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Michaëlle Jean : prochaine secrétaire générale de l'OIF?

19/10/2014 08:12 EDT | Actualisé 19/12/2014 05:12 EST

L'Organisation internationale de la francophonie (OIF) amorce un tournant décisif de son histoire, avec l'élection de son prochain secrétaire général. La campagne qui s'est déroulée dans le respect mutuel des candidats tire à sa fin. À moins d'être surpris par les ouvriers de la onzième heure, la course à la tête de l'OIF se jouera définitivement à cinq puisque Dioncounda Traoré du Mali a décidé de jeter l'éponge.

Sur les cinq restants, quatre viennent du continent africain, tandis que la cinquième est la synthèse de trois continents. Si aucun d'entre eux ne se retire avant le sommet, il est fort probable que la seule femme dans la course soit élue prochaine secrétaire générale de la Francophonie.

Il y a des signes qui ne trompent pas. La semaine dernière, Michaëlle Jean était en France pour promouvoir sa candidature, après une présence très remarquée à New York, en septembre, lors de l'Assemblée générale des Nations Unies où elle a eu des entretiens fructueux avec un bon nombre de chefs d'État et de gouvernement, des ministres des Affaires étrangères de pays francophones et différents autres leaders mondiaux.

Le 8 octobre 2014, elle a prononcé un vibrant discours à Paris devant un parterre de plus de 120 personnes, triées sur le volet. Parmi lesquelles, on a noté la présence des représentants personnels des chefs d'État et de gouvernement auprès de l'OIF, des ambassadeurs de pays membres de l'OIF accrédités à Paris et à l'UNESCO, des membres des cabinets du premier ministre français et de la ministre française responsable de la Francophonie, des hauts fonctionnaires du ministère français des Affaires étrangères, des membres de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie, des députés et sénateurs de groupes d'amitié France-Canada et France-Québec, des opérateurs de l'OIF (TV5, AUF, AIMF), ainsi qu'une douzaine de médias français et internationaux.

Un discours qui avait des allures de programme d'action du prochain numéro un de l'OIF. Dans ses propos, Michaëlle Jean entend être la secrétaire générale du Nord et du Sud, qui veut moderniser la Francophonie, pour qu'elle réponde présente aux défis du XXIe siècle. Elle veut engager la Francophonie sur le chemin de la prospérité, du respect des droits et des libertés, de l'État de droit et la démocratie, de la transparence et la bonne gouvernance, de l'imputabilité et la lutte contre la corruption, de la promotion des principes de responsabilité sociale et environnementale des entreprises, etc.

Comment se fait le choix du secrétaire général de l'OIF?

En réalité, il ne s'agit pas d'une élection au sens propre du terme. Les chefs d'État et de gouvernement privilégient le consensus, au travers des discussions, concessions et compromis. Ainsi, pour ne pas polluer le débat sur d'autres enjeux majeurs du sommet de Dakar, les 57 chefs d'État et de gouvernement membres sont conscients de la nécessité de trouver un accord avant le sommet de novembre prochain, pour la nomination du nouveau secrétaire général. Tous comptent sur les arbitrages de la France, État autour duquel a été fondé l'OIF, pour les départager.

Pour ce faire, les diplomates s'activent à convaincre les gouvernements membres de se mettre d'accord sur une personne qui sera en mesure d'exécuter la feuille de route qui sera définie à Dakar, et cela, tout en tenant compte du fait que le 15e sommet veut valoriser le travail des femmes et des jeunes pour la paix et le développement.

L'objectif n'est pas de trouver absolument une personne qui ait la carrure d'Abdou Diouf pour le succéder. Le président Diouf a fait ses marques, tout le monde le reconnait. Il a doté l'organisation des institutions centrées sur les missions premières et fondamentales de l'OIF, à savoir la promotion de la langue française et de la diversité culturelle, le soutien à l'éducation et la formation, la promotion des droits de la personne et la prévention des conflits, etc.

Pour la suite des choses, nombreux diplomates, mais aussi d'analystes qui s'intéressent à l'OIF, estiment que la croissance économique et la prospérité de l'espace francophone peuvent certainement apporter des réponses efficaces et renforcer les efforts de l'OIF dans la réalisation de ses missions fondamentales. Par conséquent, l'OIF ferait mieux d'être dirigée par une personnalité qui a une bonne compréhension des nouveaux enjeux et de l'évolution du monde contemporain, pour la positionner parmi les acteurs indispensables sur l'échiquier mondial.

Tous les candidats ont de riches expériences qui peuvent servir au bon fonctionnement de l'OIF. Néanmoins, ce serait préférable d'aller au-delà, de tenir compte également des paramètres qui ont été longtemps marginalisés, notamment la parité homme femme, afin de choisir celle ou celui qui réunit suffisamment d'atouts pour porter la voix de l'OIF auprès des instances internationales, pour une mondialisation plus équitable.

Est-ce possible une femme à l'OIF?

Quarante-quatre ans après la création de cette organisation intergouvernementale, nombreux chefs d'État et de gouvernement membres de l'OIF sont d'avis qu'il est temps de nommer, pour la première fois, une femme à la tête de l'OIF. Cela, non seulement pour être cohérent avec la thématique choisie pour le 15e sommet, mais aussi pour démontrer que l'organisation a atteint la maturité et est tournée définitivement vers la modernité et l'ouverture d'esprit.

Le choix probable de Michaëlle Jean, la seule femme dans la course présentement, ne doit pas être vu comme une faveur faite aux femmes. N'en déplaise à tous ceux qui s'évertuent à véhiculer des inepties dans le seul but de nuire, Mme Jean incarne le renouveau et la modernité dont a besoin la Francophonie du XXIe siècle.

N'est pas gouverneure générale, envoyée spéciale de l'Unesco, chancelière de la plus grande université bilingue au monde qui veut. Se voir honorée d'une trentaine de doctorats honoris causa de plus grandes universités au monde, n'est pas un hasard. Il faut avoir des connaissances, des compétences, des expériences de vie et de travail qui inspirent confiance, pour se voir confier de telles responsabilités. Mme Jean possède une grande expérience diplomatique pour diriger l'OIF.

Comme elle ne cesse de le répéter : «Je suis à la fois du Nord et du Sud (...) Je suis de la diaspora africaine, d'Haïti et du Canada.» Elle a un charisme et est très proche de gens, petits et grands. Sa feuille de route pour la Francophonie du XXIe siècle résume bien les préoccupations de nombreux États et gouvernements, du Sud comme du Nord. Elle a la volonté et l'enthousiasme de faire bouger les choses à l'OIF, dans le sens de la volonté exprimée par les chefs d'État et de gouvernement à Kinshasa et très probablement de celle qui sera dégagée à Dakar.

Pendant sa campagne, elle a rencontré plusieurs chefs d'État et de gouvernement. Dans leurs conversations, l'économie a été le maître mot du virage que doit prendre la Francophonie dans les années à venir. Nombreux la soutiennent justement pour l'action qu'elle veut mener pour relever ce défi.

Michaëlle Jean a la volonté de faire bouger les choses à l'OIF

Michaëlle Jean n'est pas la seule candidate qui parle de l'économie. Le candidat mauricien, Jean-Claude de l'Estrac, qui le talonne dans cette course, a présenté, il y a deux semaines, ses « douze propositions pour la Francophonie de demain». Celles-ci ressemblent fort bien avec la «vision pour la Francophonie du XXIe siècle » qu'avait déjà présentée Mme Jean dans son plaidoyer rendu public sur son site Internet http://www.michaellejean.ca/

Tous les deux candidats misent sur la dimension économique de la Francophonie et s'appuient largement sur les progrès et performances économiques réalisés par leurs pays respectifs, pour servir de modèle de succès économique à d'autres pays membres de l'OIF. Mais, ce qui les différencie est que, Mme Jean a une vision claire et une bonne compréhension des préoccupations des pays du Nord et ceux du Sud dans cette organisation. Elle s'engage avec passion et enthousiasme pour servir à la fois pour les intérêts des uns et des autres au sein de l'OIF.

De plus, elle pourra faire bénéficier l'OIF de son aura, de son charisme et de son carnet d'adresses pour porter la voix de pays membres sur toutes les tribunes, au cœur de toutes les institutions et arènes décisives où se discutent les grandes réformes des systèmes multilatéraux.

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