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Système de santé: allons voir ailleurs ce qui a fonctionné en Europe

22/02/2016 10:18 EST | Actualisé 22/02/2017 05:12 EST

Plusieurs points communs existent entre les divers pays visités lors de mes dernières chroniques, qui font en sorte qu'ils disposent de systèmes de santé plus performants et davantage axés sur le patient.

D'abord, notons que dans tous ces pays, le ratio médecin / population est plus important qu'au Canada et qu'au Québec.

Ensuite, chacun a adopté le financement des hôpitaux par activités. Cette mesure est primordiale à tout changement bénéfique.

Ici, les hôpitaux sont payés par budgets préétablis. L'hôpital X reçoit un budget global de fonctionnement Y. Dans un tel système, moins l'hôpital offre de soins, moins il reçoit de patients, et meilleures sont ses chances d'atteindre ses objectifs financiers. Ce qui fait dire à certains que les hôpitaux fonctionneraient très bien ici, si seulement il n'y avait pas de patients à traiter.

Dans le système de financement par activités, l'hôpital est payé chaque fois qu'il fournit un service. Dans un tel cas, plus il y a de soins, plus il y a de chirurgies  et plus il y a de patients, plus les revenus de l'hôpital augmentent.

Notre actuel ministre de la Santé, le docteur Barrette, s'apprête à bouger en ce sens. Un grand merci ! Mais au lieu d'applaudir la prérogative, d'aucuns ont ergoté sur la firme qui a obtenu le contrat d'étude du projet. Comme si on avait bien du temps et, surtout, bien des centaines de millions à perdre en maintenant le statu quo. Tous les pays visités avaient adopté des mesures incitatives et concurrentielles qui permettent d'accroître la productivité, tout en contrôlant les coûts.

Partout dans ces pays, il y a coexistence des secteurs public et privé. Les Européens comprennent mal notre frilosité légendaire envers le secteur privé : chez eux, plutôt que de parler d'opposition entre les deux systèmes, on entend collaboration et complémentarité.

Contrairement au Canada, il n'y a pas de débat au sujet des places respectives du public et du privé. Tous les États visités se sont dotés d'une plus grande transparence et ont favorisé un rôle accru du patient dans le choix de ses soins de santé.

Les systèmes européens sont fondés, tout comme ici, sur des principes d'universalité et de solidarité. On n'y refuse de soins à personne. Pourtant, dans tous ces pays, les temps d'attente ne constituent pas un problème important. Ils sont étonnés d'apprendre l'existence et, surtout, l'ampleur de notre temps d'attente ici. L'accent est mis sur la qualité des soins, avec des mesures de transparence et d'information du public.

Plusieurs facteurs ont contribué à rendre ces réalisations possibles outremer, alors qu'ici les problèmes semblent se complexifier d'année en année plutôt que de se résoudre.

En Europe, on a fait preuve en matière de santé d'un leadership politique solide, assorti d'une vision claire. Les temps d'attente ont souvent été le facteur déclencheur pour forcer un changement. Des mesures à court terme, tel le financement fondé sur les activités, ont permis de créer des incitatifs favorables au succès. En plus de ces mesures, on a aussi donné plus de pouvoir aux patients pour orienter le changement.

Les pistes de solution

Tant et aussi longtemps que l'on croit qu'une chose est impossible à faire, on ne le fait pas, et on n'essaie même pas. Donc, la première condition est de réaliser qu'il est possible de changer le système de santé. D'autres pays l'ont fait avec le succès qu'on a démontré plus haut.

Mais il faut avouer qu'ici, chaque fois qu'un individu se lève pour demander du changement, immédiatement les bonzes qui dirigent le système actuel et qui l'ont élevé au rang d'une religion obligatoire dressent l'épouvantail du système américain.

Mais, comme nous l'avons écrit au début de cette série d'articles : est-il quelqu'un pour enfin affirmer qu'au lieu de vouloir imiter le dernier de la classe, celui dont le système coûte le plus cher et donc l'accès est le plus limité, il serait préférable de plutôt s'orienter sur les premiers, ceux qui ont réussi.

Et pour ce faire, il vaut mieux cesser de regarder au sud, mais plutôt orienter sa vision sur ce qui s'est fait plus de 4 000 kilomètres à l'est, de l'autre côté de l'Atlantique. Il ne s'agit pas de copier totalement - ou d'importer en quelque sorte - l'un ou l'autre des systèmes européens. Il faut considérer qu'il n'existe aucun système parfait. Mais il serait souhaitable d'aller piger dans chacun de ces systèmes des éléments qui peuvent s'adapter à notre population. Il s'agira, entre autres mots, de faire un heureux mélange de leurs solutions et des objectifs que nous désirons atteindre ici. Il faut créer un modèle qui nous sera unique et adapté à notre société.

En somme, il faudra innover, se montrer créatif, tout en profitant des expériences faites ailleurs, dans d'autres pays.

Bien des initiatives ont pointé à ce jour. Nous en soulignerons quelques-unes tout au long de cet ouvrage. En voici d'ailleurs un bon exemple : dans un document de 45 pages intitulé La transformation des soins de santé au Canada : Des changements réels. Des soins durables, on peut retrouver dès le sommaire les objectifs et les mesures à prendre pour changer le système de santé. Le document a été publié en août 2010 et, collaborateur dans mon livre Révolutionner les soins de santé, c'est possible (Éditions Trois-Pistoles 2012), le Dr Robert Ouellet en fut un des signataires. Le document est disponible à l'Association médicale canadienne (AMC / CMA) ou directement sur le Web à cette adresse.

Plus récemment, je me dois de souligner l'audace et le courage du docteur Barrette, notre actuel ministre de la Santé. Non seulement proposa-t-il des changements importants, mais de plus, il se mit en frais de les réaliser.

Bien sûr, ces changements ne font pas l'unanimité, et je crois, sans avoir trop peur de me tromper, que certaines erreurs se sont glissées dans la nouvelle organisation. Mais au moins, on semble avoir quitté le statu quo et l'immobilisme qui paralysaient toute volonté d'amélioration. C'est à ce prix seulement qu'on pourra assurer la pérennité et, surtout, un fonctionnement optimal d'un système de santé dont nous pourrons tous bénéficier et être fiers.

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