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S’il vous plaît, madame Plante, rectifiez le tir!

«Que reste-t-il de l’Abitibi-Témiscamingue?» Les grands espaces, les moustiques, la solidarité dans les villages, avez-vous répondu à André Robitaille qui vous a reçu lundi à l’émission Entrée principale de Radio-Canada.

15/11/2017 16:35 EST | Actualisé 15/11/2017 16:35 EST
Getty Images/Lonely Planet Images
J’aurais pu voir un aspect plus positif dans vos souvenirs de votre région natale si ce n’est que c’est la goutte qui a fait déborder le vase, surtout venant de vous, la fille de la région à la tête de Montréal.

Madame Valérie Plante,

En Abitibi-Témiscamingue et à Rouyn-Noranda plus précisément, nous sommes fiers de vous et de votre parcours. Votre succès est le nôtre. Votre terre natale, ce vaste territoire si éloigné de tout, est tout aussi fière d'avoir offert au Québec des hommes et des femmes comme vous. Des personnes déterminées qui osent le changement et imposent le respect, proche des citoyens et à leur écoute.

Pour Montréal, il y a un avant et un après 5 novembre 2017. Pour l'Abitibi-Témiscamingue et pour Rouyn-Noranda également, pas seulement parce qu'une femme a été élue à la Mairie de Rouyn-Noranda pour la première fois depuis l'existence de la ville, mais aussi parce que bon gré mal gré vous êtes une représentante de choix de notre région.

Alors Madame Plante, « que reste-t-il de l'Abitibi-Témiscamingue ? » Les grands espaces, les moustiques, la solidarité dans les villages, avez-vous répondu à André Robitaille qui vous a reçu lundi à l'émission Entrée principale de Radio-Canada. Cela peut paraître très anodin pour quiconque croit encore que notre région éloignée est une terre sauvage où les routes sont boueuses, que nous n'avons pas l'électricité et l'eau potable et qu'il y aurait même encore des charrettes pour se déplacer. Mais, c'est tout sauf anodin pour des citoyennes et des citoyens comme moi fiers de leur région et qui usent de tous les moyens pour la valoriser et la faire connaître.

J'aurais pu voir un aspect plus positif dans vos souvenirs de votre région natale si ce n'est que c'est la goutte qui a fait déborder le vase, surtout venant de vous, la fille de la région à la tête de Montréal.

J'aurais pu voir un aspect plus positif dans vos souvenirs de votre région natale si ce n'est que c'est la goutte qui a fait déborder le vase, surtout venant de vous, la fille de la région à la tête de Montréal.

Nous sommes habitués ici à n'être pris en considération par le gouvernement que pour nos ressources naturelles. On accepte volontiers les rentes de nos mines et forêts entre autres, mais on ne se soucie guère de nos besoins spécifiques tributaires du vaste territoire que nous occupons et des conditions climatiques difficiles.

Nous sommes habitués à ce que les médias nous ignorent et se concentrent sur d'autres régions et villes considérées plus intéressantes, même quand il s'agit de météo. Ce mépris des médias à notre égard était flagrant lors des dernières élections.

Nous avons eu droit à une vraie et belle course à la mairie à Rouyn-Noranda, de vraies campagnes électorales, de sérieux débats entre les candidats et un taux de participation au scrutin du 5 novembre plus élevé que celui de Montréal et de la moyenne québécoise. La moitié des électeurs s'est déplacée pour choisir son maire ou sa mairesse. Des jeunes qui votent pour la première fois, des vieux qui arrivaient à peine à marcher, des parents accompagnés de leurs enfants pour les initier à l'engagement citoyen. Tout cela n'était pas suffisant pour attirer l'attention des prestigieux plateaux ou des tribunes des médias. C'est frustrant !

L'Abitibi-Témiscamingue a fait du chemin depuis votre départ, madame Plante.

L'Abitibi-Témiscamingue a fait du chemin depuis votre départ, madame Plante. Il y a encore des maringouins et des mouches noires, certes, mais il y a avant tout des citoyennes et des citoyens qui se lèvent tous les matins et font leurs devoirs comme ceux de Montréal ou de Saguenay.

L'Abitibi-Témiscamingue ce sont des villes dynamiques, une vie culturelle et artistique riche, des organismes communautaires qui font des miracles avec peu de moyens, c'est une université qui couvre tout le Québec avec ses cours à distance, des chaires de recherches et des chercheurs reconnus mondialement, une expertise minière et forestière de renommée internationale, une École d'études autochtones. La liste est longue.

L'Abitibi-Témiscamingue, c'est la terre où la lutte syndicale au Québec est née. C'est la Vallée-de-l'Or, la Capitale du cuivre et la Mecque du Heavy métal. C'est aussi le refuge pageau et la cathédrale Sainte-Thérèse d'Avila à l'architecture unique en Amérique du Nord.

L'Abitibi-Témiscamingue, c'est des paysages à couper le souffle, des milliers de lacs, des terres agricoles fertiles encore ignorées, c'est les pommiers les plus au nord du Québec. C'est aussi du froid extrême, mais c'est surtout une chaleur humaine à faire fondre l'hiver.

L'Abitibi-Témiscamingue, là où les eaux se séparent, c'est la terre des Anishinabeg. Elle est restée une terre d'accueil qui tend ses bras à ses propres enfants partis découvrir le monde, mais qui les tend aussi à ses nouveaux enfants, celles et ceux en quête d'une terre exceptionnelle et d'expériences nouvelles.

L'Abitibi-Témiscamingue c'est près de cent cinquante mille habitants, mais c'est aussi dix jeunes ambassadeurs et ambassadrices qui ont à cœur leur région et qui se sont donné comme mission de la valoriser en parallèle avec leurs études universitaires à Montréal, Québec, Sherbrooke et Ottawa.

Ces jeunes viennent de quitter l'Abitibi-Témiscamingue au même âge que vous, il y a 24 ans. Ils ne reviendront probablement pas tous. Il y a peut-être parmi eux une future mairesse ou un futur maire d'une grande métropole ou encore une première ou un premier ministre. Alors, dans cette éventualité, madame Plante, que pensez-vous qu'ils ou elles répondraient à la question « que reste-t-il de l'Abitibi-Témiscamingue ? »

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