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Inverser la vapeur: une obligation en santé publique

Le patient doit trouver le moyen de se hisser à la tête d'un système qu'il pourra contrôler et refuser de continuer d'être à la remorque du ministère, des associations professionnelles, patronales et syndicales.

25/10/2017 09:00 EDT
sturti via Getty Images
Les organismes qui accepteront cette obligation de résultat pourront être acceptés pour signer le contrat social avec les patients du Québec.

« Dans un geste inhabituel, l'Association médicale du Québec, l'Alliance des patients pour la santé, la Confédération des syndicats nationaux et l'Association des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux unissent leurs voix en dévoilant en conférence de presse 15 solutions pour améliorer le système de santé et de services sociaux et rencontrer les besoins des patients et de la population. »

L'effort est certainement louable, la réunion de ces instances fut, comme leurs représentants l'ont affirmé, plutôt curieuse et les moyens annoncés risquent fort de s'avérer aussi inefficaces qu'irréalistes.

Un effort louable

L'entreprise est audacieuse, mais tout de même, avouons-le, non seulement opportune, mais essentielle. Comme souligné, à un an de l'échéance électorale, le temps est propice pour proposer au gouvernement, et aux partis d'opposition qui risquent de prendre le pouvoir, des solutions pour améliorer notre système de santé. Et il est essentiel d'améliorer notre système de santé qui n'arrive toujours pas à livrer la marchandise même après des réformes, des augmentations de salaire enviables aux médecins et des promesses dont on oublie jusqu'à la date de livraison. On nous sert et ressert les mêmes demi-vérités du genre : le système fonctionne bien pour ceux qui y sont entrés, ce sont les autres qui attendent un accès pour y entrer qui sont les victimes. J'ai des nouvelles pour vous. Aujourd'hui, même ceux qui y sont entrés après un diagnostic de cancer, de diabète, de problèmes cardiaques, de maladies d'Alzheimer, de troubles mentaux ou autres se sont vu couper des services et doivent attendre après un scan ou une résonnance magnétique ou que sais-je encore. Une fois entré ans le système, ce n'est plus le paradis promis.

Une réunion improbable

Réunir à une table un syndicat, un organisme patronal, une association de patients et une association médicale n'est pas une mince affaire et il semble que l'on doive remercier l'Alliance des patients pour la santé d'avoir réussi cet exploit. Si ces quatre partenaires d'occasion semblent bien déterminés à ouvrir un dialogue, ceux qui n'étaient pas à cette ouverture ont été bien remarqués. On pense bien sûr au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, aux porte-paroles des partis d'opposition en matière de santé comme M. Paradis pour la CAQ et Mme Lamarre pour le PQ.

Du côté syndical, où étaient la FMOQ, la FMSQ et la FIIQ pour ne nommer que ceux-là. Pourquoi n'y avons-nous pas vu le Collège des médecins du Québec ? En réalité, la réponse se trouve dans la question. Ni le gouvernement, ni les partis d'opposition, ni les grandes associations syndicales et patronales ne voient d'intérêt à se présenter dans de telles initiatives. Je le sais d'expérience personnelle, puisque lorsque j'ai lancé mon mensuel Journal le patient du Québec, j'ai contacté tous ces groupes et en ai rencontré plusieurs. Aucun n'a voulu ouvrir un dialogue avec les patients. Le statu quo est, et demeure, leur réel objectif commun. On pourra toujours faire quelques changements de structure ou ajouter moult règlements qui montreront au bon peuple que notre gouvernement se préoccupe de la santé de ses ouailles. Et on passera la serviette au suivant pour un prochain mandat. Jamais il n'a été question de placer le patient à la tête de son système de santé qui, au fil des ans, est plutôt devenu celui des médecins, des fonctionnaires et des gestionnaires qui administrent le tout. Je crains bien que cette réunion improbable n'ait réussi qu'à asseoir quelques associations le temps de présenter des solutions que, pour ma part, j'aurais souhaité plus originales et surtout plutôt réalistes.

Les solutions proposées

En 2003, j'ai cosigné un livre avec le défunt docteur Augustin Roy qui s'intitulait : Permettez-moi de vous dire (Augustin Roy, Jacques Beaulieu, Les Éditions du Méridien) qui jetait un œil sur notre système de santé et proposait des solutions. En 2012, j'ai signé aux Éditions Trois-Pistoles un livre intitulé : Révolutionner les soins de santé, c'est possible. Un médecin généraliste, le Dr Alban Perrier et un médecin radiologiste, Robert Ouellet m'ont alors appuyé et nous parlions, bien évidemment, des moyens pour améliorer notre système de santé. Les pistes de solutions proposées aujourd'hui faisaient partie de l'un et/ou l'autre de ces deux livres écrits il y a 5 et 14 années. Rien de nouveau sous le soleil. En plus de ne pas être originales, bien de ces solutions sont carrément irréalistes dans le contexte actuel. Par exemple, comment peut-on réalistement demander au gouvernement, une entreprise hautement politique, de dépolitiser la santé ?

Pour un vrai changement

En réalité, c'est le mode de direction même qu'on doit changer. Comme souligné dans mes ouvrages précédents, je verrais bien une Société d'État, un comité de patients, ou une agence des patients (trouvez-le nom qui vous convient), en somme un groupe composé de personnes, de patients de divers horizons (santé, physique, santé mentale, handicapés, patients hospitalisés, organismes de prévention) diriger le Ministère de la Santé. Ce groupe serait chargé de présenter aux diverses instances professionnelles, syndicales et patronales les besoins et attentes de la population pour signer avec ces instances des contrats de services qui assureraient l'obtention des résultats escomptés. Les organismes qui accepteront cette obligation de résultat pourront être acceptés pour signer le contrat social avec les patients du Québec. Le patient doit trouver le moyen de se hisser à la tête d'un système qu'il pourra contrôler et refuser de continuer d'être à la remorque du ministère, des associations professionnelles, patronales et syndicales. De cette façon, dépolitisation de la santé, décentralisation et accent sur le patient ne seront plus des expressions vides de sens. Il faut inverser la vapeur : de la base du système, le patient doit devenir la tête de celui-ci.

Le Journal le patient du Québec se veut devenir l'outil de cette réalisation.

Et, s'il vous plaît, écrivez vos commentaires.

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