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Francophonie: la France appuie-t-elle implicitement la candidature de Michaëlle Jean?

28/02/2014 12:27 EST | Actualisé 29/04/2014 05:12 EDT

Dans l'émission Internationales diffusée sur RFI le dimanche 23 février, la ministre française déléguée à la Francophonie, Yamina Benguigui, s'est prêtée au jeu des questions-réponses, sans tabou, avec Philippe Dessaint de TV5Monde, Sophie Malibeaux de Radio France Internationale (RFI) et Martine Jacot du journal Le Monde. La ministre, qui est la représentante du président français François Hollande à la Francophonie, a parlé de l'avenir du français, 7e langue parlée au monde; du deuxième Forum mondial des Femmes francophones, qui aura lieu du 03 au 04 mars 2014 à Kinshasa; de la nécessité d'avoir des femmes dans les instances politiques et dans les institutions internationales; et du mois de la Francophonie qui débute le 1er mars. Elle a évoqué également l'épineuse question de la succession d'Abdou Diouf à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), après le prochain Sommet de Dakar en novembre 2014.

Les journalistes ont précisément demandé à la ministre si elle souhaitait qu'une femme soit désignée pour la première fois secrétaire générale de la Francophonie. La réponse de Mme Benguigui fut on ne peut plus clair: «Il est évident que le mandat du président Diouf, du secrétaire général arrive à terme, là, en novembre. Aujourd'hui les candidatures officieuses affluent. Il n'y a pas beaucoup des femmes. Pour l'instant, il n'y a qu'une».

La journaliste qui voulait en avoir le cœur net, a clarifié sa question: «Est-ce que c'est le tour des femmes?» Réponse de la ministre: «Je pense que, de toute façon, les femmes doivent être présentes... C'est peut-être au tour des femmes. En tant que femme engagée depuis tant d'années, je pense évidemment que le choix d'une femme serait de bon augure par rapport à toutes les politiques en faveur des femmes dans l'espace francophone».

À la question de savoir si la France avait déjà un candidat, ou soutiendrait la candidature du président burkinabé Blaise Compaoré, la réponse de la ministre déléguée a été catégorique: «C'est l'affaire de rumeurs. Elles naissent on ne sait où et prennent vie. Jamais la France ne propose de candidat. Ça, c'est un fait. Il n'y a pas de candidat de la France ».

En effet, s'il est vrai que la France ne propose pas de candidat pour le poste secrétaire général de la Francophonie, il est également vrai que le candidat qui obtient l'appui de la France a de fortes chances de l'emporter.

Âgé de 63 ans, Blaise Compaoré dirige le Burkina-Faso depuis sa prise du pouvoir par un coup d'État sanglant en 1987. Son pays traverse actuellement une crise politique majeure causée par une possible révision de l'article 37 de la Constitution, qui limite le nombre des mandats présidentiels, pour lui permettre de se représenter à nouveau. Son mandat actuel court encore jusqu'en 2015, alors que l'élection du prochain secrétaire général de la Francophonie aura lieu en novembre 2014.

De toute façon, ce poste n'est pas l'apanage d'anciens chefs d'État à la recherche d'une retraite dorée. Il est nécessaire de rappeler que l'objectif de l'OIF est, entre autres, d'aider à l'instauration et au développement de la démocratie, à la prévention, ainsi qu'à la gestion et au règlement des conflits, ou encore le soutien à l'État de droit et aux droits de l'Homme. Pour atteindre cet objectif, la Francophonie aura besoin d'un secrétaire général qui croit profondément à ces valeurs et s'y engage pour les concrétiser.

Silence radio au Québec et au Canada

À Québec comme à Ottawa, c'est le silence absolu. La candidature toujours non officielle de Mme Jean, ancienne gouverneure générale du Canada, n'a fait l'objet d'aucune déclaration de la part des officiels aussi bien du Canada que du Québec, sa province d'accueil.

Dans son édition du 14 décembre 2013, Paul Journet, du journal La Presse, titrait: «Pauline Marois reste muette sur la candidature de Michaëlle Jean à l'OIF». En effet, questionnée lors de son dernier passage à Paris et à Monaco, la première ministre du Québec ne voulait pas du tout donner son opinion à ce sujet: «Je ne ferai aucun commentaire sur cela... Je n'en suis pas là, à ce point-ci, et je n'ai pas de point de vue à émettre...» À la question de savoir pourquoi elle ne voulait pas commenter ce dossier? Sa réponse fut: « Parce que ce sont des discussions qui ont lieu à l'interne, entre les différents États membres. On n'en fait pas état sur la place publique ».

Du coté d'Ottawa, même son de cloche. Depuis que les rumeurs circulent au sujet d'une probable candidature de l'ancienne gouverneure générale du Canada, aucun officiel canadien ne s'était prononcé publiquement.

Généralement, la désignation du nouveau secrétaire général de la Francophonie se fait par consensus, préparé au préalable. Maintenant que des langues commencent à se délier timidement, j'ose croire qu'il serait opportun qu'on officialise la candidature de Michaëlle Jean - qui du reste a des fortes chances de l'emporter -, pour qu'elle commence à prendre des contacts officiels afin d'obtenir les appuis nécessaires.

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