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Le Bloc québécois: une remontée difficile

16/12/2013 07:54 EST | Actualisé 15/02/2014 05:12 EST

Avec le départ de Daniel Paillé, une autre tuile s'abat sur la tête du Bloc québécois.

À la grande surprise de tous, M. Paillé, 63 ans, a annoncé lundi qu'il quittait ses fonctions pour des raisons de santé. Il a annoncé qu'il souffrait d'épilepsie, une maladie « gérable », a-t-il précisé, mais qui exige un style de vie « plus normal » et une charge de travail réduite.

Le départ du chef du Bloc québécois crée des maux de tête pour ce parti qui n'est plus que l'ombre de lui-même. On est loin des moments forts du Bloc. Le parti de Lucien Bouchard avait fait élire 54 députés sur 75 à la Chambre des communes lors de l'élection de 1993. M. Duceppe a même joué le rôle de chef de l'Opposition officielle en 1996 et 1997.

Emporté par la vague orange de Jack Layton lors des élections de 2011, le Bloc québécois ne faisait élire que quatre députés aux Communes. Le chef Gilles Duceppe y perdait son propre siège au profit de la néo-démocrate Hélène Laverdière. Depuis, le parti a hérité du transfuge Claude Patry mais a perdu Maria Mourani, expulsée pour avoir tenu des propos jugés trop controversés et contraires à la position du Bloc. Mme Mourani avait qualifié les visées du projet de charte des valeurs québécoises de « nationalisme ethnique » et d'objet de « persécution. »

M. Paillé s'est attelé à la tâche de reconstruire le parti, à rafraîchir son discours et à le doter d'assises solides en vue des prochaines élections fédérales prévues pour le mois d'octobre 2015. Mais il était peu connu, peu visible et son style autoritaire dérangeait.

Aux Communes, les néo-démocrates, eux, qui comptent bon nombre de députés nationalistes dans leurs rangs, ont occupé tout le terrain. Bloquistes et néo-démocrates ont tenté de s'arracher le vote nationaliste québécois.

Sous la direction de M. Paillé, le Bloc avait déposé un projet de loi visant l'abolition de la Loi sur la clarté référendaire adoptée par les libéraux de Jean Chrétien à la suite de la défaite référendaire de 1995. Le NPD ripostait quelques heures plus tard en déposant son propre projet de loi, la Loi sur la modification constitutionnelle démocratique. Ce projet de loi autorisait la séparation du Québec du Canada en autant que la question référendaire soit claire. Il fixait le seuil de la majorité des voix à 50%-plus-un. Or, aux yeux de M. Paillé, ce projet de loi néo-démocrate n'était qu'un écran de fumée puisqu'il n'avait pratiquement aucune chance d'être mis aux voix avant les prochaines élections fédérales.

Depuis le printemps, l'arrivée de Justin Trudeau brouille les cartes. Il mène largement dans les intentions de vote au Québec. Il a triomphé dans la très libérale circonscription de Bourassa lors des partielles de novembre. De son côté, le Bloc a encore perdu du terrain. Mais comme les partielles sont rarement un signe avant-coureur des intentions de vote lors d'un scrutin général, rien n'est joué.

Où ira le vote nationaliste au Québec? C'est là la grande inconnue. Ce sera difficile pour les néo-démocrates de répéter la percée historique qu'ils avaient effectuée en 2011 grâce à l'effet Layton. Les libéraux, eux, souhaitent une petite remontée du Bloc pour enlever des voix aux néo-démocrates.

C'est dans ce contexte qu'évoluera le nouveau chef bloquiste. Difficile de voir qui succédera à Daniel Paillé. Il n'y a pas de chef en attente. Le député de la région de Rimouski, Jean-François Fortin, qui était arrivé deuxième lors de la course à la direction du parti en décembre 2011, pourrait tenter à nouveau sa chance. Il n'a pas voulu confirmer ses intentions lundi.

Pour l'heure, selon les règlements du parti, c'est la vice-présidente du Bloc, Annie Lessard, qui prendra les rênes du parti. Le Bureau national du parti se réunira le 11 janvier pour décider de la suite des choses. Mais une course à la direction du parti, laquelle pourrait avoir lieu dès ce printemps, est automatique. Le congrès d'orientation du parti prévu pour la fin mai à Rimouski, décortiquera les grandes lignes en vue de l'élaboration d'un programme électoral.

En encourageant les militants à voter en grand nombre en décembre 2011, Jean-François Fortin avait baptisé la course à la succession de Gilles Duceppe de « course de la dernière chance. »

Fruit du hasard, le Bloc vient d'avoir une nouvelle chance de faire ses preuves.

Il devra démontrer qu'il a la capacité de trouver un chef connu, inspirant et de rafraîchir son discours.

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