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Brian Gallant a réussi son pari

27/09/2014 10:23 EDT | Actualisé 27/11/2014 05:12 EST

Premier ministre du Nouveau-Brunswick à 32 ans, Brian Gallant a réussi son pari. Il est devenu cette semaine le plus jeune premier ministre du Canada, déclassant Robert Bourassa qui occupa la fonction à 36 ans et Robert Ghiz, le premier ministre actuel de l'Île-du-Prince-Édouard, à 33 ans.

« On a une tradition, signale le politologue Denis Duval de l'Université de Moncton, campus d'Edmundston. On espère que la jeunesse va amener des solutions nouvelles, nous sortir du pétrin », analyse-t-il, en riant.

Jeune, charmant, belle apparence et bilingue mais sans expérience à la tête d'un gouvernement, il y a des similitudes entre M. Gallant et le chef libéral fédéral, Justin Trudeau. Ils ont une image jeune et partagent certaines positions : ils sont pro-choix et ils misent sur un programme d'infrastructure pour donner du tonus à l'économie. Comme M. Trudeau, Brian Gallant, blond, en forme, sait séduire. Les femmes l'aiment bien, fait remarquer M. Saint-Cyr. Les stratèges de M. Trudeau ont d'ailleurs examiné la campagne de M. Gallant à la loupe pour voir la réaction des gens et mettre certaines stratégies et politiques à l'essai.

Cela dit, leur bagage est différent. M. Trudeau est né au 24 Sussex d'une famille aisée. M. Gallant, lui, vient d'un milieu modeste, le petit village de Shediac Bridge, sur la côte, non loin de Shédiac, dans le sud-est de la province, où il a grandi dans une famille qui en arrachait. À 10 ans, il avait déjà déménagé six fois avec sa famille qui travaillait dans les petits dépanneurs de la province et géraient des restaurants-minute. Puisqu'il fallait se faire des amis à chaque fois, il a par la force des choses, dû approcher les gens.

« C'est une deuxième nature pour lui de faire des contacts », précise l'éditorialiste du quotidien l'Acadie nouvelle, M. Jean Saint-Cyr.

À l'école, le jeune Gallant s'intéresse à la politique. Il fréquente Dominic LeBlanc, député de Beauséjour, qui est devenu son mentor politique. C'est lui qui a coprésidé sa campagne électorale et qui lui a présenté Justin Trudeau, aujourd'hui un ami. Le hockey et le tennis étaient ses passions. Il a d'ailleurs été champion provincial du tennis à plusieurs reprises, tout comme son frère Pierre.

Brian Gallant détient deux baccalauréats de l'Université de Moncton, un premier en administration des Affaires et un deuxième en droit. Il était encore aux études lorsqu'il s'est présenté en 2006, à 24 ans, contre Bernard Lord dans la circonscription de Moncton-est où il fait bonne figure sans l'emporter. Le champion de tennis obtient une maîtrise en droit de l'Université McGill puis se lance corps et âme dans la course à la direction du Parti libéral du Nouveau-Brunswick, poste qu'il décroche en 2012 en récoltant plus de 59 % des voix. On ne lui connaît aucune expérience significative en gestion.

Dès le départ, le chef libéral mène une campagne très prudente, « comme quelqu'un qui avait peur de perdre son avance en faisant un faux pas », reprend le professeur Duval. Les journalistes ont de la difficulté à le faire déroger de son plan de match. Il est habile à contourner les questions. Ce qui ne l'empêche pas de commettre une erreur sur les chiffres avancés dans son plan visant l'augmentation des impôts des entreprises et des Néo-Brunswickois prospères. Brian Gallant évite la délicate question des langues officielles pendant la campagne.

Mais son nom le sert bien.

« Dès le départ, on sentait que les francophones étaient davantage prêts à appuyer un francophone », fait remarquer M. Duval. Surtout « un jeune qui arrive, qui chamboule les choses. »

Habile, M. Gallant avait d'ailleurs tenu une conférence de presse devant le monument dédié à l'ex-premier ministre Louis J. Robichaud, le premier ministre acadien de la province, une idole de M. Gallant.

C'est une campagne où circulent peu d'idées mais où les visions s'opposent. Le premier ministre conservateur sortant, David Alward, se dit favorable à l'exploitation des gaz de schiste, position qu'appuyait l'ancien premier ministre libéral Frank McKenna. M. Gallant, propose un moratoire, le temps de faire des études plus poussées.

La campagne commence toutefois mal pour David Alward. « Il n'avait pas de bilan à défendre », signale M. Saint-Cyr, n'ayant pas respecté plusieurs promesses. Trop pressé, il avait fait du contrôle des dépenses publiques sa priorité pendant quatre ans, une médecine de cheval que les électeurs ne voulaient plus avaler. Sous son règne, la création d'emploi n'a pas été mirobolante.

M. Gallant promet d'y aller plus lentement. Il veut limiter les dépenses du gouvernement, couper dans la taille de l'État et stimuler l'économie en s'appuyant sur un programme d'infrastructure de 900 millions $ qu'il a du mal cependant à défendre. Un pari audacieux, affirme M. Duval, car il faut pour cela que l'économie américaine redécolle et que l'économie canadienne prenne du mieux.

En fin de campagne, les électeurs se sont d'ailleurs montrés plus frileux à l'endroit des libéraux. Le chef libéral menait par 19 points au moment du déclenchement des élections. Il a terminé avec 6 points d'avance. Une semaine de plus, et il perdait l'élection. Brian Gallant remportait 27 sièges contre 21 pour M. Alward et un pour le Parti vert. Il semble bien que le CV mince du chef politique de 32 ans ait joué.

« Il nous a rien montré d'un intellectuel qui maîtrise les finances publiques », conclut le professeur Duval...Il faudra voir s'il a le talent de bien choisir ses ministres et « de dire non quand il faut. »

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