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Malade notre système de santé? La santé, ça compte!

04/04/2016 09:56 EDT | Actualisé 05/04/2017 05:12 EDT

Il ne faut pas être un comptable extraordinaire pour affirmer qu'il existe deux moyens pour équilibrer un budget : réduire les dépenses et augmenter les revenus. Si on ne veut (ou ne peut) pas toujours réduire les dépenses en santé, il est clair que nous devrons innover en matière de financement pour trouver des solutions originales qui permettront d'ouvrir de nouvelles sources de revenus pour l'État pourvoyeur de soins.

Mais, avant tout, il faudra identifier des pistes pour déterminer comment ce financement servira le malade. Nous l'avons vu, dans la formule actuelle, le financement est donné par enveloppes budgétaires octroyées aux diverses institutions. Rappelons-nous : tel hôpital reçoit un montant de X dollars pour assurer son fonctionnement annuel. Le moins de dépenses l'hôpital fera, le mieux son budget sera respecté.

Dans notre système, chaque patient est une dépense. Il faudra trouver une façon, en suivant les modèles européens, pour inverser cette manière de faire : le patient doit devenir un revenu pour les fournisseurs de services.

Le financement par activités, même s'il est partiel, permet d'atteindre beaucoup plus facilement cet objectif.

Il faudra aussi convenir de mesures incitatives pour améliorer l'efficacité et le rendement. En termes simples, il s'agit de la bonne vieille carotte et du bâton. Si tu fais bien, tu as plus de carottes, et si tu n'atteins pas tes objectifs, tu te fais taper sur les doigts.

À tous les niveaux, on devra parler d'imputabilité : c'est la seule façon pour responsabiliser tous ceux qui œuvrent dans le système.

Autre épouvantail : la concurrence

Dans l'état du système actuel, parler d'une saine concurrence en santé équivaut à blasphémer dans nos anciennes églises. Pourtant, le secteur privé peut souvent offrir des services payés par l'État à moindre coût, et surtout d'une manière plus efficace que les institutions gouvernementales.

Qu'est-ce qui empêche ce même État de choisir, parmi ceux qui dispensent des services, celui qui est en mesure de fournir les soins de la meilleure qualité, dans un temps des plus acceptables et au moindre coût?

Qu'est-ce qui l'empêche de regarder tant dans le privé que dans le public?

Il ne faut pas craindre d'éliminer certains dogmes lorsqu'on veut apporter des changements. Le rôle du ministère et celui du ministre de la Santé devrait être de fixer des objectifs clairs et précis en ce sens.

Les fausses améliorations

Il faut comprendre que vouloir, par exemple, baisser le temps d'attente de deux heures en salle d'urgence sur une période de deux ans, ce n'est pas une amélioration suffisante.

Quand nous attendons 18 heures à l'urgence, nous n'avons pas le meilleur système de santé au monde. Il est temps de s'en rendre compte.

Et lorsque nous n'attendrons plus que 16 heures, il sera difficile de maintenir ce discours qui prétend qu'il s'agit là d'une amélioration. Nous ne pourrons pas toujours accepter l'inacceptable. Il est temps de dire ce que nous voulons et de prendre les mesures pour l'atteindre.

Pour ce faire, bien sûr les technologies de l'informatique, de transfert et de stockage de données devront être disponibles. Et, bien sûr, d'autres technologies devront aussi être offertes à plus de médecins et de cabinets de médecins, comme les prises de rendez-vous par internet, les prescriptions informatisées, etc.

En somme, il faudra innover, se montrer créatif tout en profitant des expériences faites ailleurs. En voici d'ailleurs un bon exemple.

Pour changer le système

Dans un document de 45 pages intitulé La transformation des soins de santé au Canada - Des changements réels, des soins durables, on peut retrouver dès le sommaire les objectifs et les mesures à prendre pour changer le système de santé.

Le document a été publié en août 2010 et un de mes collaborateurs pour mon livre Révolutionner les soins de santé, c'est possible (Éditions Trois-Pistoles, 2012), le Dr Robert Ouellet, en fut un des signataires. Le document est disponible à l'Association médicale canadienne (AMC / CMA) ou directement sur le Web à cette adresse.

On peut donc lire, à la page V du sommaire :

«Le Plan de l'AMC sur la transformation des soins de santé vise trois buts fondamentaux : améliorer la santé de la population, améliorer l'expérience de soin des patients et améliorer la valeur des fonds utilisés pour les soins de santé. L'AMC a formulé un cadre de transformation qui énumère les mesures à prendre pour produire le changement. Elles sont organisées selon cinq grands piliers, comme suit :


1. Bâtir une culture de soins axés sur les patients

• Créer une Charte des soins axés sur les patients

2. Offrir des incitations afin d'améliorer l'accessibilité et la qualité des soins

• Modifier les incitatifs afin d'améliorer l'accès en temps opportun

• Modifier les incitatifs afin d'appuyer des soins de qualité

3. Améliorer l'accès pour les patients dans tout le continuum des soins

• Accès universel aux médicaments d'ordonnance

• Soins continus en dehors des établissements de soins actifs

4. Aider les fournisseurs à aider les patients

• Assurer que le Canada a une offre suffisante de ressources humaines pour le secteur de la santé

• Adoption plus efficace des technologies de l'information en santé

5. Intégrer l'imputabilité et la responsabilité à tous les niveaux

• Besoin d'imputabilité du système

• Besoin de gestion du système

L'AMC reconnaît qu'aucune de ces orientations ne pourra à elle seule transformer notre système de santé. Elles ne constituent pas non plus une liste exhaustive de mesures, car il y a beaucoup d'autres orientations qu'il est possible de prendre pour appuyer notre vision. Nous croyons toutefois que ce cadre contient les orientations nécessaires pour progresser vers le système plus efficace, plus fonctionnel et davantage axé sur les patients que les Canadiens méritent.»

Il appert donc qu'il est possible de changer le système de santé et que, même dans un contexte de vieillissement de la population, d'augmentation des coûts en termes de technologie et de médicaments, des changements sont non seulement possibles, mais essentiels.

D'autres pays y ont pensé et y sont parvenus. Ici, d'autres personnes et d'autres groupes y réfléchissent aussi. Toutefois, pour y arriver, le public doit se mobiliser et réclamer, voire exiger à hauts cris, ces changements.

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