Isabelle Gérin-Lajoie

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Réplique d'une Gérin-Lajoie à Gérin-Lajoie

Publication: 28/05/2012 10:33

Cher monsieur Gérin-Lajoie,

J'ai toujours eu le plus grand respect pour vous pour l'excellence de vos actions posées en éducation et son rayonnement international.

Je suis néanmoins en net désaccord avec l'analyse que vous posez sur la situation actuelle. Contrairement à ce que vous pensez, si le méli-mélo actuel perdure, c'est justement à cause de la position intransigeante de la part du gouvernement Charest qui n'aura réussi qu'à exacerber les tensions avec l'imposition de la loi 78.

Premier problème de fond...

Baliser les manifestations afin de les rendre plus facilement illégales et imposer aux associations d'avoir à « prouver leur innocence » va à l'encontre de nos lois actuelles qui sont bâties sur le principe contraire, soit celui de «prouver la culpabilité». Si on veut chercher à tout prix où on peut dénicher l'illégalité, elle se trouve bien plus au sein de la loi 78 que dans la rue!

N'aurait-il pas mieux valu présenter à l'Assemblée nationale une nouvelle loi qui encadrerait mieux les droits des associations étudiantes laissés volontairement dans un flou artistique? Suivant un principe de base en démocratie, le respect de la majorité des voix exprimées lors d'un vote, les étudiants ayant voté pour la grève devraient avoir le droit d'empêcher les autres étudiants à assister à leurs cours! N'est-il pas démocratique de respecter la décision de la majorité? Est-ce démocratique d'imposer des « injonctions » à tout vent? Est-ce démocratique d'aller à l'encontre d'un vote majoritaire? La loi anti-scab en 1977 indique clairement de quelle manière les syndicats ont réglé cette problématique!

Deuxième problème de fond...

A-t-on déjà oublié qu'il y a quelques jours seulement, l'espérance était encore grande dans le cœur des étudiants lorsque la ministre Courchesne a remplacé Line Beauchamp? Forts de ce nouvel élément, les étudiants avaient alors entretenu l'espoir de recevoir une plus grande écoute et une plus grande ouverture d'esprit que les miettes recueillies à ce jour.

La désillusion a été grande et l'imposition de la loi 78 percutante! Franchement! Pensez-vous vraiment que le maigre 48 heures de négociation entre la ministre Courchesne et les étudiants est une négociation digne de ce nom?

Le débat de fond actuel ne devrait même pas porter sur l'augmentation des droits de scolarité mais bien sur le financement des universités et des cégeps et du «comment faire pour régler le problème du financement». Alors que le gouvernement stagne sa position sur une seule solution, soit l'augmentation des droits scolaires (agrémentée ici et là de quelques feuilles de persil pour rendre le tout plus digeste), les étudiants ont tenté d'apporter des solutions plus novatrices.

Les étudiants ont abordé la problématique d'une autre manière : par une inspection en bonne et due forme des dépenses actuelles. Et comme le démontre la commission Charbonneau dans un autre domaine, on commence aussi à suspecter la présence de quelques « fuites » par des portes laissées grandes ouvertes au sein de l'éducation. La moindre des choses n'est-elle pas de faire inspecter sa maison avant d'en évaluer sa juste valeur marchande? Tout bon évaluateur immobilier sait cela.

La solution?

Il appartient à tous et chacun de se parler dans un premier temps. En tant que nouvelle ministre de l'Éducation, le devoir premier de la ministre Courchesne aurait été d'entamer des pourparlers de manière sérieuse. Le très court laps de temps où elle s'est manifestée, un maigre 48 heures, prouve l'inverse. Les étudiants et le gouvernement doivent remplacer la confrontation par le dialogue. Et lorsque deux parties sont à couteaux tirés, rien de mieux, comme le fait valoir Louise Otis, médiateure et arbitre au niveau national et international, que de s'imposer soi-même un médiateur, d'autant plus que le gouvernement fait lui-même la promotion de ce bel outil de travail! J'ajouterais que cela aide à faire rentrer les couteaux dans leurs gaines respectives ou à faire redescendre le chat de son poteau comme le dit si bien Michel Arsenault, président de la FTQ!

À l'évidence, la solution ne sera pas trouvée par magie demain, les positions de chacun étant encore trop éloignées. Une chose est sûre, lorsque la distance place les parties très loin l'une de l'autre, il faut laisser au temps le temps de faire son temps, soit que tous et chacun réfléchissent, que tous et chacun proposent, que tous et chacun prennent connaissance des propositions, que tous et chacun réfléchissent encore, que d'autres propositions soient déposées, qu'on réfléchisse encore, etc, etc, etc.

Y'a-t-il une urgence à imposer dès maintenant une hausse des frais de scolarité?

Aucune urgence nationale.

C'est ainsi qu'on gère un pays. En réfléchissant, en écoutant, en déposant, en écoutant à nouveau, en réfléchissant, en déposant, le tout à la puissance 101.

101 fois sur le métier, remettez votre ouvrage.

 
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