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20% de racistes

07/03/2015 08:44 EST | Actualisé 07/05/2015 05:12 EDT

Un samedi, quelques semaines après les événements tragiques du 11 septembre 2001, dans mon petit appartement dans Petite-Patrie, j'ai reçu un appel téléphonique, une voix jeune me demanda sans introduction si j'étais musulman. Comme ça. Je n'ai pas répondu lui demandant plutôt de s'identifier, tout en signifiant poliment et fermement que mes croyances personnelles ne le regardaient absolument pas. Alors, aussi brusquement, il m'insulta, usant en la matière du riche vocabulaire québécois, de sale arabe à maudit musulman en passant par le classique rentre chez toi. Sa diatribe finissant par des menaces à peine voilées : nous savons où tu habites, on t'a à l'œil.

Je n'ai pas pris tout ça au sérieux. Je n'ai pas appelé la police ni pris des précautions outre mesure. J'étais jeune, peut-être naïf, et convaincu qu'il s'agissait de petits cons probablement ivres, cherchant dans le bottin un nom arabe, un « Ben » quelque chose, tombant sur le Ben-Ameur, mon nom étant dans la première page des « Ben » quelque chose. Je les imaginais préparer l'odieuse farce, choisir une ligne au hasard, appeler, puis jubiler de leur exploit, exultant la fierté du devoir accompli.

Ça ne faisait qu'un peu plus de deux ans que j'avais débarqué ici au Québec, et c'était là ma première épreuve face au racisme, celui aléatoire, gratuit, cruel, et combien dégradant et humiliant.

On ne peut pas concevoir combien le racisme, le sexisme, la xénophobie, l'homophobie, l'antisémitisme, ou l'islamophobie, et leurs corollaires de haine, discrimination, rejet, et mépris peuvent faire autant mal, si on n'en a pas été la victime au moins une fois dans sa vie. Être stigmatisé et condamné de par son être et son identité, que ce soit sa langue, sa culture, sa couleur, sa croyance, son âge, son physique, son sexe, ou sa sexualité, est un mal qui ronge l'humanité depuis que l'humain est humain. L'ignorance et la peur de l'autre, de l'inconnu et du différent de nous sont les fondements de la haine et de la discrimination. Nos gènes ont appris à rejeter la différence et l'individualité lui préférant l'homogénéité sociale plus apte à garantir de la survie du groupe. Nous sommes programmés pour juger, préjuger, condamner, et exclure la différence et le singulier. Il a fallu voir naitre la modernité et son humanisme pour que nous commencions à remettre en cause notre nature fondamentalement discriminatoire. Théoriquement du moins. Il n'en reste pas moins que l'humain est humain et que la nature reprend souvent le dessus.

Ainsi, dans un récent sondage, 20% des Québécois se déclarent plutôt racistes. On est bien en 2015. Mesurent-ils le sérieux de leurs déclarations? Ainsi, je suis Québécois, arabe de ma race, et juste pour ça, 20% des Québécois me haïssent et me méprisent semble-t-il. Ils n'aiment pas non plus ma femme, mes enfants et mes amis parait-il. Comme ça, sans me connaitre, ils ne connaissent pas mes idées et mes pensées, ni mes croyances et mes convictions. Ils n'ont aucune espèce d'idée qui je suis. Ils savent juste que je suis un « Ben » quelque chose, et pour ça, juste pour ça, ils ont décidé de me maudire.

Oui, la très grande majorité des Québécois est fortement animée par les valeurs humanistes. Les jeunes surtout. Je suis convaincu que le racisme, comme toutes formes de discrimination, n'est qu'une affaire de vieux cons. On n'a toutefois pas fini de lutter, d'éduquer et d'informer, surtout en ces temps fort troubles, d'intégrisme et de terreurs islamistes, ou l'autre, l'arabe ou le musulman est plus suspect que jamais. Essayons juste d'être humains.

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