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Les mouvements artistiques nés au Québec (3/4)

31/08/2013 11:14 EDT | Actualisé 31/10/2013 05:12 EDT

L'art contemporain est une terre favorable à l'éclosion des «ismes»; ces mouvements, ces tendances, ces styles qui permettent au public de se repérer dans l'infinitude des pratiques propres à chacun des artistes. C'est surtout au tournant du 19e et du 20e siècle que les groupes d'artistes ont formé des mouvements se terminant en «isme». Leur démarche s'accordait de concert avec les expositions présentées. Le public savait donc à quoi s'en tenir. Les différentes appellations naissaient des critiques ou des journalistes, trop heureux d'associer leur nom à de nouveaux mouvements.

Le «isme» est forcément réducteur. Un seul mot ne peut caractériser un ensemble complexe de démarches, de styles et de techniques différentes. En histoire de l'art, chaque «isme» a une date de début et une date de fin. En pratique, ce n'est pas aussi simple. Encore aujourd'hui - même au Québec - il existe des artistes qui pratiquent l'Impressionnisme, qui peignent à la matière de ceux qui ont été des maîtres de l'Impressionnisme français... et qui excellent dans leur art. On les appelle les «néos» pour les distinguer des pères fondateurs de l'époque.

Les mouvements qui ont déjà existé peuvent être une base, un tremplin, qui sert à rebondir vers une improbable trouvaille, une nouveauté, une singularité qui créera un nouveau « isme ». Des mouvements peuvent naître aussi d'une parfaite autonomie de l'artiste qui n'a aucune influence artistique particulière. Quelle que soit leur façon d'innover, peu d'artistes vont jusqu'à devenir instigateurs ou instigatrices d'un nouveau mouvement artistique. Une expérience unique n'est pas suffisante pour donner un «isme». Une «série» d'œuvres est nécessaire pour établir un «style» nouveau. Le médium seul, même s'il est très original, n'a que peu de chance de donner naissance à un nouveau mot en «isme». La particularité doit venir du traitement d'un sujet, d'une thématique, d'une démarche originale accompagnée d'une facture particulière, etc. Dans les arts visuels, un mot en «isme» survient par commodité pour définir - ou classer - ce qui est présenté par l'artiste. Le nom de l'artiste est le premier réflexe pour établir un «isme». Quand cela survient, le nouveau mot établit (logiquement) qu'il est le seul exécutant de ce mouvement particulier; qu'il ne s'agit pas d'un mouvement de groupe.

Aujourd'hui, par cette chronique en quatre volets, je présente quelques-uns de nos artistes qui sont instigateurs et instigatrices d'un mouvement artistique né au Québec.

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Le Ugaïsme

UGA, née à Lévis, vit aujourd'hui à Québec. Dès sa jeunesse, elle s'intéresse au dessin et à la peinture. Afin de satisfaire son désir de peindre, elle s'initie à l'art visuel. Au cours de sa carrière en administration, elle s'est donc inscrite à des cours de peinture à l'huile, d'aquarelle et d'acrylique dans lesquels elle a fait du portrait à partir de modèles vivants. Ayant le goût de parfaire ses connaissances en art, elle a suivi des cours en histoire de l'art occidental à l'Université Laval à Québec. De 1988 à 2008, elle étudie donc les arts parallèlement à des expositions personnelles et collectives. Elle expose au Canada à partir de 1990 et à l'étranger à partir de 2006. C'est donc une seconde carrière, pour elle. Au cours des années, UGA s'est activement investie dans une recherche poussée, qui l'a conduit vers un style particulier qui lui est propre. En décembre 2009, lors d'une exposition collective, c'est la naissance du mouvement qui n'avait pas encore de nom. C'est une critique qui donne naissance à ce mouvement nouveau qui se situe dans la famille des semi-figuratifs, à mi-chemin entre art figuratif et art abstrait.

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On écrira : « ce mouvement aborde des personnages selon l'instinct du moment présent caractérisé par une interprétation libre de la réalité non imitative dans une signature tout à fait personnelle et distinctive de ce qui se fait actuellement au Québec en art contemporain ».

Le Ugaïsme est né. Elle sait qu'en 2009, même si elle se fait déjà connaître dans plusieurs pays, il est trop tard pour songer à pousser une carrière avec ce nouveau style découvert sur le tard. Les galeries d'art préférant la jeunesse à la sagesse. Sa santé fragile ne lui permet pas non plus de pousser plus loin la recherche de galeries qui pourraient éventuellement accueillir ce nouveau mouvement.

Le Ugaïsme est un mouvement distinctif sur fond sombre, généralement noir, qui est un dérivé du pointillisme. Les points forment la texture et les éléments picturaux de l'œuvre sont travaillés au couteau. L'univers est souvent cosmique. On y rencontre aussi des personnages qui se rassemblent. La naïveté des personnages est teintée de sobriété. Quelques points de couleurs ponctuent parfois l'ensemble du fond texturé. Des éléments abstraits peuvent être le centre du sujet tout en conservant ce fond sombre texturé de petits pointillés.

« J'adore peindre dans le silence, avec ou sans techniques de base, sans idée préconçue, sans obligation de respecter à la lettre les règles de l'art, et sans thème précis. La création et ma liberté d'expression sont donc pour moi un leitmotiv. Chaque fois que j'entreprends une œuvre, je relève un défi, soit celui de créer de la nouveauté. À travers les lignes, les formes et les couleurs que je jette sur papier ou sur toile, je recherche une expression personnelle et originale. Mes œuvres relèvent du symbolisme, du cubisme, du surréalisme, de l'abstraction lyrique et du mi-figuratif » - UGA.

L'Ondulationnisme

Jean Grenier, né à Québec en 1949, vit à Saint-Romuald (Lévis) depuis 1979. Il débute la peinture à l'âge de 18 ans puis cesse temporairement ses activités artistiques pour se consacrer à ses études. En 1993, il réalise son rêve d'enfance : il apprend la peinture avec l'artiste Paul-Émile Lemieux. En 1997, après trois ans de peinture traditionnelle, son style change radicalement; les sujets sont traités différemment. La fantaisie s'installe avec l'amusement et le plaisir. Les lignes droites disparaissent pour des courbes audacieuses. C'est à ce moment que le terme Ondulationnisme apparaît, définissant visuellement ces courbes multiples. Une recherche auprès de galeristes et de professeurs d'université lui apprend que le terme n'est pas employé en arts visuels. Jean Grenier décide donc d'utiliser ce terme pour définir et qualifier son travail.

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Au départ, il s'agissait de trouver une façon de vieillir les bâtiments, puis une ligne courbe en appela une autre et une multitude de courbes se sont installées dans sa composition. La recherche des lignes élégantes se perfectionne encore aujourd'hui pour embrasser harmonie et audace. Lignes et matières sont au cœur d'une recherche sans fin.

L'Ondulationnisme se distingue du Vibrationnisme, autre mouvement artistique québécois, par sa démarche totalement différente et sa facture. L'Ondulationnisme est surtout utilisé pour représenter le paysage urbain et rural. Occasionnellement, l'artiste peint des scènes d'intérieur, mais sa prédilection reste la narration de scènes de rues peintes à l'acrylique. C'est en parcourant la province qu'il a appris que plusieurs autres artistes s'étaient inspirés de ses courbes pour créer leurs propres bâtiments.

«Je crois que mon travail a déjà influencé plusieurs peintres. Je n'ai pas de brevet pour des lignes ondulées!» - Jean Grenier.

La narration artistique - ce que l'artiste raconte par ses scènes - évoque la danse. D'ailleurs, les termes « maisons dansantes » ou « maisons qui dansent » reviennent souvent dans les commentaires recueillis lors de manifestations artistiques. Son travail est qualifié d'« original » et d'« unique » par le public qui aime beaucoup ce caractère joyeux intrinsèque aux œuvres. Les gens découvrent - ou redécouvrent parfois - son travail lors d'expositions.

Présentement, il est dans une galerie d'art du Vieux-Québec et participe à de nombreux symposiums de peinture ; une douzaine par année. L'attrait des symposiums, aux quatre coins du Québec, réside surtout dans l'affluence des visiteurs; en une seule fin de semaine, l'artiste peut rencontrer jusqu'à 15 000 personnes.

Son travail suit des étapes précises, dont la première est de trouver un sujet ayant une architecture intéressante. Les photos sont nécessaires pour capter l'atmosphère de la scène. Le travail se poursuit en dessin dans son atelier. C'est l'étape, sur papier, où les courbes s'organisent et font naître une première image qui sera, par la suite, travaillée et retravaillée jusqu'au rendu final sur toile. Le mouvement de la scène doit être transcendé de la photo au dessin et du dessin à la peinture pour donner le ton à la narration, cette âme propre à l'Ondulationnisme de Jean Grenier.

Toutes les images sont diffusées avec l'autorisation des artistes

L'Ugaïsme et l'Ondulationnisme