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La gauche, la droite et les dictateurs au Québec

27/10/2013 09:39 EDT | Actualisé 27/12/2013 05:12 EST

Est-il possible que vous votiez pour un dictateur le 3 novembre?

À 19 ans, je m'envolais vers l'Europe pour un séjour qui allait durer quatre ans. Peut-être avais-je une odeur qui transpirait mes convictions politiques et qui aidait aux retrouvailles, mais il se trouvait que mes amis allaient être de « gauche». Ici je quittais les bleus et les rouges, et je ne savais pas, alors, que nous pouvions être de gauche ou de droite.

Aujourd'hui, au Québec, quand j'entends ces mots, il me semble qu'ils ne sont pas à leur place, car ils ne représentent pas vraiment qui nous sommes. Jamais on ne m'a dit que mon pays avait été construit par la gauche ou la droite. Je ne sais pas si Radio-Canada ou l'hôpital Ste-Justine ont été construits par la gauche ou la droite.

Pour nos vieux parents et grands-parents, les impôts voulaient dire une route pavée, donc la fin de la « planche à laver » entre les villes de Rouyn-Noranda et La Reine, un hôpital, une école laïque, une éducation de qualité et l'université aussi pour ceux issus d'une famille nombreuse. Cette sortie de la solitude des fonds de rangs et des campagnes lointaines nous a permis de réfléchir, de voir, d'agir et d'emmener notre pays vers la liberté et la modernité.

Il semblait qu'à chaque fois que nous votions, nous avancions. Ceux qui nous avaient gardés dans l'obscurité et la stagnation, nous les laissions derrière. Je garde comme impression de ma jeunesse celle d'une grande créativité et celle de l'éveil de tout un peuple. Citoyen et fonctionnaires participaient ensemble à la création et l'évolution du Québec.

La dictature administrative créée sous le slogan « bonne gouvernance », lancée au début des années 90, a transféré toutes les dimensions de nos vies dans les mains des comptables, et a tué la créativité de nos fonctionnaires. Pour s'excuser d'être enchaînés à des fonctions sans pouvoir de décisions, il leur reste comme seule réponse: « Je n'y peux rien, ce n'est pas en mon pouvoir». Aujourd'hui, nous nous administrons, nous perfectionnons notre relation avec les exigences de l'état venues directement à nous par l'ordinateur. Nous sommes un numéro et une formule bien remplie. Nous répondons à la grande machine pendant que les gens créatifs sont dorénavant dans la rue, le lieu pour s'exprimer, échanger, inventer pendant que l'état pleure ses décrocheurs.

Si mon pays est pour rester libre et créatif, ça ne sera peut-être pas grâce à la gauche ni à la droite. Je m'inquiète du fait que nous nous enfargions dans les fleurs du tapis avec ces mots empruntés à l'Europe et qui, pour beaucoup d'entre nous, ne veulent rien dire. Est-il possible que chacun de nous soit parfois un peu de droite ou un peu de gauche? Nous sommes des créatifs et des leaders en matière de liberté. Pourquoi emprunter? Pourquoi ne pas inventer de nouveaux mots pour décrire nos politiques et nos politiciens? Travailler pour le bien commun est-il un acte de gauche, de droite, de bleu ou de rouge? Est-il possible d'être plus précis? Précis comme le mot extrême peut-être?

Ce sont les extrémistes de toutes les pensées qui actuellement nous inquiètent. Nous avons, encore aujourd'hui, et pour toujours, besoin d'être gouvernés par ceux qui désirent nous voir émancipés, créatifs et heureux. Je ne peux m'empêcher à la veille des élections municipales au Québec d'être un peu inquiète sur le manque d'informations que nous avons concernant les candidats qui se présentent. Sont-ils là pour le bien de tous, ou sont-ils là au service de leur tribu, de leur gang?

Est-il possible que vous votiez pour un dictateur le 3 novembre?

Les dictateurs au Québec

Les médias nous ont bien informés sur les dictateurs des pays lointains, mais il me tarde de voir un reportage sur « les dictateurs du Québec ». Il me semble que nous en trouverions peut-être plusieurs dans nos municipalités.

On me dit que les médias ne peuvent pas dire si le maire de Sainte-S ou l'équipe municipale de Saint-C sont des dictateurs, car ils seraient poursuivis. Est-ce que cela veut dire que le jour où nous aurons un dictateur au pouvoir nous ne pourrons pas le dire? Nous dirons simplement: « Il est de droite?»

Il peut être facile d'installer une dictature. Il suffit de mettre ses hommes partout. Demandez la recette à Papa et Baby Doc: un Tonton Macoute comme informateur dans tous les dépanneurs, et c'est fait. D'autres l'ont compris. Que peut faire un directeur d'école aux États-Unis, si,comme lui, le président est démocrate, mais que toutes les directions des Commissions scolaires sont des républicains extrémistes? La démocratie a voulu distribuer le pouvoir, mais en voulant bien faire, aurait-elle mis la table aux grands seigneurs des petites localités?

Pourquoi si peu d'informations ou d'intérêts sur nos petites municipalités, et à ce niveau de la démocratie alors que tant d'enjeux s'y jouent, incluant la coupe de nos forêts. Pourquoi si peu d'engagement des citoyens pour le vote aux élections municipales? Un détachement bien dangereux.

Croyons-nous que la dictature ne viendra jamais chez nous? Elle pourrait très bien entrer par les mairies.

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