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La maladie de Parkinson: une histoire de l'évolution des traitements

21/10/2016 10:29 EDT | Actualisé 21/10/2016 10:29 EDT

Le premier médecin à fournir une description détaillée de la maladie se nommait James Parkinson. Il était le fils de John Parkinson, lui-même médecin chirurgien à Londres vers le milieu des années 1760 jusqu'à la fin des années 1780 où il cède son cabinet à son fils James. Celui-ci était d'ailleurs doté d'un esprit encyclopédique assez remarquable. C'était un véritable touche-à-tout. Par exemple, il déclarait à qui voulait l'entendre que tous les médecins devraient connaître la sténographie, méthode qu'il pratiquait lui-même pour écrire les dossiers de ses patients, ses articles scientifiques et ses livres.

Tout en s'occupant de ses patients, le Dr Parkinson s'intéressait de près à la politique. Il s'est fait le défenseur des milieux défavorisés doublé d'un antimonarchiste actif. Selon certains historiens, il fut même un artisan de la Révolution française. Il a d'ailleurs publié plus d'une vingtaine de pamphlets politiques entre 1783 et 1795. Élu pour siéger à la Chambre des communes du gouvernement britannique, il demeurait néanmoins membre de sociétés secrètes anglaises reconnues pour leurs visions anarchiques. Tant et si bien qu'il fut convoqué devant le Conseil privé pour être questionné concernant un complot d'assassinat contre le roi d'Angleterre (Georges III). Heureusement, l'affaire n'alla pas plus loin et le docteur mit fin à ses implications politiques dès 1795.

De 1799 à 1817, il signa trois traités médicaux d'importance : le premier sur la goutte (1799), l'autre sur la péritonite et le troisième sur la paralysie tremblante (ou agitante, selon les sources). Son traité intitulé An Essay on the Shaking Palsy parut à Londres en 1817 et fit histoire. Il y décrivait de façon claire et précise les symptômes de six patients souffrant de cette affection. Le plus surprenant est que le docteur Parkinson n'examina réellement qu'un seul de ces patients. Pour les autres, il ne s'agissait que d'observations faites au hasard dans les rues. Plus de 60 ans plus tard, le médecin français Jean-Martin Charcot donnera le nom maladie de Parkinson à cette maladie en son honneur.

Il partagera la dernière partie de sa vie entre la médecine, la géologie et la paléontologie. Il publia d'ailleurs un livre portant sur une introduction à l'étude des fossiles. Il participe à la fondation de la Geological Society of London.

L'autre grand nom dans la description de la maladie de Parkinson est un neurologue français: Jean-Martin Charcot (1825-1893). Œuvrant à l'hôpital de la Salpêtrière à Paris, il y contribuera de manière remarquable à l'étude de la physiologie et de la pathologie du système nerveux. C'est lui qui, comme nous l'avons vu, donnera le nom de maladie de Parkinson en hommage à son premier descripteur.

La dopamine est, toujours de nos jours, le remède principal utilisé contre la maladie de Parkinson. La paternité en revient au médecin suédois Arvid Carlsson.

Les causes

Dès 1919, un médecin russe, le Dr Konstantin Tretiakof, grâce à des autopsies sur des patients atteints, montre que la maladie origine d'un mauvais fonctionnement de la partie la plus profonde du cerveau au niveau du tronc cérébral dans une région appelée locus niger ou encore substance noire. Il y observe une perte de neurones et une dépigmentation. En 1920, l'encéphalite épidémique de von Economo fait de nombreuses victimes, plusieurs de ceux qui y survivent se révèlent atteints de la maladie de Parkinson. Il devient alors possible de discerner entre la maladie de Parkinson (idiopathique) et le syndrome parkinsonien.

Le remède

La dopamine est, toujours de nos jours, le remède principal utilisé contre la maladie de Parkinson. La paternité en revient au médecin suédois Arvid Carlsson. Après des études en médecine, tôt le Dr Carlsson oriente sa carrière vers la recherche en pharmacologie plus particulièrement en neurophysiologie et en neuropharmacologie. Lorsque ce chercheur parle pour la première fois du rôle de la dopamine dans le cerveau en 1957, il est pratiquement perçu dans la communauté scientifique comme un hérétique. Dans une entrevue qu'il accorda à l'éditeur en chef de la Fondation Nobel le 9 avril 2008, Carlsson énumérera les résistances du milieu scientifique auxquelles il a dû faire face à ses débuts (pour l'entrevue complète, le lecteur peut consulter ce site).

Il faut bien se rappeler que jusqu'à la fin des années 1950, deux thèses pour expliquer le fonctionnement cérébral s'affrontaient. Il y avait les tenants de la thèse électrique qui étaient de loin les plus nombreux et qui croyaient que le signal nerveux voyageait entre les neurones par l'influx électrique. Il y avait aussi ceux, une très faible minorité, dont faisait bien sûr partie Carlsson, qui croyait que la chimie pouvait aussi y avoir un rôle à jouer. Chaque époque a ses dogmes. L'autre auquel Carlsson devait faire face était que la dopamine n'était pas du tout acceptée comme un neurotransmetteur. En effet, cette substance n'avait aucun effet sur d'autres tissus, contrairement à l'acétylcholine qui pouvait faire réagir des fibres cardiaques ou musculaires in vitro. Elle était alors considérée comme un composé inactif, un métabolite utile dans la synthèse de la noradrénaline. Notre chercheur avait donc une bonne côte à remonter pour faire accepter ses hypothèses.

Pour y parvenir, il s'associa avec un autre chercheur, Nils Hillarp, et décida de prouver l'exactitude de sa thèse en travaillant avec une molécule reconnue pour son action sur les réserves de neurotransmetteur dans le cerveau: la réserpine. Utilisée d'abord comme antidépresseur chez l'humain et sédatif chez les chevaux, cette molécule, lorsqu'administrée à fortes doses détruit les réserves de dopamine au cerveau provoquant des syndromes parkinsoniens. L'utilisant chez des animaux de laboratoire, Carlsson put démontrer qu'une administration de L-dopa (ou Lévodopa), un précurseur immédiat de la dopamine, arrêtait les symptômes du Parkinson. Ces résultats spectaculaires convainquirent rapidement la communauté scientifique et ouvrirent la voie à toute une série de recherche sur les neurotransmetteurs. Ils donnèrent aussi un élan extraordinaire aux recherches en neuropharmacologie. En 2000, Arvid Carlsson, Paul Greengard et Eric R. Kandel se virent attribuer le Prix Nobel de Médecine ou de Physiologie pour leurs découvertes.

Moins de 10 ans plus tard, soit en 1967, un chercheur autrichien, Oleh Hornykiewiez démontre que les personnes atteintes de la maladie de Parkinson présentent une perte massive de la dopamine. Mais la L-dopa était difficile d'administration, car il fallait utiliser de très fortes doses pour qu'une partie de celles-ci puissent atteindre les zones du cerveau visées et les résultats demeuraient mitigés. La même année un autre pas sera franchi par le scientiste américain Georges C. Cotzias et son équipe. Au lieu d'administrer de fortes doses, ils eurent l'idée de fragmenter la dose en plusieurs traitements. Ainsi en donnant de faibles doses de L-dopa à chaque deux heures, ils réussirent à obtenir une disparition quasi complète des tremblements chez des patients souffrant de la maladie de Parkinson. Les lettres de noblesse de la Lévidopa étaient dès lors signées.

La lévodopa demeure, comme nous l'avons souligné, le médicament de première ligne pour le traitement de la maladie de Parkinson. Mais après plusieurs années d'utilisation (en général de 3 à 5 ans), les patients connaîtront des fluctuations du médicament (effet ON OFF) ainsi que des épisodes de figements (freezing) et des mouvements involontaires, dyskinésies, peuvent aussi commencer à se manifester. D'autres médicaments pouvant retarder l'apparition de ces symptômes sont alors utilisés comme les inhibiteurs de la MAO B (mono-amine oxydase B) ou rasagiline. Ceux-ci peuvent être employés dans les tout premiers stades de la maladie et permettent de repousser dans le temps la prise de la lévodopa. Les inhibiteurs de la COMT (catéchol-0-méthyltransférase) sont aussi utilisés en même temps que la L-dopa afin d'empêcher que celle-ci ne soit dégradée avant d'atteindre le cerveau. Ceci permet indirectement d'augmenter la quantité de dopamine au cerveau donc de diminuer les doses le lévodopa et retarder ou ralentir les périodes ON-OFF. L'amantadine peut aussi être utilisée de manière concomitante avec la lévodopa. Elle permet de diminuer les dyskinésies. Enfin, on a encore parfois recours aux anticholinergiques, surtout chez les patients plus jeunes qui ont des problèmes légers dans les tout premiers stades de la maladie.

La découverte de la dopamine constitue donc une étape capitale dans l'acquisition des connaissances sur le fonctionnement du cerveau humain.

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