire de politique. On était une douzaine, femmes et hommes. Apéro, petites bouchées, musique, rigolade, anecdotes, blagues, le tout dans une ambiance agréable, vraiment loin de mon travail. Jusqu'à...

- «Avez-vous vu la dernière imitation de Trump à SNL?, lança tout à coup celui au fond. Alec Baldwin, il est écœurant! Il est plus vrai que le vrai!»

Normal de critiquer autant cette nouvelle présidence américaine qui insécurise le monde entier en 140 caractères. Tout le monde avait sa petite idée sur le personnage : est-il plus fou ou dangereux? Est-il bien conscient de ce qu'il fait quand il tire sur tout ce qui bouge? Avec tout le bruit qu'il fait, il devient difficile d'entendre clairement les points de vue et d'en discuter posément. Et sa réponse à Meryl Streep... Avec cette façon de faire, tout se mêle et s'entremêle comme si tout était d'égale valeur. Ça brouille les cartes, et ça finit par détourner l'attention des gens.

Puis, au milieu des commentaires, une rousse frisée lâcha :

- «C'est comme Barrette! C'est vrai! Il bouscule tout et tout le monde, il ne consulte personne, il n'en fait qu'à sa tête! Il se met tout le monde à dos : le personnel, les gestionnaires, les médecins, les infirmières, les pharmaciens, jusqu'à ses chums les radiologistes! Il n'y a personne qui l'aime! Même les chroniqueurs sont contre lui!»

Padam! La discussion venait de basculer. En même temps que je les écoutais, je prenais conscience qu'on n'avait plus 20 ans : l'une avait un de ses parents qui est en CHSLD, un autre attendait après un examen, une autre pour une opération, l'autre n'avait pas de médecin de famille, etc.

- «Moi, je ne comprends pas pourquoi Couillard le laisse faire! Il voit bien qu'il n'a pas d'allure!», dit l'un.

Je me risquai : «Pourquoi, d'après vous autres? Pourquoi le laisse-t-il faire?»

Il y eut un silence.

- «Pourquoi, d'après toi?», rétorqua la rousse qui avait allumé le feu.

- «Je n'ai peut-être pas toutes les raisons, ai-je répondu, mais une chose est sûre : un gouvernement ne laisse pas un seul de ses ministres faire n'importe quoi avec 40 % de son budget. Par contre, pour cacher quelque chose, vaut mieux le placer à travers plein d'autres choses : ça devient plus difficile à identifier. Quand tout le monde crie en même temps, c'est compliqué d'entendre et de comprendre ce qui se dit. »

- «Tu veux dire qu'il fait diversion? Un peu comme Trump?...»

- «Je ne sais pas, ai-je continué, mais est-ce que quelqu'un peut me dire ce qui arrive avec les fusions d'établissements? C'est quoi les impacts? Par exemple, à la Coalition, on a dit que ça allait favoriser la sous-traitance et la privatisation. Il y a plein de colloques organisés par le monde des affaires et appuyés par le gouvernement où sont invités les gestionnaires d'établissements, des colloques où on promeut les solutions privées aux problèmes publics. Est-ce qu'on en entend parler, de ça? Non. Il y a des régions du Québec où les gens ne sont pas contents de ce qui se passe. Saviez-vous que dans la vallée de la Matapédia, il y a un mouvement de contestation de la réforme Barrette? Même les élus municipaux de ce coin contestent le projet Optilab du ministre parce qu'il vide la région de l'expertise nécessaire à des soins et services de proximité, et ils appuient l'organisation d'un forum citoyen pour discuter de tout ça.»

- «Oui, mais c'est normal qu'on n'en sache rien, c'est loin de Montréal!, déclara un autre. C'est platte, mais c'est toujours comme ça quand ça se passe dans une région éloignée! »

- «L'insatisfaction n'est pas qu'à Amqui, repris-je, il y en a partout. Même à Montréal, il va y avoir un débat sur qui profite de la réforme en santé. Mais c'est plus facile à camoufler quand il y a plein de bruit entre les régions, pis que les pharmaciens pis les radiologistes pis d'autres encore crient en même temps. Sans compter qu'à la fin, les médias finissent par s'en désintéresser.»

- «Ben moi, j'ai perdu ma doc : elle s'est tannée pis elle a décidé de pratiquer au privé avec d'autres collègues. Elle dit que là, ils ne se feront pas écœurer par le Dr Barrette.»

- «Au final, combien d'autres vont faire la même chose?, continuai-je. Pis si la population ne trouve pas de médecin de famille ou un service dont elle a besoin au public, elle risque fort de se tourner elle aussi vers le privé... »

- «Au bout du compte, c'est-y ça, leur objectif?», demanda quelqu'un.

- «Toi, t'en penses quoi?», demandai-je.

La rousse frisée dit alors : «Quand ça marche comme un canard, que ça crie comme un canard et que ça nage comme un canard, c'est que c'est un canard!»

- «Barrette le canard!, s'écria l'un d'eux. Méchant canard!», ajouta-t-il, ce qui déclencha l'hilarité générale. Et pendant que la discussion se poursuivait, je me suis dit que je me méfierais la prochaine fois qu'on m'invitera en me disant que ça va me changer de ma job et de la politique...

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