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Mes vœux de saison: un bon et heureux système de santé pour 2017

13/12/2016 06:08 EST | Actualisé 13/12/2016 06:09 EST

En 2003, je cosignais un livre avec le défunt Dr Augustin Roy qui fut pendant plus de 25 ans président du Collège des médecins du Québec. Il s'intitulait Permettez-moi de vous dire (Augustin Roy, Jacques Beaulieu, Éditions du Méridien, février 2003). Nous y parlions abondamment de la nécessité de changer notre système de santé. Les listes d'attente étaient trop longues et les salles d'urgence débordaient de partout. En 2012, je signais un livre avec la collaboration des docteurs Alban Perrier et Robert Ouellet : Révolutionner les soins de santé, c'est possible (Éditions Trois-Pistoles, 2012). Le titre parlait de lui-même et je n'y voyais d'autres alternatives que de révolutionner les soins de santé, car (eh oui !) les listes d'attentes étaient trop longues et les salles d'urgence débordaient de partout.

Deux ans plus tard, en 2014 donc, arrivait à la barre du ministère le Dr Gaétan Barrette qui décida d'arrêter de parler, de consulter et de créer des comités avec sous-comités et tables de concertation et de changer le système. Et comme je l'écrivais dans un blogue paru dans le Huffington Post en décembre 2015 (Malade, notre système de santé: le Messie est-il arrivé ?), le passage à l'action a été rapide. Mais les résultats ne sont pas encore tangibles. Qu'en penser ? J'y vois deux raisons majeures : la résistance du milieu et un manque de communication du ministère.

1) La résistance du milieu

Dans un article paru sur Canoe.ca, une courageuse médecin de famille écrit sous le pseudonyme Dre Anonyme: « Je vous annonce une mauvaise nouvelle : la population croit fermement que nous sommes le problème. Laissons faire ce que les gens pensent de nous, ce sont des efforts mal placés. Ce qu'ils veulent, ce sont des résultats. » Comme elle fait elle-même la comparaison des médecins avec les garagistes un peu plus loin dans son article, je me demande avec inquiétude si elle s'attend à des résultats lorsqu'elle confie son véhicule à son mécanicien. C'est évident que la population, n'en déplaise à la Dre Anonyme, s'attend à des résultats surtout lorsqu'elle réalise combien elle investit dans ce système, incluant la rémunération des médecins.

Deux paragraphes plus bas, la même anonyme signataire de cet article nous fournit, presque naïvement, la raison du non-fonctionnement de la présente réforme : « Arrêtons de participer à cette folie, écrit-elle. Arrêtons de donner raison au gouvernement. - COMMENT? - En tant que médecin de famille, je ne participe pas au Guichet d'accès à un médecin de famille ». Fin de la citation. Je soupçonne bien qu'il n'y a pas que ce médecin qui décide de ne pas participer. Cette résistance me semble s'étendre à bien des employés de l'État.

En somme, la réforme est devenue l'argument massue pour expliquer tout ce qui ne tourne pas rond et pour s'oppose à tous les changements. Le personnel est épuisé : c'est à cause de la réforme ; il y a des attentes : c'est à cause de la réforme. Une personne aux problèmes mentaux tue deux autres personnes : c'est la faute à la réforme. La nourriture laisse à désirer dans les CHSLD : c'est à cause de la réforme. En somme, si rien ne va : c'est à cause de la réforme. Mais quelqu'un osera-t-il poser la question : mais comment cela allait avant la réforme ? Y avait-il moins de listes d'attente ? La nourriture était-elle meilleure dans les CHSLD ? et surtout que faisaient-ils tous ces protestataires pour régler les problèmes avant la réforme ? S'ils avaient tant de solutions, pourquoi ne les ont-ils pas appliquées ? Cette féroce résistance du milieu ralentit les efforts réalisés pour améliorer notre système et risque fort de la faire avorter si rien n'est fait.

2) Le manque de communication du Ministère

Il y a quelques semaines, j'étais surpris du manque de connaissances de la population et même des journalistes sur l'état de la situation de notre système de santé. J'étais alors invité à l'émission d'Isabelle Maréchal au 98,5FM et la question était : Devait-on rendre public le rendement de nos médecins ? Je fus alors estomaqué que personne n'ait jamais entendu parler des taux de fidélisation des médecins. Il s'agit d'une des mesures qui fait suite à la loi du Dr Barrette. Le principe en est pourtant simple. Supposons que je demande de rencontrer mon médecin de famille et que celui-ci ne puisse pas me donner de rendez-vous dans un bref délai et que je doive me rendre dans une autre clinique ou à l'urgence d'un hôpital pour pouvoir rencontrer un autre médecin. Ma visite, ailleurs que chez mon médecin de famille, sera alors comptabilisée chez mon médecin de famille lui enlevant des points sur son taux de fidélisation.

Présentement, si ce taux passe sous la barre des 65%, une partie des rémunérations de mon médecin lui sera retirée. Cet objectif augmentera au cours des prochaines années, le but étant de faire en sorte que le patient puisse avoir un accès rapide à son médecin de famille. Ce serait très bien, je crois, que le ministère puisse expliquer tous ces volets favorables à la population. Mais entre le choix de prendre du temps pour expliquer à la population ses actions et les résultats escomptés et celui d'agir pour rendre plus efficace notre système, j'espère que le gouvernement opte pour l'action. C'est pourquoi j'ai proposé la création d'un bureau des usagers, un guichet unique de communication entre le Ministère et la population pour, d'une part permettre à celle-ci d'acheminer ses plaintes, craintes et solutions au Ministère et, d'autre part, fournir à celui-ci le véhicule pour expliquer à la population où nous en sommes dans cette réforme et vers quoi nous allons.

En somme, je souhaite que pour 2017 ce tollé de résistance de la Dre Anonyme et autres professionnels pleureurs (bien payés et bardés d'une sécurité d'emploi indestructible, et ce à une époque où le travail précaire fait loi) se résorbe enfin et qu'un réel dialogue entre le gouvernement et sa population puisse voir le jour. Ce serait ce qui serait enfin convenu d'appeler une bonne et heureuse année de notre système de santé, une année que nous attendons depuis au moins... 25 ans minimum comme l'aurait dit un humoriste connu.

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