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Pourquoi faut-il investir dans le développement de l'agriculture?

30/04/2015 10:29 EDT | Actualisé 30/06/2015 05:12 EDT

Cette semaine, beaucoup de Canadiens participent à la campagne Vivre sous la ligne en vivant avec 1,75 $ par jour. La campagne vise à sensibiliser la population au fait que 1,2 milliard de personnes dans le monde vivent dans une pauvreté extrême. Au moment même où les conservateurs, dans leur budget de la semaine dernière, montrent encore le peu de cas qu'ils font de l'aide étrangère - la coopération internationale du Canada se maintient à un niveau embarrassant - les Canadiens, pour leur part, expriment leur solidarité avec ceux qui combattent la pauvreté extrême dans les pays du Sud.

Pauvreté extrême veut souvent dire faim extrême. La faim est un problème quotidien pour 842 millions de personnes qui n'ont même pas les moyens de se procurer des produits alimentaires de base. Même si le droit à l'alimentation est un droit fondamental, l'insécurité alimentaire demeure un problème mondial grave. Le secteur canadien du développement international lutte contre l'insécurité alimentaire dans les pays du Sud en menant plusieurs grandes campagnes axées sur un enjeu important mais souvent négligé : le développement de l'agriculture. Le soutien des petites exploitations agricoles est un excellent moyen de réduire la pauvreté, de renforcer les économies et de jeter les bases d'une croissance économique profitant à l'ensemble du pays visé.

Les preuves sont claires. Les pays qui investissent dans le développement de l'agriculture sont mieux outillés pour éliminer la faim, réduire les taux de sous alimentation et stimuler leur économie. Par exemple, l'attention que la Thaïlande a portée au développement de l'agriculture dans les années 1960 et 1970 - grâce à la priorisation des dépenses publiques en infrastructure rurale, au renforcement des droits fonciers et à la stabilité macroéconomique - a fait baisser les taux de pauvreté et augmenter les revenus en milieu rural. Selon l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, la Thaïlande a réduit, de 1990 à 2013, le taux de sous alimentation de sa population de 43 % à 6 %.

D'ailleurs, l'augmentation du revenu agricole stimule l'emploi, aussi bien en agriculture que dans le reste de l'économie. En outre, la Banque mondiale a observé que la hausse du PIB issue du développement de l'agriculture est deux fois plus efficace que celle issue des autres secteurs pour réduire la pauvreté.

Les petits agriculteurs, c'est-à-dire ceux dont la terre fait deux hectares ou moins, constituent la majorité des agriculteurs dans les pays en développement. Les exploitations familiales représentent plus de 90 % des fermes du monde, et elles produisent plus de 80 % des aliments de la planète. Grâce aux investissements dans l'agriculture à petite échelle, les agriculteurs peuvent subvenir à leurs besoins tout en améliorant leur nutrition. De plus, en vendant le surplus de leur production, ils ont les moyens d'envoyer leurs enfants à l'école. Notons par ailleurs que les petits agriculteurs des pays en développement sont en bonne partie des agricultrices. Les investissements destinés à abaisser les obstacles auxquels celles-ci font face ont la capacité de renforcer l'autonomie des femmes en milieu rural.

Il n'y a pas si longtemps, le Canada était l'un des plus grands défenseurs du développement de l'agriculture. De 2008 à 2011, le Canada a consacré, en moyenne, 450 millions par année en aide internationale à l'agriculture. Cependant, même s'il se concentre toujours sur des priorités telles que la nutrition et la sécurité alimentaire, le Canada finance beaucoup moins l'agriculture depuis 2011 en raison des compressions exercées par le gouvernement Harper. Pourtant, veiller à ce que les gens puissent subvenir à leurs propres besoins alimentaires demeure le meilleur moyen de combattre la faim.

Deux campagnes nationales de sensibilisation au sort des petits agriculteurs ont été lancées récemment. D'abord, la Banque canadienne de grains a mis sur pied la campagne « Good Soil », par laquelle elle demande au gouvernement du Canada de rétablir le niveau antérieur d'aide à l'agriculture, soit 450 millions de dollars par année. Cette campagne vise à faire connaître le besoin d'offrir un appui soutenu et à long terme aux petits agriculteurs. Cette mesure est un moyen efficace d'éliminer la faim et de promouvoir le développement durable.

La deuxième campagne est menée par l'organisation catholique Développement et Paix (aussi membre de la Banque canadienne de grains) et se nomme « Parce qu'on sème ». Elle vise à protéger l'utilisation traditionnelle des semences par les petits agriculteurs des pays du Sud. La préservation et la diversité des semences aident les agriculteurs et leurs communautés à subvenir à leurs besoins et favorisent la biodiversité végétale. La campagne « Parce qu'on sème » est une façon de défendre les petites exploitations agricoles familiales contre la mainmise croissante que les multinationales opèrent sur les semences en se servant de brevets et des restrictions imposées dans certains accords de libre-échange. À l'instar de la campagne « Good Soil » de la Banque canadienne de grains, Développement et Paix fait ressortir le potentiel des petits agriculteurs et leur importance pour les communautés.

Le Canada devrait appuyer fermement ces deux initiatives et d'autres mesures de développement durable qui réduisent l'insécurité alimentaire - car l'agriculture est liée intrinsèquement à l'environnement et à la gestion durable des terres. Le gouvernement doit aussi prendre les changements climatiques au sérieux, et notamment prendre un nouvel engagement à l'égard de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, l'un des nombreux traités internationaux dont le Canada s'est retiré depuis l'arrivée au pouvoir de Stephen Harper.

Le soutien du développement de l'agriculture offre un moyen global et efficace d'aider à long terme les populations les plus pauvres. Les investissements, qui peuvent être financiers, mais aussi prendre la forme d'infrastructure ou de formation, peuvent stimuler la production des petits agriculteurs. Par ricochet, ils améliorent la sécurité alimentaire et favorisent une croissance économique soutenue, tout en renforçant la lutte contre la désertification et la dégradation des terres. J'incite vivement les Canadiens à se renseigner sur les remarquables campagnes de la Banque canadienne de grains et Développement et Paix, qui sont non partisanes. Il est temps que les conservateurs écoutent ce que ces organisations dévouées ont à dire, qu'ils financent le développement de l'agriculture et qu'ils regardent leur investissement porter ses fruits.

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