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«Passion privée»: l'art moderne du Québec de la Collection Pierre Lassonde

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L'exposition Passion privée. L'art moderne du Québec de la collection Pierre Lassonde est présentée en exclusivité jusqu'au 23 mai 2016 au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ).

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Cette exceptionnelle collection privée, partagée avec le public, offre un regard unique sur plus d'un siècle de création artistique. Près d'une centaine d'œuvres sont présentées dans cette exposition qui est une occasion unique de découvrir des œuvres rarement présentées au public.

Une expérience contemplative attend donc les visiteurs qui peuvent se plonger à loisir dans l'univers du collectionneur par le biais d'une approche scénographique de l'exposition qui propose des espaces aménagés, évoquant les pièces de la résidence du collectionneur. Le visiteur déambule d'un espace à l'autre et d'une ambiance à l'autre, découvrant les œuvres de trente-cinq grands artistes.

Dans la salle 5 du musée, on y découvre donc «la chambre» et son expérience quotidienne de vivre au contact des oeuvres.

«Je me considère comme choyé de me lever le matin entouré dans ma chambre de beaux tableaux comme ceux d'Helen McNicoll, qui est une artiste incomparable. De ses oeuvres émanent une paix et une sérénité certaines. C'est difficile d'être de mauvaise humeur au réveil quand tu regardes de tels tableaux !», avoue le collectionneur Pierre Lassonde.

Dans cette partie de l'exposition, les œuvres ont été rassemblées de manière thématique; l'emplacement des œuvres étant souvent motivé par la recherche d'une ambiance spécifique. Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté côtoie Jauran (Rodolphe de Repentigny), Jean Dallaire, Stanley Cosgrove, Adrien Hébert et Helen McNicoll; un regroupement lié au sensible. Cette cohésion confère à la chambre une atmosphère de quiétude.

Dans «l'alcôve», on découvre deux des premiers artistes à être entrés dans la collection Pierre Lassonde: Clarence Gagnon et Jean-Paul Riopelle. Bien que le traitement pictural de ces deux peintres diffère radicalement, les oeuvres témoignent d'une même volonté d'explorer les caractéristiques de la nature québécoise, comme cette lumière hivernale et ces étendues sauvages. Chez Jean-Paul Riopelle, Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté, Clarence Gagnon et Maurice Cullen, le paysage québécois révèle sa majesté dans des représentations le plus souvent empreintes de mystère et de rigueur. C'est assurément une expérience subjective et sensible qui est proposée au public par une telle présentation.

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«Mon épouse et moi voulions constituer une collection de tableaux emblématiques de périodes où il y avait eu des changements artistiques vraiment significatifs. Évidemment, les impressionnistes ont constitué un grand changement à la fin du XIXe siècle en Europe, avant de devenir un mouvement international, bien représenté au Québec. L'autre évolution majeure qui nous intéressait était la période de l'après-guerre, entre 1945 et 1955, avec l'expressionnisme abstrait, l'abstraction lyrique et les plasticiens.»

Dans le «corridor», on y retrouve Jean McEwen avec son travail de la surface et de la matière picturale. Un peintre tel que Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté propose la densité et le mode d'application de la matière picturale, phénomène qui, dans les années qui allaient suivre, allait être considéré comme fondateur de la peinture «moderne». On retrouve donc des tableaux de certains peintres très connus, tels que Marc-Aurèle Fortin, Jean McEwen, Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté et Jean-Paul Riopelle. La mise en relation d'œuvres permet de faire ressortir certaines caractéristiques qu'elles partagent entre elles.

«Chaque tableau est acquis sur la base d'un coup de coeur», explique Pierre Lassonde. «Lorsque j'accroche un tableau au mur, il faut que je l'aime. D'ailleurs, je prends toujours plaisir à dire que, de tous les tableaux acquis en quarante ans, je ne me suis départi que d'un seul. Il y a d'abord le coup de cœur, mais également la volonté de constituer un ensemble intéressant d'oeuvres.»

Tandis qu'en salle 6 du musée, on retrouve le «vestibule» qui rend compte de la matérialité de la lumière comme chez les impressionnistes ou la création d'une correspondance picturale avec les dynamiques de la nature, sinon de l'expérience physique éprouvée à son contact. Jean Paul Lemieux, Paul-Émile Borduas, Jean-Paul Mousseau, Jean McEwen, etc. sont quelques-uns des artistes de cette section. La créativité du peintre permet de faire vivre une expérience visuelle au visiteur.

Dans le «salon», on retrouve Cornelius Krieghoff, Jean Paul Lemieux et autres; des peintres, parmi les plus importants de la collection, qui abordent le thème des paysages hivernaux. Les murs du salon accueillent quelques œuvres non figuratives, de Paul-Émile Borduas, par exemple, qui réinterprète l'expérience du territoire hivernal.

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Dans le «corridor», on retrouve Paul-Émile Borduas et des artistes qui ont revendiqué la primauté de la subjectivité dans la représentation de la réalité et, par extension, le caractère nécessairement unique de la perception de chacun. Leurs expérimentations picturales ont pris diverses avenues et ont nourri la peinture gestuelle, l'abstraction lyrique, le tachisme, l'automatisme et l'expressionnisme abstrait; tout un univers culturel québécois qui a mené à une modernisation fondamentale, notamment par la signature du Refus global - violent manifeste qui a bouleversé le Québec, dont quelques signataires sont présents dans cette collection.

Toujours en salle 6 du musée, on y retrouve dans l'«alcôve» tout le processus d'acquisition expliqué. Il ne s'agit pas que d'une succession d'achats. Collectionner est un acte beaucoup plus profond. Le visiteur découvre donc, au passage, que la «cote» d'un artiste est en effet susceptible de monter ou de baisser successivement en fonction de causes parfois très complexes. La rareté d'un type d'œuvres, l'engouement pour un artiste, la collection simultanée de sa production par plusieurs individus, l'intérêt des institutions pour ce même artiste, les dernières découvertes à son sujet, sa mise en valeur dans une exposition ou une publication récente, l'état de conservation de ses oeuvres sont autant de facteurs de fluctuation de sa cote. Il est donc fascinant d'observer l'évolution d'une collection à travers les acquisitions d'un collectionneur comme Pierre Lassonde.

Un catalogue de 256 pages, réalisé sous la direction d'Anne-Marie Bouchard, conservatrice de l'art moderne (1900-1949) au MNBAQ, est disponible à l'achat. Passion privée. L'art moderne du Québec de la Collection Pierre Lassonde est un ouvrage qui présente l'exceptionnelle collection de cet homme d'affaires et expert canadien reconnu du secteur minier, grand philanthrope et mécène. Son action philanthropique lui a d'ailleurs valu plusieurs grandes distinctions, dont les titres d'officier de l'Ordre national du Québec et de membre de l'Ordre du Canada et de l'Ordre des mécènes de la Ville de Québec. Le nouveau pavillon du MNBAQ portera d'ailleurs son nom. L'ouverture de cette extension du musée est prévue dans la deuxième moitié de 2016, plus particulièrement entre juin et octobre.

Il est à noter que sept oeuvres de la collection Pierre Lassonde sont présentement en cours d'acquisition par le MNBAQ. Elles seront éventuellement intégrées dans la collection du Musée.

Plusieurs activités s'articulent autour de cette exposition temporaire qui se termine le 23 mai 2016. Pour tous les détails, il faut consulter le site: www.mnbaq.org

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