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Malade, notre système de santé: Le Messie est-il arrivé ?

29/12/2015 04:33 EST | Actualisé 28/12/2016 05:12 EST

Le leadership ne se crée pas. Il se manifeste souvent dans des périodes de crise, alors qu'une population aspire à une révolution ou pour le moins à un changement majeur. C'est à ce moment que surgit un leader qui doit rallier la population autour de lui et qui aura la capacité de poursuivre l'idéal appréhendé. Est-ce à quoi nous assistons en 2015?

La conjoncture serait en effet très bonne actuellement si on considère l'insatisfaction quasi généralisée de la population face à l'organisation des soins de santé. Bien des raisons tant démographiques qu'idéologiques justifient cette conjoncture favorable. Une population jeune se soucie moins des problèmes de santé. À seize ans, tous les êtres humains se croient immortels.

Mais lorsque la population vieillit, la santé devient une préoccupation majeure. C'est précisément là où en est rendu le Québec avec son flot de baby-boomers qui va envahir le système. Par ailleurs, ce pan de la population fut celui-là même qui, dans son jeune temps, fut le plus contestataire. Il fut celui qui réclama à tort ou à raison l'État providence en même temps qu'une panoplie de mesures sociales qu'il voulait garante de sa sécurité. En d'autres termes, ce large pan de la population québécoise arrive à un âge où il a et aura de plus en plus besoin de son système de santé, mais à un moment où les limites de ce système semblent atteintes sinon carrément dépassées.

Sans un leadership fort en matière de santé, les problèmes ne peuvent se résoudre avec efficacité. Comment définir une accessibilité aux diverses technologies présentes et nouvelles sans une orientation claire ? Qui décidera d'investir plus en prévention ? Comment définir des règles de pratique claires et transparentes ? Comment décider de la part des budgets qui sera attribuée à la santé et de celle qui sera consacrée aux mesures sociales ? Qui sonnera la fermeture du bar ouvert en santé et la fin de la récréation dans les services sociaux ? En somme, la commande est pour le moins immense pour notre actuel ministre.

Première bonne nouvelle: il a bougé

Bien des reproches furent adressés à notre ministre. Mais nul ne pourrait le blâmer de ne pas avoir bougé. Et le tout a commencé en début d'année avec une simplification radicale du système de santé. Les niveaux hiérarchiques de gestion sont passés de 3 à 2 paliers, le nombre d'établissements publics de 182 à 34, le nombre de conseils d'administration de 182 à 33. Tout ceci contribuera à une diminution importante de rapports annuels de gestion et d'états financiers et se traduit dans l'immédiat par une diminution substantielle du nombre de postes-cadres supérieur et du personnel administratif. Et, assez étonnamment, le tout s'est fait dans un calme relatif. Bien sûr, des hauts cris furent entendus ici et là, mais sans trop d'échos auprès de la population qui, dans l'ensemble, s'est montrée plutôt réceptive aux changements. Et bien sûr aussi, d'aucuns auraient souhaité que le tout se fasse dans la consultation et le consensus plutôt que de par la volonté d'un seul homme. Mais il faut être réaliste. Imaginez-vous un instant qu'on demande aux membres de 182 conseils d'administration de s'entendre pour qu'au bout de l'exercice il n'en reste que 33! Plusieurs siècles de consultation n'auraient pas suffi pour obtenir un consensus sur le sujet.

Deuxième bonne nouvelle : le dossier de santé informatisé

En 2012, je signais un livre intitulé Révolutionner les soins de santé : c'est possible, paru aux Éditions Trois-Pistoles. J'y écrivais: « En matière de santé, le gouvernement travaille à mettre sur pied un dossier santé informatisé. Un peu comme une carte de crédit qui vous permet de retirer des argents d'un guichet en Alaska ou au Kenya, le dossier informatisé permettra à tous les services de santé d'avoir accès instantanément à votre dossier médical, que votre dernier examen ait eu lieu à Montréal ou à Mont-Laurier. Il pourra aussi contenir la liste des médicaments que vous consommez. Les avantages d'un tel système sont incontestables. Une personne s'effondre dans un lieu public, elle est amenée à l'hôpital et, immédiatement, les professionnels qui l'accueillent ont accès à tous ses renseignements médicaux. Non seulement cela peut-il aider à parvenir à un diagnostic plus rapidement, mais le dossier de santé informatisé peut éviter des temps d'attente inutiles et des examens inutiles (par exemple : un scan a été fait la veille sur ce patient, les médecins ont un accès direct aux résultats et n'ont pas à refaire un autre scan). En somme le dossier santé informatisé permet d'accroître la qualité des services tout en diminuant les coûts. » À l'époque et, même bien avant, le dossier santé-Québec (DSQ) semblait voué à l'échec avant même que d'être né.

Par exemple, le 8 octobre 2010, on pouvait lire dans Le Devoir sous la plume de Louise-Maude Rioux Soucy: « Retards, manque de vision et de cohésion, bogues informatiques, grave déficit sur le plan de la gouvernance. La piètre gestion du Dossier de santé du Québec (DSQ) était sur toutes les lèvres hier au colloque Informatique-Santé organisé par l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS). Un irritant qui, pour plusieurs, a des allures de fiasco annoncé.» Pourtant cette catastrophe annoncée ne s'est pas produite et le DSQ poursuit et accélère son implantation partout au Québec.

Troisième bonne nouvelle... sous condition

Finalement, on apprenait la semaine dernière que les litiges qui opposaient syndicats et gouvernement étaient enfin résolus. Tous ont poussé un soupir de soulagement. Une semaine plus tard, nous apprenons qu'une partie de ceux qui s'étaient engagés à en être signataires a changé d'idée. Les délégués de la FSSS-CSN recommanderont à leurs 110 000 syndiqués de rejeter cette entente qu'ils avaient pourtant entérinée avec le front commun syndical. Dans l'article précédent, j'élaborais sur la déresponsabilisation dans le monde de la santé en soulignant le rôle de chacun, gestionnaires, soignants, travailleurs de la santé et patients. Il aurait probablement fallu que je parle aussi des syndicats. Lorsque leurs membres sont payés par le trésor public, les chefs et élus syndicaux doivent bien réaliser que leurs responsabilités sont doubles: l'une est de protéger leurs membres et l'autre est de rendre des comptes à la population qui, en payant les salaires de leurs membres, leur permet d'exister. Comme le disait le proverbe: nul ne peut vouloir le beurre et l'argent du beurre. Mais cela aura peut-être comme effet bénéfique d'accélérer l'établissement d'un protocole de négociation plus réaliste et surtout mieux adapté entre les syndicats et le gouvernement. Il est plus que temps de cesser de voir le gouvernement comme une vache à lait intarissable et le public comme un otage impuissant. Mon vœu pour 2016 est que les syndicats le comprennent.

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