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Un cadeau, Monsieur le ministre Barrette?

«Encore de nos jours, le patient semble absent des politiques en santé publique.»

06/12/2017 12:35 EST | Actualisé 06/12/2017 12:35 EST
Jacques Boissinot/PC

En cette approche des Fêtes et au début du long sprint électoral, il semble de bon aloi demander un cadeau à notre ministre de la santé.

Malgré les milliards anticipés qui seront dévoilés au prochain budget, le cadeau demandé ne devrait pas être trop gourmand. En réalité, il s'avère plutôt modeste, mais combien difficile à comprendre. On en parle depuis les tous premiers balbutiements de l'assurance maladie et on l'a tellement répété qu'il sombra finalement en désuétude : la place du patient dans le système de santé.

D'abord il représenta un but, la raison d'être même du système de santé : permettre à tous les patients du Québec d'avoir accès aux soins de santé. Dorénavant, toutes les personnes, y compris les plus pauvres, pourront se faire soigner sans avoir à se ruiner financièrement.

Mais il ne fut pas long avant que le système prenne la place du patient. À peine une dizaine d'années plus tard, le ministre de la santé d'alors, M. Marc-Yvan Côté, dû, dans une envolée oratoire mémorable au Colysée de Québec, passer le message que dorénavant, on devra placer le patient au cœur du système. Il faudra constater que le cœur du système était déjà rempli à pleine capacité d'autres problèmes puisque l'expression est devenue toute autant consacrée que vide de sens.

Encore de nos jours, le patient semble absent des politiques en santé publique. À chacun son médecin de famille avait-on décrété, objectif qui avait été fixé pour le premier décembre 2018. Lorsqu'on apprit que finalement le but ne serait pas atteint, dans un premier temps on l'admit et dans un deuxième temps, par un tour de prestidigitation, en déplaçant des données statistiques, les chiffres semblèrent montrer que le vœu avait été... presque atteint.

Un autre groupe de patient fait régulièrement partie de ces vœux pieux. Ce sont ceux qu'une appellation politiquement correcte qualifie de clientèle vulnérable. Les trois dernières années de mesures d'austérité ont très certainement contribué à augmenter leur vulnérabilité. Mais encore ici, le ministre lors d'un colloque annoncera que désormais : « nous aurons une pensée pour les clientèles vulnérables », le tout suivi de belles promesses bien senties. Et du même coup, un CIUSSS (anciennement une agence de santé et plus anciennement encore, une régie régionale, on n'arrête pas le progrès !) décide que désormais ces personnes vulnérables n'auront plus besoin de services s'ils ont plus de 55 ans. Faut croire que l'un des administrateurs de ce CIUSSS a été influencé par une réclame d'une compagnie de l'époque qui parlait de Liberté 55, parce que tous ceux qui participaient à leur plan pourraient prendre leur retraite à 55 ans. Mais ni l'autiste, ni celui ou celle qui vit avec une déficience intellectuelle ne peut prendre la retraite de sa condition. Le but de cet exercice du CIUSSS est de diminuer statistiquement le nombre de personnes sur des listes d'attente. Diminution des listes d'attente pour les clientèles vulnérables : un autre objectif qu'on pourra proclamé atteint du moins sur papier...

Un autre exemple flagrant de cette mise à l'oubli des patients est l'accès aux médicaments. Dans un premier temps, le ministre de la santé d'alors, le docteur Philippe Couillard, entreprit une course aux prix le plus bas en matière de médicaments. Ces prérogatives sonnèrent l'exode du Québec de nos grandes compagnies pharmaceutiques. Ce n'était pas grave, on avait épargné quelques millions. Avec ce départ massif des grandes pharmas, ce sont tous les départements de recherches scientifiques qui ont écopé. Bien sûr les médicaments génériques coûtaient moins chers, mais combien avons-nous perdu d'argents par cette baisse effarante de la recherche scientifique au Québec.

Enfin, l'unique cadeau dont les patients du Québec ont vraiment besoin demeure une simple prise en compte de leur existence.

Après près d'une dizaine d'années d'efforts et de créativité imaginative, le modèle du Québec en recherche et innovation vient à peine de reprendre son souffle. Cette fois, c'est du côté d'Ottawa que la menace d'un éteignoir arrive. La révision en cours du mandat du Conseil d'évaluation du prix des médicaments brevetés (CEPMB) pourrait, si une nouvelle direction n'est pas clairement demandée, freiner les efforts québécois pour continuer à remettre sur les rails la recherche et l'innovation au Québec. Mais à ce chapitre, le provincial a aussi du chemin à faire. Et une mesure, parmi d'autres, consisterait à simplifier et à moderniser l'entrée des nouveaux médicaments sur les listes approuvées par le ministère afin d'en assurer un accès plus rapide. On concilierait ainsi deux grands objectifs : permettre aux patients qui en ont besoin d'avoir accès plus rapidement à ces médicaments et encourager l'industrie à produire ici de nouveaux médicaments.

Enfin, l'unique cadeau dont les patients du Québec ont vraiment besoin demeure une simple prise en compte de leur existence. J'avais humblement proposé au ministre un bureau des usagers où les patients disposeraient d'une tribune unique pour apprendre ce que leur ministère concocte et pour y faire part de leurs suggestions. J'ai aussi créé le Journal le patient du Québec. S.V.P. utilisez-le. J'ai longtemps pensé être le seul à réaliser que le rôle du patient devra s'imposer dans un avenir rapproché et ce pour la survie du système. Pourtant, il y a quelques semaines Le Figaro titrait :

« L'efficience des soins repose d'abord sur le questionnement des pratiques.

Après la révolution de l'hygiène au XIXe siècle, puis celle de la science médicale triomphante du XXe siècle, certains pensent que la troisième révolution médicale qui s'amorce sera celle... des patients!

C'est le cas de sir Muir Gray, éminent professeur honoraire de l'université d'Oxford, et du psychologue allemand, Gerd Gigerenzer, qui affirmaient en 2011 dans un livre au titre éloquent (Meilleurs docteurs, meilleurs patients, meilleures décisions , The MIT Press): «Les citoyens ont le droit de connaître les faits élémentaires et ils ont la responsabilité de baser leurs décisions sur les preuves scientifiques les plus solides.» Dit par les auteurs de façon imagée, « tandis que la première révolution a apporté de l'eau propre, le troisième doit amener de l'information propre ». Ce n'est pas encore le cas, selon eux. « Pour ce qui est de la santé, le XXe siècle a échoué à produire des citoyens éduqués dans les démocraties modernes. »

Alors Monsieur le ministre comme cadeau pour ce temps des Fêtes, s'il vous plait donner aux patients du Québec une place de choix dans votre grande machine, quitte à partager quelques pouvoirs. Cela vous parait peut-être difficile, mais il n'en demeure pas moins que l'ère du temps est au partage.