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De la nécessité d'une stratégie solide en matière de responsabilité sociale des entreprises

17/05/2013 10:57 EDT | Actualisé 17/07/2013 05:12 EDT
Getty Images
A worker cuts the thread on a plaid shirt on the production line of the Fashion Enterprise garment factory in Dhaka, Bangladesh, on Monday, April 29, 2013. Bangladesh authorities said they were accelerating rescue efforts at the factory complex that collapsed last week as hopes fade for more survivors after the nation's biggest industrial disaster. The government has decided to constitute a panel to identify garment factories in the country at risk of collapse, cabinet secretary Hossain Bhuiyan told reporters on April 29. Photographer: Jeff Holt/Bloomberg via Getty Images

Le choc ressenti par les Canadiens à la suite de la récente tragédie au Bangladesh montre qu'en tant que pays, nous nous soucions profondément du bien-être d'autrui et nous voulons des pratiques commerciales responsables et l'absence d'exploitation des travailleurs. Dans la foulée de cette tragédie, le NPD a demandé à ce que les règles relatives à la responsabilité des entreprises soient resserrées. Le statu quo n'est pas une option. Il est plus que temps d'adopter des mesures pour responsabiliser davantage les entreprises canadiennes qui mènent des activités ou font de la sous-traitance à l'étranger.

Bien que le gouvernement Harper continue d'affirmer avec insistance qu'il a à cœur la responsabilité sociale des entreprises (RSE), ses actions démentent cette prétention. En fait, le gouvernement semble revenir en arrière au lieu d'aller de l'avant.

L'an dernier, le gouvernement a coupé les vivres au Centre d'excellence de la responsabilité sociale des entreprises, qui était le seul élément prometteur de sa stratégie volontaire de 2009 sur la RSE. Le Centre était le seul organisme au Canada à réunir des sociétés minières, des groupes de la société civile et des représentants du gouvernement fédéral.

Amnistie internationale, KAIROS, le Comité central mennonite du Canada, Mines alerte et le Syndicat des Métallos se sont déjà tous retirés du comité exécutif du Centre pour protester contre son manque de financement. Ces organismes n'avaient évidemment aucun intérêt à participer à un exercice financé exclusivement par l'industrie et que bon nombre d'acteurs pourraient estimer moins fiable.

Fait intéressant, le gouvernement conservateur n'a fourni aucune explication justifiant ces coupes, mais il s'est empressé d'annoncer un nouveau programme de 25 millions de dollars sur cinq ans prévoyant la création de l'Institut canadien international pour les industries extractives et le développement. La rapidité avec laquelle l'ACDI a mis ce projet en route démontre clairement que les fonds sont disponibles.

Le gouvernement Harper insiste également pour dire qu'un autre élément de sa stratégie de RSE, le Bureau du conseiller en RSE de l'industrie extractive, fonctionne bien. Pourtant, le processus volontaire de règlement des différends le prive de toute efficacité, et le Bureau n'a à peu près rien accompli en trois ans d'existence. Personne dans l'industrie n'accorde quelque crédibilité que ce soit à ce Bureau - et le gouvernement ne semble pas s'en soucier.

Nous devrions au moins nous attendre à ce que les entreprises soutenues financièrement et politiquement par le gouvernement du Canada soient tenues responsables de leurs actes à l'étranger. À cet égard, les rapports récents indiquant que le gouvernement a continué de faire la promotion de l'entreprise canadienne Blackfire Exploration Ltd. au Mexique, alors que les autorités étaient au courant d'allégations d'activités illégales et de corruption, sont inquiétants.

Qu'est-ce que le Canada devrait faire à la place?

D'abord, l'adoption d'une approche multilatérale est essentielle pour relever les défis inhérents à l'élaboration d'une saine politique en matière de RSE. Nous devons encourager l'actuel gouvernement à s'asseoir avec les représentants de la société civile et des sociétés minières pour élaborer des normes uniformes afin de prévenir les violations des droits de la personne, l'exploitation des travailleurs et la dégradation de l'environnement.

Un mécanisme transparent dans lequel les intervenants et le public peuvent avoir confiance serait non seulement de nature à accroître la confiance de ceux qui sont susceptibles de ressentir les effets, sur les droits de la personne et l'environnement, des activités d'entreprises canadiennes à l'étranger, mais contribuerait aussi à redorer l'image du Canada, qui se détériore sérieusement, et à renforcer la crédibilité globale des entreprises qui se conforment aux normes les plus strictes. Un tel mécanisme profiterait à tous.

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Il convient également de se pencher de toute urgence sur les autres mesures qui pourraient être prises pour favoriser une plus grande transparence et contribuer à l'amélioration des normes du travail dans des secteurs comme celui du vêtement. Le NPD a demandé une étude plus approfondie sur cette question. Le Parti se bat aussi pour que la réglementation relative à l'exploitation des minéraux dans les zones sujettes à des conflits soit plus rigoureuse. Mon collègue Paul Dewar a d'ailleurs présenté un projet de loi en ce sens.

Les Canadiens veulent que nos entreprises prospèrent et représentent notre pays dignement. Les entreprises canadiennes veulent des normes claires et uniformes en matière de commerce international. Le gouvernement devrait leur faciliter la tâche à cet égard en se dotant d'une solide stratégie en matière de RSE, plutôt que d'affaiblir les quelques rares outils à leur disposition.

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GRAPHIC WARNING Bangladesh Factory Collapses