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Recomposer sa famille

14/07/2016 10:19 EDT | Actualisé 14/07/2016 10:19 EDT

J'ai 16 ans, je n'arrête pas de dire que plus tard, je n'aurai pas d'enfant. Trop paresseuse et je n'ai pas envie de m'occuper de la vie de quelqu'un d'autre, la mienne est déjà suffisante.

20 ans, avec un amoureux, mon avis n'a pas vraiment changé, mais on n'en parle pas vraiment dans le couple. On est jeunes, on essaie de rester amoureux.

23 ans, l'instant d'un moment de plaisir pas protégé avec l'amoureux, je sais tout de suite que ça y est. Ce feeling dont on ne peut pas se défaire, mais je ne fais rien pour m'en défaire non plus. Le couple n'est pas à son meilleur, je pleure en me demandant si c'est vraiment ça que je veux, avec lui. L'idée qu'il y a déjà quelque chose qui pousse dans mon ventre me fait voir la chose possible malgré tout. Le ventre a pris le dessus sur la tête.

24 ans, je suis dans le cadre de porte de sa future chambre, je pleure, je ne veux plus devenir maman, je veux revenir en arrière. J'ai peur. J'ai peur de ne pas être capable, de ne pas aimer être mère, de perdre mes amis et que ma vie change...

24 ans, je suis maman et ma vie a changé. Je suis une mère et je n'ai jamais voulu l'être. L'amour instinctif n'est pas là quand on me la dépose pour la première fois dans les bras. Je suis fatiguée, épuisée. Les gens autour de nous semblent plus heureux que moi de son arrivée. Je sais que je dois la protéger, la nourrir et m'en occuper, mais le sentiment dont toutes les mamans me parlaient lorsqu'elles ont tenu leur bébé pour la première fois, je ne l'ai pas.

J'ai l'impression de ne pas être normale. Je n'ai toujours pas l'amour inconditionnel qu'on doit avoir pour son bébé. Je me sens coupable de ne pas être en amour avec elle. Et c'est finalement arrivé, ce sentiment urgent de protection. J'ai fini par le ressentir, après quelques semaines, comme une lionne qui doit protéger ses petits. MON bébé. Mon bébé ce n'est pas un jouet, c'est MON bébé.

Les mois et les années qui ont suivi ont été les plus difficiles de ma vie. Gérer les crises, les pleurs, les nuits blanches, le trop-plein de vaisselle et de lavage qui s'accumule. Le papa qui s'enferme parce qu'il veut du temps pour lui, les amis qui sortent alors que je suis restée en mou toute la journée et que j'ai encore l'odeur de vomi dans les cheveux. J'ai 24-25 ans, j'aime ma fille, aucun doute là-dessus, mais aucun doute non plus sur le fait que je ne suis pas certaine d'être faite pour être une mère.

«Comment ai-je pu passer de ne pas vouloir d'enfant à ne plus vouloir m'en séparer?»

Je suis dans la mi-vingtaine et j'ai l'impression de vivre comme à 50 ans. Je suis dans la mi-vingtaine et j'ai la chienne que ma vie, ce soit « ça » maintenant. J'envie mes amis de vivre leur vingtaine. Je me sens prisonnière de mon appartement.

Mon bébé grandit, les crises augmentent. Elle n'est pas heureuse et moi non plus. Son père et moi, ça ne va plus. Des mois à réfléchir à la décision que je dois prendre. Et un après-midi d'été, je mets fin à cette relation qui est en train de me tirer vers le fond.

Mon bébé qui commence à ne plus en être un, me demande pourquoi papa ne rentre pas coucher. J'invente des raisons. Puis les mois passent, et la réalité d'une famille éclatée devient notre réalité. Les crises diminuent, le calme revient dans la maison. C'est elle et moi maintenant. Moi qui ne voulais pas d'enfant, c'est que nous deux dans la maison. Les premiers temps, c'est papa deux week-ends par mois et après 1 an et demi, c'est la garde partagée.

Comment ai-je pu passer de ne pas vouloir d'enfant à ne plus vouloir m'en séparer? Les premières semaines ont été difficiles. Tenter de retrouver qui j'étais en dehors de mon rôle de mère. Tenter de reprendre le temps que j'avais manqué. Mais se caser à 18 ans et se séparer 10 ans plus tard, c'était carrément comme si j'avais sauté une décennie de la vie, comme si j'avais été enfermée dans un sous-sol pendant 10 ans et que maintenant, je devais réapprendre la game . Je dois me refaire, me rebâtir.

8 ans plus tard, c'est toujours elle et moi. C'est une semaine à être une mère pas ordinaire et une semaine à être une femme pas ordinaire.

8 ans plus tard, ma fille a su, par elle-même trouver un bel équilibre entre son père et moi. Un début d'adolescence qui commence à se pointer et étrangement, qui me fait moins peur que tout le reste.

Aujourd'hui, je me surprends à vouloir rencontrer quelqu'un qui a déjà des enfants, à vouloir agrandir mon clan. Même si je sais que les enfants des autres seront différents de la mienne, j'ai envie d'être deux parents de nos propres enfants. J'ai envie qu'on soit les deux parents, accotées sur le rebord du patio à regarder les enfants jouer dans la piscine, se dire des secrets, se chicaner et nous faire pogner les nerfs, envers eux et envers nous.

Aujourd'hui, je me surprends à vouloir quelque chose qui ne sera pas parfait, parce que le parfait ne me convient pas. J'ai besoin de quelque chose d'un peu tout croche pour pouvoir me rendre droite à l'intérieur.

Une semaine à vivre un chaos avec les enfants, et une semaine à vivre en couple. L'idéal, dans un monde de conte de fées, c'est bien évidemment une belle famille unie, mais dans ma réalité à moi, mon idéal, c'est ça. Un idéal sans arc-en-ciel, avec des difficultés, de la grosse adaptation, mais mon idéal quand même.

Même si je ne me vois pas avec un bébé, je me vois avec une famille recomposée. Je me vois dealer avec les enfants qui ne sont pas les miens. Et je nous vois, chacun sur nos sofas, avec nos enfants respectifs collés sur nous, pour une petite heure de bonheur avant que la chicane pogne!

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