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Mais où est donc le patient?

C'est le patient qui devra trouver sa place réelle et exprimer ses opinions s'il veut cesser d'être condamné à accepter l'inacceptable !

26/08/2017 08:00 EDT | Actualisé 26/08/2017 08:00 EDT
vm via Getty Images
Les choses ont bien changé depuis l'arrivée de l'assurance hospitalisation puis celle de l'assurance-maladie, il y a près d'une cinquantaine d'années.

Jusqu'à l'arrivée du système de santé que l'on connaît aujourd'hui, la réponse à cette question était simple : le patient était, la plupart du temps, chez lui. L'idée étant alors que lorsqu'on est malade, on ne sort pas. C'était donc le médecin qui se déplaçait pour visiter ses malades, et ce, quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, quel que soit le jour de la semaine. Nul n'aurait alors songé à ouvrir un CLSC dont les heures de consultation se seraient limitées de 8h00 à 16h00 du lundi au vendredi à l'exception des jours fériés où ce serait complètement fermé. On n'aurait pas pensé à cette époque non plus à créer des salles d'urgence où s'entasseraient des dizaines de patients coincés là pendant douze heures et plus. On aurait dit alors : « Il faut être téméraire pour se rendre là et risquer d'attraper d'autres maladies ! » À cette époque, les salles d'attente des urgences des hôpitaux étaient vides, car elles n'étaient utilisées seulement que pour des ... urgences comme un accident de la route ou encore une blessure sérieuse ou rarement, un accouchement qui avait mal tourné.

Mais nous ne devons pas nous sentir trop nostalgiques de cette époque. Les patients d'alors étaient certainement les personnes les plus importantes du système, mais ils étaient aussi très rares. En effet, comme il fallait payer le médecin ou payer encore plus cher l'hôpital, seuls les mieux nantis faisaient appel à eux, et ce, le moins souvent possible. Bien sûr, il y avait les dispensaires publics qui offraient des soins gratuits aux plus pauvres, mais si quelqu'un osait se présenter là avec un simple rhume, il était plutôt mal accueilli et on lui signifiait assez rapidement qu'il était à la mauvaise place. Les choses ont bien changé depuis l'arrivée de l'assurance hospitalisation puis celle de l'assurance-maladie, il y a près d'une cinquantaine d'années.

Le patient à l'hôpital

Étonnamment, cela prit un certain temps avant que les salles d'urgence des hôpitaux se remplissent. Il faut se rappeler que l'assurance hospitalisation est arrivée plusieurs années avant l'assurance-maladie (près de 10 ans). Pour le patient de cette époque, il était gratuit de se faire traiter à l'hôpital alors que s'il consultait un médecin en cabinet ou encore s'il demandait à un médecin de venir à son domicile pour le soigner, il devait payer. Et dans ces deux cas, il devait aussi payer pour les pansements ou injections qui lui étaient offerts. Et même à cela, les salles d'urgence des hôpitaux demeuraient désertes. Le Dr Augustin Roy me rappelait que le gouvernement d'alors avait fait de la publicité pour encourager les gens à consulter en salles d'urgence des hôpitaux plutôt que dans les officines médicales en annonçant qu'à l'hôpital, tout était gratuit : consultation, analyses, pansements, injections et même les médicaments qui étaient fournis sur place. Devant de tels arguments, les salles d'urgence des hôpitaux se sont finalement remplies, remplies pour finir par déborder régulièrement.

Comme les images de nos urgences débordantes et surpeuplées faisaient mauvaise figure ici et à l'étranger, il fallait non pas corriger les problèmes, mais plutôt changer l'image.

Ainsi, il devient maintenant facile de trouver où est le patient. Il se retrouve sur une des chaises mises à sa disposition pour sa longue attente, ou encore sur une civière le long des corridors de l'urgence. Les plus chanceux (et malheureusement aussi les plus malades) sont placés dans des chambres aussi froides qu'exiguës. Le spectacle étant loin d'être particulièrement réjouissant, on décida d'y remédier. On pourrait penser que ce remède consisterait à accélérer la cadence des consultations à l'urgence pour voir plus de patients, plus rapidement en ajoutant par exemple plus de médecins ou en confiant plus de responsabilités à des super-infirmières. Mais non, encore ici la solution passa par l'utilisation d'un nouveau vocabulaire : une unité de débordement. Comme les images de nos urgences débordantes et surpeuplées faisaient mauvaise figure ici et à l'étranger, il fallait non pas corriger les problèmes, mais plutôt changer l'image. On fabriqua de belles portes opaques derrière lesquelles on pouvait y entasser les patients qui, avant, encombraient les corridors.

Le patient au service du système

L'affirmation est loin d'être nouvelle. Je me souviens au tout début des années 1990 d'un certain Marc-Yvan Côté, alors ministre de la Santé, qui tenait un discours enflammé en bras de chemise au centre du Colisée de Québec où il affirmait que dorénavant, il faudrait placer le patient au cœur du système. Il avait alors réalisé que près de vingt ans après la naissance de l'assurance-maladie, le patient était devenu la constituante la plus négligée et la plus négligeable du système de santé au Québec. Malheureusement, son effort oratoire ne semble pas avoir porté fruit. Encore aujourd'hui (et encore plus qu'en 1990), c'est le patient qui est au service du système de santé. C'est l'hôpital qui vous appellera pour vous convoquer à un examen, c'est le médecin qui décidera quand il pourra vous recevoir. C'est lui qui vous dirigera vers un spécialiste.

Et le patient va où le système l'envoie et, avec bien peu de mots à dire (en réalité le plus souvent : aucun mot à dire) sur qui le traitera, quand on le traitera et où on le traitera. C'est toujours ce même système qui décide quel médicament sera couvert pour lui, quels traitements seront disponibles, et quand et où, il pourra finalement y avoir accès. Et il devra ainsi attendre 3, 6, 12 ou 24 mois pour une chirurgie si le système décide qu'elle n'est pas urgente. Il est vrai que si vous avez 20 ans et attendez 2 ans, c'est 2 ans sur les soixante quelques années qu'il vous reste à vivre, cela peut sembler (je dis bien sembler) acceptable, mais si vous êtes âgés de 84 ans, vous devrez peut-être endurer votre mal durant tout le reste de vos jours.

Où ira le patient ?

Le système est gourmand. Il veut tout gérer, tout contrôler. Les salles d'urgence, CLSC, les GMF et autres structures de mêmes acabits n'ont pas rempli leurs promesses. Alors l'idée du siècle arriva : les mégacliniques (ou super-cliniques). En fait, le gouvernement devrait pousser un peu plus loin son idée : pourquoi pas, tant qu'à centraliser, n'ouvrir que deux énormes, gigantesques, méga-super-cliniques, l'une à Québec et l'autre à Montréal ? Et tout le monde serait appelé à tour de rôle à se présenter à l'une ou l'autre de celles-ci. Et pourquoi ne pas faire cela à l'expérience de Loto-Québec: par tirage au sort. Les plus chanceux passeraient plus vite...

Trêve d'humour, la centralisation amène la structurite, une maladie chronique dont notre système souffre de plus en plus (car on centralise de plus en plus). Les ministres de la Santé ont beau parler très fort (on l'a vu en 1990 avec Marc-Yvan Côté, on l'entend encore aujourd'hui avec le Docteur Barrette), rien n'y fait.

C'est le patient qui devra trouver sa place réelle et exprimer ses opinions s'il veut cesser d'être condamné à accepter l'inacceptable ! Mais encore faut-il vouloir établir un vrai dialogue avec le patient et que tous les intervenants du réseau de la santé (tant publics que privés et universitaires) acceptent de sortir de leurs tours d'ivoire et d'ouvrir un dialogue réel avec les patients du Québec. Là et seulement là, on pourra espérer trouver des solutions réelles et non plus seulement d'ordre sémantique.

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