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Vu d'Europe, le Québec est mythique

Je rêve qu'un jour, on parle des Québécois comme des agents de changements, à travers la planète.

04/08/2017 09:00 EDT | Actualisé 04/08/2017 09:00 EDT
MarcBruxelle via Getty Images
À en entendre certains, ma société à l'accent « mythique » se déplacerait régulièrement à chien de traîneau pour se rendre au boulot, paralyserait toutes ses activités lors de grosses tempêtes et vivrait de « chaleur humaine ».

Tout bon voyageur l'a remarqué : les différences culturelles peuvent influencer bien des interactions et des relations, autour du globe. C'est que le vocabulaire et les valeurs collectives demeurent radicalement différents de chaque côté des océans. Sauf qu'il faut savoir relativiser, et ne pas comparer.

Parlons de nous, voulez-vous? Parlons plus précisément de la vision qu'ont les Européens (et les autres cultures également de manière très générale) de la nation fleurdelisée. Quoique tous « très gentils » (et encore, c'est un mythe à défaire), les Québécois demeurent pour une forte proportion d'entre eux des habitants « à l'ancienne », m'avait-on déclaré dans un bar près de Bruxelles.

Des « bosseurs acharnés », qui vivraient de simplicité en exploitant un lopin de terre ou un filon qui leur est propre. « Un mode de vie bien rural, quoi ».

À en entendre certains, ma société à l'accent « mythique » se déplacerait régulièrement à chien de traîneau pour se rendre au boulot, paralyserait toutes ses activités lors de grosses tempêtes et vivrait de « chaleur humaine ». Je caricature, mais ces points de vue extrémistes existent.

Oui et non

Une partie de ça est vraie, évidemment, et c'est très bien. L'ouverture aux autres demeure selon moi une caractéristique fondamentale des Québécois, faisant d'eux une culture complimentée pour leur rythme de vie. Je conviens qu'il ne faut pas changer cette partie de nous. Au contraire, il faut la cultiver et la montrer en exemple.

Sauf qu'il ne faut pas non plus que cette vision, quoique plutôt positive, en vienne à réduire ou à négliger notre compétence, c'est-à-dire le savoir-faire des Québécois, qui, rappelons-le, rayonne de plus en plus à travers le monde. Parce que oui, ça arrive qu'on le sous-estime.

Or, l'expertise d'ici est grandissante en ce qui concerne les nouvelles technologies, l'agroalimentaire, l'hydroélectricité, la recherche, tous domaines confondus, et j'en passe. Il faut en parler, en être fiers, peu importe nos convictions sur le nationalisme.

Concrètement, mon point est qu'il faut faire valoir qu'au-delà des différences culturelles, langagières, sociales ou même politiques que nous portons, notre poids, notre vision et notre « crédibilité » dans ce monde en vaut autant. Plus que jamais en fait. Et il faut le faire comprendre. Le Québec n'est pas une « grande province aux petits habitants » comme on l'entend trop souvent dire.

Plus loin même, j'estime que notre « jeunesse historique » en tant que société nous permet de voir les choses autrement. Parce que l'histoire est ici encore à faire (sur une échelle « moderne », nous avons 400 ans à peine), nous avons le loisir d'observer et de choisir. Ce qui se fait à une époque où plus de droits sont garantis, pour tout le monde. C'est du moins ce que j'ai réalisé, en discutant avec des Français, surtout.

Ça commence ici, et maintenant

« Vivre pour un petit pain ». Ça vous dit quelque chose ? Il me semble que chaque Québécois a déjà entendu ou été confronté à cette expression, tellement elle représente parfaitement cette condamnation à la précarité, cette tendance à rester coincé dans son rang social.

La richesse et le prestige indignent également plusieurs d'entre nous. Pensons aux Péladeau, Laliberté ou Desmarais, qui ont divisé l'opinion publique. Leurs images de riches profiteurs semblent figées dans nos esprits.

Je crois toutefois qu'il faut se rappeler que l'innovation sociale passe très souvent par l'indignation, et qu'elle peut se révéler très enrichissante pour une société fière et unique comme la nôtre.

Il importe donc de profiter de notre situation unique, pour ne pas dire privilégiée, pour montrer au monde entier que des solutions progressistes et de nouvelles idées peuvent mettre l'accent sur l'égalité, l'ouverture, l'intolérance du racisme, du sexisme ou de l'homosexualité.

Il importe donc de profiter de notre situation unique, pour ne pas dire privilégiée, pour montrer au monde entier que des solutions progressistes et de nouvelles idées peuvent mettre l'accent sur l'égalité, l'ouverture, l'intolérance au racisme, au sexisme ou à l'homosexualité. Mentionnons que, globalement, la même opportunité, pour tous, de réussir à la naissance dans un climat social sain est primordiale.

Là sont finalement des caractéristiques fondamentales du Québec que je me représente. Un Québec simple et fier de l'être, au fond. Qui montre à tous que, oui, la nature humaine peut être d'une intelligence telle, malgré ses petites différences, comme un intrus dans une marée de conformistes. Il faut peut-être plus de tout ça, de nous.

Je me répète peut-être, mais nous avons la créativité et cette dynamique collective pour identifier des améliorations possibles de nos façons de faire. Alors, faisons-le, aux dépens de tout ce qu'on peut dire sur nous. D'écrire ce texte n'aura été qu'une tentative de le faire réaliser à certains d'entre nous, lors d'un prochain voyage à l'international.

Continuons de répandre cette pensée. Je rêve qu'un jour, on parle des Québécois comme des agents de changements, à travers la planète.

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