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L’histoire du fameux Ritalin

Est-il pensable d'arrêter de mettre de l'huile sur le feu de la guerre entre les pro-Ritalin et les anti-Ritalin et de focaliser nos intérêts sur celui et uniquement sur celui de l'enfant?

02/09/2017 08:00 EDT | Actualisé 05/09/2017 11:40 EDT
Getty Images
Aux États-Unis, où environ 5% des enfants souffrent de TDAH, on retrouve 2% des enfants qui prennent du Ritalin.

Bien souvent, nous sommes victimes de perceptions erronées. Ainsi, j'étais relativement persuadé que le Ritalin, dont on parle tant surtout aux époques de rentrée scolaire, était un nouveau médicament. Tout au plus, pensais-je, datait-il de 5 ou 10 ans. Erreur, la célèbre pilule a atteint la cinquantaine. Et, il y a 50 ans, on l'utilisait exactement pour les mêmes raisons qu'aujourd'hui, ce que les spécialistes appellent les TDA-H, les troubles d'attention et de l'hyperactivité. Cycliquement, les pros et les antis relancent le débat sur la place publique et c'est pourquoi nous avons la fausse impression qu'il s'agit d'un nouveau remède aux conséquences aussi imprévisibles que potentiellement néfastes.

J'ai bien écrit fausse, car depuis autant de temps d'utilisation, des recherches ont été effectuées pour établir un suivi chez les enfants-Ritalin, ceux qui en avaient reçu durant leurs études primaires il ya 20 et 30 ans. Que sont-ils devenus ? Ont-ils tous terminé leurs études universitaires ? Ou, au contraire, sont-ils tous devenus des adeptes de la cocaïne ou du Prozac ? Bien sûr, ni l'une ni l'autre de ces réponses n'est vraie. Le Ritalin n'a pas produit plus de génies ni plus d'accros aux médicaments qu'on en trouve normalement dans la société. Mais nous pouvons évaluer que de manière générale, ceux qui avaient besoin de Ritalin et qui en ont bénéficié au moment propice sont devenus des adultes qui jouissent d'une meilleure estime d'eux-mêmes et qui ont réussi à développer plus facilement une relation privilégiée parent-enfant et ont connu au moins une relation privilégiée enseignant-élève durant leurs études primaires.

De plus, le TDA-H peut avoir des conséquences pour le moins négatives sur le futur de l'enfant. Ainsi, Lyse Lefebvre, pharmacienne, au Centre de Toxicologie du Québec écrit dans un article sur le site de l'Institut national de santé publique (INSPQ) : « En effet, on a constaté que les enfants ayant un TDA-H présentent un risque augmenté de toxicomanie, alcoolisme, personnalité antisociale, troubles de somatisation et délinquance. Heureusement, il semble qu'un traitement précoce soit bénéfique et diminue le risque de problèmes à l'adolescence ou à l'âge adulte. »

Aux États-Unis, où environ 5% des enfants souffrent de TDAH, on retrouve 2% des enfants qui prennent du Ritalin

Quant à la supposée surconsommation qu'on attribue au Ritalin, il s'agit là aussi d'un mythe. Aux États-Unis, où environ 5% des enfants souffrent de TDAH, on retrouve 2% des enfants qui prennent du Ritalin. Finalement pour ceux qui s'indignent à la nouvelle que ce sont les enseignants qui dépisteraient les enfants atteints, il suffit de comprendre qu'ils sont tout simplement mieux placés pour observer le comportement d'un enfant par rapport aux autres lors d'activités exigeant une grande concentration. Avant l'arrivée de la télévision, c'est aussi à l'école qu'on détectait le plus rapidement la myopie, la maîtresse s'apercevant que tel enfant ne voyait pas ce qu'il y avait sur le tableau. Aujourd'hui, avec la télé, on peut se rendre compte à la maison que l'enfant s'assoit trop près de l'appareil et consulter plus tôt et faire vérifier la vision de l'enfant.

Selon le docteur, Robert Dubé, professeur agrégé de clinique à l'Université de Montréal, la situation idéale se présente lorsque les parents, l'école et tous les types d'intervenants dont le médecin travaillent tous dans la même direction. Et cette direction est dans l'intérêt fondamental de l'enfant.

«Le médicament est sécuritaire et efficace lorsque pris selon les doses recommandées. De plus, il provoque souvent une synergie dans laquelle l'enfant voit et sent qu'on lui porte intérêt. Ceci crée des relations plus harmonieuses entre parents et enfants et enseignants et enfants. Cette combinaison, médicament et sentiment de l'enfant qu'on s'occupe de lui, favorise l'augmentation de l'estime de soi chez l'enfant qui éprouvera ainsi moins souvent le besoin de déranger pour attirer l'attention. Pour les parents, il s'agira alors d'éviter l'écueil de tout laisser-faire à l'enfant sous prétexte que ce ne serait pas sa faute, car il est hyperactif », nous informe le Dr Dubé. « Le plus difficile demeurera toujours la constance, ajoute-t-il, il faut savoir amener l'enfant à faire au mieux avec ce qu'il est. Cela s'appelle respecter l'enfant. »

Alors, est-il pensable d'arrêter de mettre de l'huile sur le feu de la guerre entre les pro-Ritalin et les anti-Ritalin et de focaliser nos intérêts sur celui et uniquement sur celui de l'enfant?

Car après tout, c'est de lui dont il s'agit.

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