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Mon beau-frère à l'urgence

28/03/2016 10:10 EDT | Actualisé 29/03/2017 05:12 EDT

Il y a quelques semaines, mon beau-frère m'a téléphoné un samedi matin. Il semblait en fort mauvais état. Il n'avait pas uriné depuis deux jours, disait-il, et ne dormait plus.

Je lui ai suggéré de se rendre à l'urgence du centre hospitalier le plus près de chez lui, mentionnant que j'irais le rejoindre sur place.

Il ne voulait pas aller à l'hôpital. Je lui ai alors demandé de téléphoner au 811 et voir quelles seraient leurs recommandations. Durant ce temps, je me suis rendu chez lui. Sans grande surprise, l'infirmière du 811 lui avait aussi proposé de se rendre à l'urgence. Mais il hésitait toujours.

J'ai alors téléphoné au 911 pour demander une ambulance. Mon beau-frère réside en banlieue nord à environ 25 kilomètres de Montréal. Je ne sais pas si cela est considéré une «région éloignée», mais l'ambulance a mis 45 minutes avant d'arriver.

Les ambulanciers ont examiné mon beau-frère, qui est tout de même âgé de 68 ans, et ont aussi jugé qu'un transport à l'urgence était nécessaire.

Nous sommes arrivés au triage de l'urgence vers midi. L'infirmière qui l'a examiné nous a expliqué qu'il était classé «code 3» et qu'il devrait être vu par le médecin d'ici 4 heures. Pour faire une histoire courte, il est sorti de l'hôpital à minuit trente, soit plus de 12 heures après être arrivé à l'urgence. On lui avait alors remis un numéro de téléphone pour qu'il puisse prendre rendez-vous avec un urologue le lundi matin suivant. Le médecin qui l'a examiné pendant un gros 4 minutes aurait certainement pu faire la même chose 12 heures plus tôt. Cela aurait évité d'entasser un autre patient qui encombrait la salle d'urgence pendant tout ce temps.

Mais le système fonctionne ainsi.

Si, durant ce temps, vous devenez exaspéré parce que vous êtes las d'attendre sans avoir la moindre idée de quand vous sortirez de là, n'allez surtout pas manifester votre mécontentement à un membre du personnel si dévoué. Une pancarte bien en vue vous met en garde que c'est tolérance zéro en ce qui concerne tout reproche adressé à leur personnel.

Il semble que ce soit normal d'attendre 12 heures assis sur une chaise droite quand on est mal en point et malade, mais que ce soit anormal de vouloir s'en plaindre.

D'ailleurs, ce qui est le plus terrible de mon histoire est qu'elle est des plus banales. Qui n'a pas attendu 12, 18 ou même 24 heures dans une salle d'attente d'urgence au Québec? Un ancien ministre de la Santé avait été tout heureux d'annoncer à la population une grande amélioration dans le rendement du système de santé. Les temps d'attente moyens en salle d'urgence étaient passé de 18 heures à... 16 heures! Quand on parle d'amélioration!!!

Le temps de changer

En fait, bien souvent les changements ne s'opèrent que lorsqu'il n'y a plus moyen de faire autrement. La conjoncture est actuellement très favorable à des changements dans notre système de santé, si on considère l'insatisfaction quasi généralisée de la population face à l'organisation des soins de santé.

Bien des raisons, tant démographiques qu'idéologiques, justifient cette conjoncture favorable. Une population jeune se soucie moins des problèmes de santé. À seize ans, tous les êtres humains se croient immortels. Mais lorsque la population vieillit, la santé devient une préoccupation majeure. C'est précisément là où en est rendu le Québec avec le flot de baby boomers qui envahissent rapidement le système.

Par ailleurs, ce pan de la population fut celui-là-même qui, dans son jeune temps, fut le plus contestataire. Il fut celui qui réclama l'État providence en même temps qu'une panoplie de mesures sociales qu'il voulait garante de sa sécurité. En d'autres termes, ce large pan de la population québécoise arrive à un âge où il a et aura de plus en plus besoin de son système de santé, mais à un moment où les limites de ce système semblent atteintes, sinon carrément dépassées.

Sans un leadership fort en matière de santé, les problèmes ne peuvent se résoudre avec efficacité. Comment définir une accessibilité aux diverses technologies présentes et nouvelles sans une orientation claire et des mesures établies? Qui décidera d'investir plus en prévention? Comment définir des règles de pratique claires et transparentes? Comment décider de la part des budgets qui sera attribuée à la santé et de celle qui sera consacrée aux mesures sociales? Qui sonnera la fermeture du bar ouvert en santé et la fin de la récréation dans les services sociaux?

L'ère Gaétan Barrette

Il était bien connu, bien avant son accession au poste de ministre de la Santé. Et plusieurs se sont dressés et ont tenté de le condamner avant même qu'il eut pris la parole.

Mais aujourd'hui, ses pires détracteurs amorcent un virage. On admet maintenant qu'au moins, il a fait quelque chose.

C'est un peu comme si l'évidence qu'il fallait changer le système de santé avait de tout temps été reléguée aux oubliettes derrière le dictat que nous avions le meilleur système de santé. Bien sûr, on admettait qu'il y avait des changements à apporter à l'intérieur du système, mais oser, ne serait-ce que proposer, de changer le système de santé équivalait à un crime de lèse-majesté impardonnable et surtout absolument impensable.

Il semble qu'enfin nous soyons en train de passer à une autre ère. Même les animateurs et commentateurs publics bien en vue avouent maintenant qu'au moins, le docteur Barrette ose proposer des nouvelles avenues.

Espérons que cette ouverture soit réellement un changement de cap. Lorsque l'on pagaie un canot, en quelques coups d'avirons il est possible de changer de cap. Mais l'énorme système de santé que nous avons s'assimile plus à un immense paquebot qui est beaucoup plus difficile à faire changer de direction et de vitesse. Le capitaine semble en être au courant et les médias semblent comprendre qu'enfin, le temps de l'immobilisme et des petits ajustements est révolue. Notre système de santé ressemble en effet à un grand vaisseau, mais contrairement au Titanic, peut-être a-t-il amorcé son virage avant l'iceberg.

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