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Briser le silence sur la domination masculine et les violences faites aux femmes

07/03/2014 12:26 EST | Actualisé 06/05/2014 05:12 EDT

À quelques jours de la Journée internationale des femmes, deux événements ébranlent l'ensemble de la communauté de l'Université d'Ottawa. D'une part, la présidente de la Fédération étudiante a été la cible de propos dégradants à connotation sexuelle dans le cadre d'une discussion sur les réseaux sociaux impliquant cinq représentants de la population étudiante: Bart Tremblay, Pat Marquis, Alexandre Giroux, Alex Larochelle et Michel Fournier-Simard. D'autre part, l'Université a suspendu son programme de hockey masculin en raison d'une possible agression sexuelle commise par plusieurs joueurs de l'équipe à l'endroit d'une jeune femme.

Certains membres de notre entourage nous ont avisés de faire attention aux propos que nous choisissons de soulever, alors que d'autres nous ont demandé de nous taire, puisque notre message pourrait heurter certains individus. Néanmoins, nous avons décidé de nous prononcer sur ces événements qui nous apparaissent tout à fait inadmissibles et méritent d'être abordés. À cet égard, l'encouragement au silence est une tactique fréquemment utilisée pour empêcher la dénonciation des violences faites aux femmes; cette même stratégie est employée pour maintenir les femmes dans l'oppression. Ce silence imposé par le système patriarcal encourage les femmes à se taire et permet d'occulter la violence masculine.

Des situations loin d'être isolées

Prises individuellement, ces situations peuvent paraître comme étant le fruit de quelques hommes, mais en réalité, elles sont endémiques considérant qu'une femme sur trois sera la cible de violence sexuelle au cours de sa vie. Bien que ces violences puissent paraître comme étant des incidents fragmentés, elles s'inscrivent toutes sur un continuum de la violence masculine vécue par les femmes au quotidien. Ces violences permettent aux hommes de maintenir la suprématie masculine en gardant les filles et les femmes dans la peur et dans le silence. D'ailleurs, lorsque nous les associons les unes aux autres, le nombre d'agresseurs s'avère assez élevé.

Par ailleurs, nous sommes scandalisés par la façon dont les agresseurs se sont positionnés comme des victimes dans ces situations. À cet effet, les menaces de poursuite envers la présidente de la Fédération étudiante et le sentiment d'injustice des joueurs de hockey face à la décision de l'Université démontrent comment la violence faite aux femmes demeure banalisée dans la société. À titre d'exemple, les membres de la Fédération étudiante ont initialement refusé de reconnaître leur responsabilité face aux propos dégradants et humiliants qu'ils ont tenus.

De plus, la réponse médiatique à ces situations n'a aucunement abordé la position dominante qu'occupent ces hommes par rapport aux femmes dans la société. Certaines sources ont d'ailleurs démontré une incompréhension face aux gestes commis par ces hommes en invoquant leur statut social privilégié. Le fait qu'il s'agisse de jeunes hommes universitaires blancs influence la perception des membres de la société, qui positionnent ces derniers comme des victimes, plutôt que comme des agresseurs. En raison du statut privilégié dont jouissent ces hommes, plusieurs s'empêchent de les voir comme des agresseurs pour éviter de remettre fondamentalement en question la domination masculine dans la société occidentale.

Nous nous questionnons d'ailleurs à savoir si le discours médiatique aurait été le même si ces hommes provenaient d'une autre culture. Au lieu de remettre en question le fonctionnement de notre société patriarcale ainsi que sa distribution des privilèges en faveur des hommes, il semble plus facile de pointer du doigt lorsque les événements se produisent au sein d'autres cultures. Ainsi, de soulever que ces jeunes hommes proviennent de « bonnes familles » est un exemple parmi plusieurs du déni médiatique et social à l'égard de leurs actions.

Une réflexion collective chez les hommes

Dans un premier temps, il est crucial que les hommes assument la responsabilité de leurs actions et de leurs paroles et qu'ils assument les conséquences de celles-ci. Même des paroles qui peuvent paraître anodines et émises dans un contexte humoristique perpétuent les attitudes sexistes et maintiennent les femmes dans une situation d'oppression constante. Nous avançons également que ceux ayant maintenu le silence sur ces situations contribuent tout autant à la victimisation des femmes.

Loin de constituer des situations isolées, ces deux incidents sont un reflet des attitudes sexistes encore bien présentes dans la société qui constituent les assises du patriarcat. Considérant que ce sont des hommes qui perpètrent et banalisent les violences faites aux femmes, ces derniers doivent agir concrètement pour les éradiquer. Au-delà des discussions sur l'oppression dans les cours universitaires, les hommes doivent rejoindre activement l'effort des femmes pour briser le cycle d'infériorisation, en reconnaissant leur responsabilité collective vis-à-vis des violences masculines. Dénoncer et intervenir sur toute situation où un homme ou un groupe d'hommes violente ou suggère de violenter une femme constituerait un pas vers l'égalité de fait.

Nous demandons aux hommes comment, individuellement et collectivement, ils peuvent remettre en question les rapports de force dans la société et contribuer à la dénonciation de la supériorité et de la domination masculine. Faisant partie d'une classe privilégiée qui domine et exploite les femmes, les hommes doivent prendre part à la déconstruction des attitudes dégradantes et condescendantes à l'endroit des femmes. Pour ce faire, les hommes doivent d'abord accepter de perdre certains pouvoirs et privilèges. S'ils jugent ce prix à payer élevé, celui que payent les femmes au quotidien l'est davantage.

Ce billet est cosigné par: Isabelle Côté, Étudiante en service social, Université de Montréal; Aude Martel, Étudiante en service social, Université d'Ottawa; John Flynn, Étudiant en service social, Université d'Ottawa; Karina Quesnel, Étudiante en sociologie et en service social, Université d'Ottawa; Eren Buyukbicer, Étudiant en service social, Université d'Ottawa; Myriam Bélanger, Étudiante en service social, Université d'Ottawa; David-Israel Falardeau, Étudiant en service social, Université d'Ottawa; Brigitte Floyd, Étudiante en service social, Université d'Ottawa; Elyse Gagnon, Étudiante en service social, Université d'Ottawa; Émilie Jolin, Étudiante en service social, Université d'Ottawa; Jessica Kozlowski, Étudiante en service social, Université d'Ottawa; Josée Lambert, Étudiante en service social, Université d'Ottawa; Mélina Parent, Étudiante en service social, Université d'Ottawa; Alexandra Pontbriand, Étudiante en criminologie, Université d'Ottawa; Véronique Savard, Étudiante en service social, Université d'Ottawa; Stacey Wharton, Étudiante en service social, Université d'Ottawa

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