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Les médicaments novateurs

11/02/2017 09:28 EST | Actualisé 11/02/2017 09:28 EST

Génériques versus médicaments d'origine ? L'équation semble de prime abord simple à résoudre. Le coût des médicaments novateurs peut sembler compter pour beaucoup dans le budget de la santé. En réalité, il ne représente que 6% du budget total de la santé au Québec. Depuis 5 ans, ce coût est en baisse de 12%, et engendre d'importantes économies dans le réseau de la santé. Mais il demeure néanmoins une cible facile lorsque des coupures ou des restrictions budgétaires se font sentir. Il peut alors être tentant d'opter systématiquement pour les médicaments génériques, qui n'étant pas protégés par des brevets, peuvent se vendre à moindre coût, ou encore d'opter pour diminuer l'accès aux nouvelles molécules même si leur avenir est fort prometteur pour la santé de tout un chacun.

Ainsi selon LEEM, (Le Leem, Les Entreprises du médicament), un organisme qui regroupe les entreprises du secteur de l'industrie pharmaceutique en France, entre 1999 et 2009, les dépenses de R&D des industriels du médicament ont augmenté de 175 % et le nombre de molécules approuvées chaque année a diminué de près de moitié. Même l'industrie des biotechnologies, ne bénéficie pas, sauf quelques rares exceptions, de retours sur investissements plus importants que ceux de l'industrie du médicament. Par conséquent, le développement de médicaments est considéré comme une activité économique à haut risque, ce qui tend à éloigner les investisseurs du capital des compagnies de biotechnologies santé émergentes. Aujourd'hui, seul 1 médicament sur 13 sera couronné de succès, contre 1 sur 8, il y a dix ans (Réf. : http://www.leem.org/article/quel-est-cout-de-developpement-d-un-medicament )

Première erreur : limiter l'accès aux médicaments novateurs

Malgré ces constats exprimés par le LEEM, la recherche continue d'être de plus en plus prolifique. Elle génère de plus en plus de molécules prometteuses et de thérapies novatrices comme les médicaments biologiques, la médecine personnalisée ainsi que des traitements des maladies rares. Bien sûr, il y a un prix à payer pour bénéficier de ces percées scientifiques. Ces coûts sont reflétés sur ce qu'on appelait anciennement les médicaments d'origine et qu'on nomme aujourd'hui : les médicaments novateurs. Face à cette recrudescence de nouveaux médicaments, l'envie de nos gouvernements est forte de limiter l'accès aux médicaments novateurs. Pour convaincre la population des raisons de ces limitations, on brandit alors les prix reliés à ces médicaments. Mais ce bilan ne tient pas la route lorsqu'on tient compte de l'ensemble des facteurs reliés à la santé individuelle et à la santé publique. Ces facteurs sont particulièrement bien mis en évidence par M. Mel Wong, président de BioAlberta, un organisme de promotion des sciences de la vie et de la santé en Alberta. Voici un aperçu de cette lettre qu'il faisait parvenir au gouvernement albertin et à l'Edmonton Journal le 27 janvier dernier.

Penser au patient d'abord

Dans cette missive, il souligne bien à propos que pour bien des personnes, l'arrivée d'un nouveau médicament est le seul traitement efficace pour régler leur problème de santé. Prenons cet exemple des personnes souffrant de la maladie de Crohn. Pendant des années, ils ont dû vivre avec toutes les limitations et douleurs que leur imposait cette maladie. Un nouveau médicament d'origine biologique qui supprime les symptômes et les intolérables poussées de la maladie peut signifier pour la première fois de leur vie, la fin des douleurs et même un retour sur le marché du travail. En réalité d'un côté de la balance se situe un être souffrant confiné à la maison et incapable de travailler et, sur l'autre plateau, un être libéré de ses souffrances et capable d'assumer sa place dans la société; en résumé : une vie de souffrance et de dépendance versus une vie sans ces souffrances et un emploi rémunérateur. Bien sûr, lorsqu'on regarde seulement le plateau de la balance qui tient compte des coûts de ce médicament novateur, il est tentant de vouloir n'équilibrer que le budget de l'année en cours et de ne pas placer ce médicament sur la liste des médicaments couverts par l'assurance médicament. Mais lorsqu'on examine comme il faut l'autre plateau, on peut y trouver une personne tout à fait autonome qui paiera ses impôts durant toute sa vie plutôt que de recevoir des prestations d'aide sociale et qui, par surcroît, sera heureuse et épanouie plutôt que souffrante et isolée. Tout ceci est sans considérer ce qu'on pourrait qualifier de dommages collatéraux. Combien de jours de travail perdus pour les parents et tous les autres proches aidants de toutes ces personnes atteintes de maladies chroniques invalidantes ? Combien d'accompagnements à l'hôpital ou en clinique chaque année ? Toutes ces pertes d'énergie et de revenus ne sont jamais comptabilisées dans les budgets refusés pour des médicaments novateurs.

En somme, lorsque le premier regard se porte du côté du patient, les avantages du médicament novateur deviennent d'une évidence incontestable. Mais lorsque les regards de nos gouvernements se portent d'abord sur la colonne budget (et c'est pratiquement toujours le cas), ils restent habituellement fixés sur la colonne des pertes et deviennent aveugles aux arguments des patients. Ces derniers pourraient enfin bénéficier de ces nouvelles thérapies, être soulagés de leurs souffrances et avoir accès à une vie productive et entière.

On aurait aussi pu parler du traitement de l'hépatite C, une maladie qui pourrait être complètement éliminée avec l'utilisation des nouveaux médicaments découverts récemment. Selon une analyse du Conference Board du Canada (juillet 2013), les dépenses liées aux traitements pharmaceutiques en Ontario ont été plus que compensées par les économies qu'elles ont fait réaliser au système de santé et par l'amélioration de la productivité à l'échelle de l'économie. Dans ce rapport, les auteurs démontrent et concluent qu'en 2012, les avantages pour la santé et la société dont a bénéficié l'Ontario ont atteint le double des montants dépensés en produits pharmaceutiques dans les six catégories de médicaments évalués dans cette étude.

Et les profits financiers viendront

De grandes entreprises pharmaceutiques ont fait de Montréal et du Québec un leader internationalement reconnu en recherche scientifique. J'ai souvent parlé dans ces chroniques des rôles de grands instituts (Institut Armand-Frappier), Merck Frost, Pfizer, GSK, Astra-Zeneca et autres dans la découverte de nouveaux médicaments qui ont changé nos vies. C'est ici même à Montréal que sont nés les plus grands médicaments qui ont permis de transformer l'avenir des personnes atteintes du SIDA. Cette maladie n'accordait que quelques mois à peine de survie dans les années 1980. Aujourd'hui le SIDA est devenu, pratiquement, une maladie chronique et l'espérance de vie de ceux qui en sont atteints est pratiquement la même que celle du public en général. Et l'avenir, et cette fois nous pouvons aussi le regarder du côté financier, s'annonce tout aussi prometteur.

Comparativement à la moyenne de tous les secteurs productifs du Québec, le secteur des sciences de la vie :

  • crée 75 % plus de valeur ajoutée par emploi direct ;
  • offre des salaires 72 % plus élevés ; et
  • génère plus du double de recettes fiscales par emploi.

(Réf : Étude SECOR-KPMG pour Montréal InVivo , Valeur économique et évolution récente du secteur des SVTS , 2015)

Innovation et avenir

Sans innovation, nous serions toujours à l'ère de la préhistoire. Une société qui n'innove pas, n'évolue pas, stagne puis régresse. C'est particulièrement vrai en science de la santé. L'être humain est loin d'être le seul être vivant sur cette planète. L'univers des micro-organismes (ce que l'on appelait anciennement les microbes) est en constante évolution et de plus en plus de ces pathogènes développent des résistances aux antibiotiques. C'est comme si ces microorganismes apprenaient avec le temps à se défendre contre les antibiotiques dont nous disposons. Pour être toujours un pas en avant. Il nous faut donc trouver constamment de nouveaux antibiotiques. Il s'agit donc d'un des secteurs où la recherche et les médicaments novateurs sont essentiels. Nous pourrions aussi parler des domaines reliés aux cancers. Encore ici, les cellules cancéreuses développent des résistances aux divers traitements. Et, sans innovation, nous perdrons la guerre contre ces maladies. L'innovation dans les sciences de la santé est une activité vitale et essentielle. Comme le disait si bien le professeur Claude Détraz, cet illustre physicien français : « La recherche, c'est l'acte par lequel une société avancée exprime sa foi en un avenir ouvert ».

Bonne nouvelle en terminant : au moment d'écrire ces lignes, plus de 7 000 médicaments sont en développement à travers le monde particulièrement en lien aux cancers, aux maladies neurologiques et aux maladies infectieuses. C'est à ce prix que nous vaincrons bien des cancers, des maladies comme l'Alzheimer ou le Parkinson ou des infections qui sont susceptibles de provoquer de graves épidémies. Si, bien sûr, les gouvernements optent pour l'innovation.