Irwin Cotler

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Raoul Wallenberg a prouvé qu'un seul homme peut faire la différence

Publication: 26/10/2012 14:42

Ce jeudi a marqué un important moment de commémoration et de souvenir à l'Hôtel de ville de Montréal, alors que l'on y a souligné le 100e anniversaire de la naissance de Raoul Wallenberg en lui octroyant le statut de Citoyen d'honneur de Montréal. En 1985, il se voyait conférer le tout premier titre de Citoyen d'honneur du Canada.

Raoul Wallenberg, un Suédois non-juif, a sauvé à lui seul en quatre mois un plus grand nombre de Juifs dans la Hongrie de 1944 que n'importe quel gouvernement, et a été désigné comme étant «le plus grand humaniste du XXe siècle» par l'ONU.

Son incroyable héroïsme (qui sera également salué ce mercredi en ouverture de la Série éducative sur l'Holocauste du Centre commémoratif de l'Holocauste à Montréal) l'a mené à:

  • Délivrer des Shutzpasses suédois -sauf-conduits diplomatiques conférant l'immunité à leurs détenteurs - sauvant ainsi quelque 20 000 Juifs.
  • Établir un réseau international de 32 « maisons-refuges », des lieux sûrs qui ont permis de sauver environ 32 000 personnes.
  • Mettre sur pied des hôpitaux, des soupes populaires et des garderies -aide humanitaire internationale de base - qui ont redonné un semblant de dignité humaine aux femmes, aux enfants, aux personnes malades ou âgées confrontées à l'horreur et au mal.

En novembre 1944, pendant une marche de la mort de 125 milles imposée à des milliers de Juifs, principalement des femmes et des enfants, Wallenberg a suivi le convoi pour distribuer de la nourriture, des fournitures médicales et des Shutzpasses improvisés.

Le dernier sauvetage de Wallenberg est sans doute son plus mémorable. Alors que les nazis avançaient sur Budapest et menaçaient de raser le ghetto de la ville, Wallenberg a avisé les généraux nazis qu'ils auraient à répondre de leurs actes, qu'ils seraient traduits en justice et peut-être même exécutés pour leurs crimes de guerre et leurs crimes contre l'humanité. Les généraux nazis se sont repliés, et 70 000 Juifs hongrois de plus ont été sauvés grâce à l'inébranlable courage d'une seule personne prête à affronter le mal dans ce qu'il a de pire.

Alors que Wallenberg a sauvé tant de personnes, nul de ceux qui auraient pu l'aider n'est venu à son secours. Plutôt que d'être salué comme le héros qu'il était, il est disparu dans le Goulag soviétique sans laisser de traces, les autorités soviétiques persistant à affirmer qu'il est décédé en juillet 1947.

Toutefois, des preuves irréfutables font foi que Wallenberg n'est pas décédé en 1947 comme l'ont prétendu les Soviétiques. Des faits crédibles prouvent que Wallenberg était vivant dans les années 50 et 60, et probablement encore en vie au cours des années 70 et 80. Sur le plan légal, Wallenberg demeure une personne disparue, et le fardeau de la preuve quant à son sort revient aux Soviétiques et, par conséquent, à leurs successeurs russes.

En octroyant à Raoul Wallenberg le statut de Citoyen d'honneur de Montréal, la ville reconnaît qu'en protégeant de manière singulière des civils confrontés aux horreurs de l'Holocauste, Wallenberg a fait preuve du meilleur de ce qu'on nomme aujourd'hui le « droit international humanitaire ». En sauvant des Juifs de la déportation, d'atrocités et d'une mort certaine, Wallenberg a incarné ce qui s'appelle de nos jours la « doctrine de la responsabilité de protéger ». En avisant les généraux nazis qu'ils répondraient de leurs crimes de guerre, Wallenberg se faisait précurseur des principes de Nuremberg et du droit pénal international.

En résumé, Wallenberg a illustré comment une seule personne ayant le cœur et le courage d'agir peut changer le cours de l'histoire humaine - et nous en sommes tous bénéficiaires.

L'auteur est député de Mont-Royal, et ancien ministre de la Justice et procureur général du Canada. Il a participé à l'établissement de la Journée Raoul Wallenberg, tenue le 17 janvier, date de sa disparition.

 
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