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Échos d'Afrique: silence, on révise la constitution au Congo

04/10/2014 09:27 EDT | Actualisé 04/12/2014 05:12 EST

Depuis quelques mois en République démocratique du Congo (RDC), l'enjeu du débat politique tourne autour de la candidature de Joseph Kabila qui, en 2016, totalisera 15 ans de pouvoir discontinu. La question au centre du débat est : « va-t-il se représenter pour un troisième mandat? »

Normalement, si la RDC portait réellement son nom de - Congo démocratique -, cette question n'allait même pas se poser et faire l'objet d'un débat public. C'est comme si l'on demandait à Barack Obama, s'il vaudrait un troisième mandat. La constitution en vigueur en RDC ne laisse aucune possibilité de briguer un troisième mandat présidentiel.

Mais rien n'y fait, le débat s'éternise : doit-on réviser ou non la constitution? Il y a, d'un côté, les tenants du pouvoir qui tiennent mordicus à faire sauter le verrou constitutionnel pour permettre à leur champion de briguer un énième mandat. De l'autre, la grande majorité de la population ne trouve pas la nécessité et l'urgence de toucher à la constitution à quelques mois de la joute électorale. La population congolaise ne demande qu'une chose, le strict respect de la constitution.

Les partis politiques de l'opposition sont complètement en désaccord à l'idée de modifier les règles de jeu à la veille des élections. Même certaines personnalités de la majorité au pouvoir ne sont pas du tout à l'aise avec cette proposition de leur famille politique.

La deuxième personnalité dans l'ordre constitutionnel de la RDC, le président du Sénat, Léon Kengo Wa Dondo, s'oppose catégoriquement à la révision des dispositions intangibles de la constitution en vigueur:

Si l'on modifie ces dispositions, on détruit, par le fait même, tout l'édifice constitutionnel construit dans la peine. On n'est dès lors plus dans la même constitution, mais dans une autre. Il ne faut pas tirer prétexte de la révision pour aboutir à un changement de constitution. Cela n'est pas prévu par la constitution en vigueur.

Les confessions religieuses, notamment les princes de l'église catholique du Congo, n'ont pas raté l'occasion pour enfoncer le clou contre toute révision constitutionnelle.

Les partenaires internationaux, bilatéraux et multilatéraux de la RDC, ont également emboîté le pas. Ils sont opposés à toute modification de la constitution au stade actuel.

Le secrétaire d'État américain, John Kerry, lors de son dernier passage en RDC, avait signifié clairement son opposition à la révision constitutionnelle dans l'unique but de permettre au président actuel de briguer un troisième mandat.

L'Organisation des Nations Unies (ONU), par la bouche de l'envoyé spécial du secrétaire général, Ban Ki-moon, pour la région des Grands Lacs, Saïd Djinnit, a indiqué clairement au respect de la loi fondamentale du pays:

La position de principe de l'ONU sur ce sujet, c'est d'encourager les États à respecter les constitutions et à créer les conditions les plus propices pour la tenue de l'élection démocratique et pacifique.

Élection présidentielle en 2016

Le jeudi 25 septembre 2014, du haut de la tribune des Nations Unies à New-York, où il a assisté à la session annuelle de l'Assemblée générale, Joseph Kabila a réaffirmé sa volonté d'organiser les élections conformément au calendrier prévu pour 2016:

Je réaffirme la tenue prochaine des élections conformément au calendrier arrêté par la commission électorale nationale indépendante. Toutes les dispositions sont prises pour que notre pays en sorte plus apaisé, plus uni et plus fort.

Nous savons que depuis la nuit de temps, les partis politiques se battent pour prendre le pouvoir ou s'y maintenir. C'est tout à fait normal dans un jeu démocratique que la lutte pour le pouvoir soit au centre de la vie politique. Mais en RDC, les choses se passent autrement.

En effet, comme a dit le président Kabila aux Nations Unies que toutes les dispositions sont prises au niveau de son gouvernement pour organiser les élections apaisées en RDC, on observe malheureusement qu'aucune disposition n'est prise au sein de son parti politique, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) et de sa Majorité présidentielle (MP), pour conserver démocratiquement le pouvoir.

Joseph Kabila qui achève son deuxième et dernier mandat présidentiel, ne peut normalement plus se représenter pour un troisième mandat, mais il laisse planer des doutes sérieux sur ses intentions profondes, au point qu'on soupçonne qu'il veut, coûte que coûte, s'accrocher au pouvoir.

Pour preuve, le 21 mars dernier, lors d'une rencontre avec les membres de sa famille politique, dans sa ferme privée de Kingakati, dans la banlieue de Kinshasa, Joseph Kabila aurait clairement affirmé à qui veut l'entendre : " Il n'y a pas de Dauphin. Et, il n'y en aura pas [...] 2016, c'est de la distraction ". Du coup, tous ceux qui, au sein de son parti politique et dans sa majorité présidentielle, voulaient prendre des ailes pour prétendre à la magistrature suprême, ont reçu un message clair et net de tempérer les ardeurs.

Pour les analystes avertis de la situation politique en RDC, le débat constitutionnel qui fait rage actuellement n'augure pas de lendemain meilleur pour ce pays. Même les plus naïfs savent que les dirigeants actuels préparent un coup de force qui risque de replonger le pays dans le chaos. Contrairement au discours, des bonnes intentions, tenu à l'ONU, 2016 risque d'être une année moins apaisée pour la population congolaise.

En effet, de deux choses l'une, soit l'on veut tout foutre en l'air et replonger le pays dans un climat d'incertitude générale, sans se soucier de la population qui a subi des atrocités pendant des années; soit engager une épreuve de force avec tous ceux qui s'opposent à un troisième mandat et de se maintenir par la force des armes, en faisant fi de la volonté majoritaire de forces vives du pays et du souhait de la communauté internationale qui demande de respecter strictement la loi fondamentale du pays.

S'il y avait un conseil à donner : il faut savoir quitter le pouvoir avant qu'il ne vous quitte. Il y a une vie après la présidence de la république. L'exemple de l'ancien président du Sénégal, Abdou Diouf, illustre bien cette réalité. Mais pour cela, il serait mieux de préparer la relève, voire l'alternance démocratique pour le bien de son pays, de son peuple, mais aussi de tous ceux qui vous ont servi.

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