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Malade notre système de santé: diminuer pour mieux créer

12/07/2016 08:30 EDT | Actualisé 18/07/2016 11:04 EDT

La condition sine qua none pour réussir à diminuer les coûts astronomiques de notre système de santé tout en étant certain de relever le défi d'améliorer l'accès aux soins de santé est de mettre sur pied un système de santé assujetti à un organisme paragouvernemental. Nous l'avons dit, redit, écrit et réécrit.

Tant que nous n'aurons pas eu le courage de franchir cette étape, à chaque tentative de réforme, un noyau plus ou moins important de protestataires surgira d'ici, de là et d'ailleurs pour contester et soulever les passions contre le changement. Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais les médias, en général, font beaucoup plus de place aux critiques qu'aux félicitations. Ainsi après l'annonce d'une réforme, fût-elle minime, les «critiqueux» commencent leur guerre d'usure. Et d'une semaine à l'autre, d'un mois à l'autre, ils crient leur désapprobation et déchirent leurs chemises sur la place publique. Étonnamment, ils ne sont pas si nombreux, je soupçonne même qu'il ne s'agisse que d'une minorité. Mais à force d'entendre leurs jérémiades, on finit par penser qu'ils sont légion et que la réforme n'est pas une si bonne chose puisque tant de voix s'élèvent contre elle.

En créant l'illusion du nombre, ils sèment la peur du changement, un argument difficilement réfutable par quiconque désire se faire élire au prochain scrutin. C'est une des raisons pour militer en faveur d'une dépolitisation de la santé, en mettant sur pied un organisme paragouvernemental. Alors seulement, on pourra penser à appliquer ces autres mesures avec un maximum de chances de succès.

1) Mettre en place une information continue à la population via des organismes et des médias reconnus

Le bon sens le suggère et la démocratie l'oblige. Toute réforme pour être efficace et surtout demeurer stable doit se faire avec l'appui du public. Si les médias traditionnels, les médias électroniques et les réseaux sociaux ont leurs rôles propres à jouer, ils ne peuvent se substituer à un organisme paragouvernemental entièrement voué à fournir de l'information au public.

Les médias existants ont un rôle d'information, certes, mais ils doivent aussi conserver une neutralité certaine envers les entreprises gouvernementales ou autres s'ils veulent conserver leur rôle de critique, certains disent de chiens de garde, auprès de la population. C'est dans cet esprit que j'avais songé à Radio-Santé. Il faut aussi que cette information puisse circuler dans les deux sens. Si le patient veut se plaindre ou suggérer des changements au système, il doit pouvoir le faire. Présentement, c'est le rôle des comités de protection des malades. Mais faire une plainte dans le même hôpital où vous êtes soigné est un risque que bien peu de gens sont prêts à assumer.

C'est pourquoi j'avais suggéré un Bureau des usagers, un guichet unique, en dehors des institutions et tout près du ministre auquel tout un chacun pourra s'adresser. Avec Radio-Santé et le Bureau des usagers, nous créons un corridor où l'information peut circuler allègrement entre le ministère et le public et entre le public et le ministère, une véritable autoroute bidirectionnelle de la santé.

2) Investir dans les marchés pharmaceutiques, technologiques et informatiques en collaboration avec des organismes privés parallèles

Toute grande entreprise qui se respecte se doit d'investir dans les industries dont elles ont un besoin vital. Ainsi les grands médias papier (La Presse, Le Journal de Montréal, etc.) ont des investissements dans les imprimeries qui les alimentent. Un organisme paragouvernemental aussi important que Santé-Québec doit suivre ces exemples. Sans investissement sérieux dans l'industrie pharmaceutique, il demeure à la merci de ces fournisseurs. Certains peuvent alors être tentés de provoquer des pénuries pour mieux contrôler les prix qu'ils désirent recevoir pour leurs médicaments. Ce n'est pas la règle, ce n'est pas fréquent, mais ça s'est déjà vu! De plus et je l'ai déjà souligné, nous pourrions même songer à y faire des profits.

Dans un article que j'écrivais et qui fut publié dans la revue L'Actualité médicale du 19 janvier 2011, je soulignais un exemple qui pourrait facilement se multiplier: «Il convient de souligner particulièrement les travaux du Dr Harold Jennings, un chercheur canadien au CNRC, récipiendaire du prestigieux prix Galien en 2006, qui a mis au point le vaccin synthétique contre la méningite. Ce vaccin a permis de sauver ou d'améliorer la vie de centaines de bébés et de jeunes enfants partout dans le monde. De plus, le brevet de ce vaccin seul a permis au CNRC de récolter plus de vingt millions de dollars à ce jour.»

On parle ici d'un chercheur. Combien en comptons-nous au Québec? Combien participent à des recherches en pharmaceutique? Si on multiplie l'exemple du Dr Jennings par un chiffre conservateur de 10, on parle quand même de quelques centaines de millions de dollars.

3) Établir des normes relatives à l'exercice des composantes privées et assouplir les règles de partage des activités professionnelles entre le public et le privé

Santé-Québec ne pourra et ne devra, bien évidemment, pas se substituer aux entreprises privées. Je l'ai répété souvent dans ces articles: il faut cesser d'avoir peur du privé. Probablement que plusieurs s'en sont déjà rendu compte: le secteur public n'est pas le bon Dieu et le privé n'est pas le diable en personne. Au lieu de compétition, il faudra parler de collaboration. Que ce soit dans le secteur pharmacologique ou dans celui de l'informatique et des technologies de pointe, le secteur privé a beaucoup à offrir. Il est inutile de réinventer la roue, chaque fois qu'on veut implanter un nouveau programme. Des firmes externes rendent déjà d'innombrables services ici et à travers le monde en informatique, alors inutile de tenter de les imiter, mieux vaut faire appel à leurs services.

Un nouveau système de santé au Québec, ce n'est pas uniquement possible, c'est essentiel. Mais il faut être créatif et ne pas avoir peur d'oser.

DU MÊME AUTEUR

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