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La démission de Michael Flynn, signe que la Maison-Blanche est en train de brûler

15/02/2017 11:27 EST | Actualisé 15/02/2017 11:27 EST

WASHINGTON ― Michael Flynn, le conseiller à la sécurité intérieure de Donald Trump, a démissionné -- ça n'a pas traîné ― mais son départ suscite une interrogation tristement familière depuis l'affaire du Watergate: que savait le président, et depuis quand?

Donald Trump est au pouvoir depuis moins d'un mois, et Washington ne parle déjà que de ça. De l'avis général, la Maison-Blanche traverse une crise grave, voire existentielle.

La longue liste des échecs et des bévues du gouvernement est bien connue: mensonges éhontés au peuple américain et à la presse ; incapacité à gérer les problèmes ; luttes intestines ; nomination à des postes importants de personnages bien peu recommandables ; communiqués contradictoires, souvent à quelques minutes d'intervalle ; fuites en série ; violations du secret défense qui susciteraient presque l'hilarité si elles n'étaient si lourdes de conséquences ; et une cote de popularité plus basse que tous les prédécesseurs de Donald Trump à ce stade.

Des questions très délicates pour Trump

Mais tout cela n'est rien au regard de l'embrasement actuel.

Michael Flynn a remis sa démission quand il ne faisait plus aucun doute que le FBI et les médias nationaux s'intéressaient de très près à ses relations étroites ― qu'il semble avoir monnayées ― avec Vladimir Poutine et ses sbires.

Sally Yates, l'ex-ministre de la Justice par intérim, a informé le président et son équipe il y a déjà plusieurs semaines que le FBI avait découvert les liens compromettants, y compris financiers, que son conseiller entretenait avec les Russes.

Aujourd'hui, des questions évidentes se posent. Pour Donald Trump, elles sont extrêmement délicates. Que savait le président, et depuis quand, sur les appels potentiellement compromettants passés à l'ambassadeur russe au mois de décembre? Michael Flynn aurait dit à son interlocuteur de ne pas tenir compte des nouvelles sanctions imposées par le gouvernement de Barack Obama, parce qu'elles seraient levées dès l'accession au pouvoir de Donald Trump.

Qui d'autre, dans la hiérarchie, aussi chaotique fut-elle, était au courant de ces conversations et des garanties faites à la Russie?

Est-il possible qu'il ait eu de tels échanges avec l'ambassadeur russe sans en parler à Donald Trump? Le président n'en savait-il vraiment rien quand il saluait la réaction mesurée de Poutine à ces sanctions? Qui d'autre, dans la hiérarchie, aussi chaotique fut-elle, était au courant de ces conversations et des garanties faites à la Russie?

La ministre de la Justice avait fait part de ses inquiétudes

Maintenant qu'il a quitté la Maison-Blanche, Michael Flynn ne peut plus se prévaloir de l'executive privilege, le droit de ne pas communiquer certaines informations confidentielles, s'il est cité à comparaître devant la Chambre des représentants. Invoquera-t-il celui de ne pas fournir d'informations susceptibles de nuire à sa défense? C'est possible. Parlera-t-il? C'est peu probable.

Sally Yates avait fait part de son inquiétude à Don McGahn, l'un des avocats de la Maison-Blanche. Pourtant, ce conseiller de longue date de Donald Trump, dont la principale compétence est sa loyauté sans faille envers le président et une parfaite connaissance de sa situation financière et de ses comptes de campagne, ne connaît quasiment rien aux questions de sécurité intérieure.

Comment pourrait-on croire que M. McGahn n'a pas fait part des graves doutes de la ministre de la Justice au président?

Et maintenant, qui pour le remplacer?

Qui sera désormais le conseiller du président sur ces questions? Ce poste a-t-il encore un sens? Le départ de M. Flynn dissipera-t-il la méfiance de la CIA (qui estimait apparemment qu'il représentait un risque pour la sécurité de l'Etat) vis-à-vis du gouvernement?

Personne n'a jamais été poursuivi depuis le vote du Logan Act -- qui interdit les entremises diplomatiques menées à titre privé -- voilà près de deux siècles. Cela pourrait changer s'il s'avère que Michael Flynn a menti au FBI.

N'oublions pas qu'il était loin d'être le seul pro-russe au gouvernement: citons notamment le directeur de la stratégie, Steve Bannon, et le secrétaire d'État, Rex Tillerson. Que savaient-ils, et depuis quand? Quelles sont leurs relations avec la Russie?

Le départ de Michael Flynn rappelle forcément le rôle des hackers russes et des fuites dans la campagne présidentielle de 2016, et le refus répété de Donald Trump de rendre publique sa déclaration de revenus, comme le veut la tradition. Le président insiste sur le fait qu'il n'a aucune dette envers l'État russe ou certains citoyens russes. Peut-on vraiment le croire?

Lundi soir, les questions étaient toujours plus nombreuses et beaucoup pensaient, à Washington, que les révélations sur le gouvernement Trump ne faisaient que commencer.

Cet article, publié à l'origine sur le Huffington Post américain, a été traduit par Bamiyan Felt pour Fast for Word.

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