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Francophonie: Christine St-Pierre pourrait-elle mousser la candidature de Michaëlle Jean?

28/04/2014 12:19 EDT | Actualisé 27/06/2014 05:12 EDT

Dans une publication daté du 19 avril 2014, la Radio France internationale (RFI) écrivait :

À six mois du sommet de Dakar, les candidats se déclarent, tout comme les soutiens des États. Mais si une douzaine de noms sont cités actuellement, aucun ne s'impose de lui-même. La plus active, ces derniers mois, semble être l'ancienne gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean. Sa candidature est officielle, mais elle n'est pas soutenue par son pays. Ni d'ailleurs par le Québec, membre de l'organisation également. Michaëlle Jean devra donc chercher des soutiens dans d'autres capitales, en Afrique par exemple ou peut-être à Paris où elle a reçu la Légion d'honneur il y a un mois.

En effet, bien que les ambitions soient personnelles, les candidatures pour des postes aussi importants dans les organisations internationales sont généralement adoubées par leurs pays d'appartenance. À six mois d'un sommet crucial de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) qui devra élire le nouveau secrétaire général, la candidature éventuelle de Madame Jean n'est toujours pas présentée officiellement, ni par Ottawa, ni par Québec, tous deux membres de cette organisation.

On peut comprendre que le gouvernement péquiste de Madame Marois ne semblait pas très enthousiaste à l'idée de mousser la candidature d'une ancienne représentante de la monarchie britannique au Canada, c'est de bonne guerre. En effet, Madame Jean et son mari ont eu des relations quelque peu difficiles avec les souverainistes, depuis sa nomination comme gouverneure générale du Canada.

Maintenant que le pouvoir a changé de mains, pourrait-elle compter sur le soutien du nouveau gouvernement libéral du Québec?

Le dilemme québécois.

Il y a deux éléments qui concourent en défaveur ou en faveur de la candidature de Madame Jean à la Francophonie.

Premièrement, la question qui est souvent soulevée comme handicap à sa candidature est le fait que, l'administrateur de l'OIF - deuxième personnalité dans l'ordre de cette organisation -, Monsieur Clément Duhaime qui fut délégué général du Québec à Paris, est un Québécois et Canadien comme elle. Il a été nommé à ce poste en décembre 2005 par l'actuel secrétaire général et reconduit en 2009 pour un deuxième mandat et en 2013 pour un troisième.

Logiquement les États membres n'accepteraient pas de confier la direction de la Francophonie à deux ressortissants d'un même État, de surcroît tous du Nord. Alors que généralement, l'OIF a toujours été dirigée par un duo Nord-Sud.

Deuxièmement, l'actuel secrétaire général de l'OIF dont le mandat expire en novembre prochain, a annoncé à plusieurs reprises, à qui veut l'entendre :

Pas question, pour moi, de jouer les prolongations. J'ai servi pendant trois mandats. C'était une deuxième vie après la vie publique que j'ai eue. Il n'en est pas question et je dis que la francophonie recèle suffisamment de talents pour trouver un secrétaire général qui succédera à Abdou Diouf. J'en suis convaincu. Il y a beaucoup de candidats qui s'annoncent à l'horizon et je pense que les chefs d'État n'auront que l'embarras du choix.

En effet, conformément à l'article 6 de la Charte de la Francophonie, seul le secrétaire général est élu par les chefs d'État et de gouvernement pour un mandat de quatre ans renouvelable. À l'article 9, c'est le secrétaire général qui nomme le personnel de son cabinet et désigne le personnel de ses services qui peuvent provenir soit de personnel déjà en service, soit de personnel mis à sa disposition par les États membres, soit de personnel autre, recruté par l'agence à la demande de celui-ci.

Au regard de dispositions de la Charte, il n'y a aucune garantie réglementaire qui nous permet de croire que le nouveau secrétaire général qui sera élu en novembre prochain devrait maintenir l'actuel administrateur de l'OIF. De plus, s'il s'avérait que celui-ci soit un ressortissant du Nord, certainement qu'il y aura des arbitrages à faire et que les pays du Sud devront exiger le poste d'administrateur pour équilibrer l'influence.

Les autorités canadiennes et québécoises ont donc un choix cornélien à faire : prendre la commande de l'OIF en soutenant fermement la candidature de Madame Jean ou miser sur une candidature du Sud, quitte à négocier éventuellement la reconduction de l'administrateur actuel, qui est fort apprécié. Mais le hic dans tout ça est que, comme on semble dire que l'ancien maire de Paris Bertrand Delanoë, ou l'ancien ministre belge des Affaires étrangères et député européen Louis Michel seraient probablement intéressés à succéder à Abdou Diouf, il n'est pas certain que les pays du Sud accepteraient que les deux postes soient confiés aux pays du Nord.

Une chose est sûre, le choix de Madame Jean serait idéal et pourrait faire consensus, car elle porte en elle plusieurs identités qui font qu'aussi bien la France, le Canada, le Québec, les Caraïbes et l'Afrique se reconnaîtraient en elle. Elle pourra donc bâtir des ponts durables entre les francophones du Nord et du Sud.

La France a d'ailleurs multiplié des signes qui laissent présager qu'elle verrait d'un bon œil le choix de Madame Jean à la tête de cette organisation qui, il faut le dire, est une branche de sa politique étrangère. Tout dernièrement en mars, elle lui a décerné la médaille de Grand-Croix de la Légion d'honneur en signe de reconnaissance pour son engagement à la défense des droits et libertés de la personne, mais également pour son attachement à la France et sa contribution remarquable à l'approfondissement des liens d'amitié franco-canadienne.

L'Afrique qui détient la balance du pouvoir à l'OIF

En mars dernier, Madame Jean a effectué une tournée panafricaine, à titre de chancelière de l'Université d'Ottawa, pour proposer un accord de partenariat avec les autorités gouvernementales francophones en charge de la Jeunesse et de l'Éducation afin que leurs étudiants qui désirent venir étudier à l'Université d'Ottawa, bénéficient d'un allègement de frais de scolarité supplémentaires exigés aux étudiants internationaux.

Bien que le but et le message officiel de ce voyage soient de nouer les accords de partenariat avec son université. Mais quand on connait bien son intention de briguer la tête de la Francophonie, on peut présumer que le sous-entendu de ce voyage était de tâter le terrain, voire de solliciter le soutien de pays africains qui, il faut le souligner, sont majoritaires et tiennent mordicus à conserver ce poste.

Une chose est certaine, le choix du prochain secrétaire général sera basé sur la convergence de plusieurs éléments qui font consensus. Et le Québec et le Canada ont une bonne candidate à présenter et que nombreux États auront du mal à récuser.

En effet, comme le suggère RFI, et peu importe l'issu du processus de désignation du prochain secrétaire général, il serait incongru, politiquement et diplomatiquement pas correct, qu'un État tiers se targue d'avoir présenté la candidature de Michaëlle Jean parce son pays d'appartenance ne l'a pas fait.

Il est grand temps que le Canada et le Québec parlent d'une seule voix et expriment leur soutien officiel à cette candidature pour rassurer les États qui voudront bien l'appuyer afin qu'ils ne prennent pas déjà des engagements pour d'autres candidats.

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