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Anniversaire de la Convention d'Ottawa : où est le Canada?

«Le gouvernement ne peut pas continuer de clamer son rôle sur la scène mondiale sans déployer d'efforts.»

07/12/2017 18:13 EST | Actualisé il y a 22 heures
Getty Images/iStockphoto

Cette semaine, un important accord international célébrait son 20e anniversaire. Il y a vingt ans, la Convention d'Ottawa, aussi connue sous le nom de Traité sur l'interdiction des mines antipersonnel, marquait une victoire sans précédent dans la lutte contre les mines antipersonnel. Toutefois, lorsqu'on lit les grands titres d'aujourd'hui, on ne soupçonnerait jamais son existence. Même si le gouvernement libéral a aujourd'hui toutes les raisons de célébrer la convention, il est demeuré particulièrement silencieux à son égard.

Par contre, à l'époque, le Canada n'était pas resté muet dans ce dossier. La Campagne internationale pour interdire les mines terrestres a déployé des efforts pendant des années pour interdire les mines antipersonnel, et avait besoin qu'un gouvernement se fasse le champion d'une convention. En octobre 1996, le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Lloyd Axworthy, a réuni les gouvernements et la société civile à Ottawa pour mettre en place une stratégie visant à rédiger et signer une convention au cours de la même année. Il s'agissait d'une politique étrangère plutôt audacieuse et inattendue — et elle fut très efficace. La Convention d'Ottawa est un exemple remarquable de multilatéralisme et une preuve tangible des réalisations que les gouvernements peuvent accomplir lorsqu'ils travaillent avec la société civile et collaborent entre eux.

On pourrait penser que le multilatéralisme n'est au fond qu'un consensus, mais ce n'est pas le cas : il exige une prise de risques, du courage politique et une volonté de prendre l'initiative. La militante et lauréate du prix Nobel de la paix, Jody Williams, coordonnatrice de la Campagne internationale pour interdire les mines terrestres, a déclaré que « la volonté du Canada de sortir du processus diplomatique "habituel" avait joué un grand rôle dans le succès du mouvement d'interdiction. » Mme Williams a tout à fait raison. Avant mon élection en 2011, j'ai été diplomate pendant quinze ans, et j'ai vu à quel point le Canada pouvait réaliser de grandes choses, grâce à son poids politique et à sa bonne réputation, en endossant des causes moins populaires.

Cinquante gouvernements étaient réunis à Ottawa en octobre 1996. En décembre 1997, 122 pays ont signé la convention. Aujourd'hui, 162 pays l'ont ratifiée, alors que d'autres pays non signataires modifient leur comportement. Les États‑Unis, dont la non‑participation risquait à un moment de sonner le glas de la campagne d'interdiction, est aujourd'hui le plus important donateur au chapitre des opérations de déminage et s'engage à ne pas utiliser de mines antipersonnel ailleurs que sur la péninsule coréenne.

À un moment où le monde réalise des progrès historiques sur le plan des initiatives multilatérales, le Canada n'est pas de retour sur la scène mondiale.

Il n'en demeure pas moins qu'à l'approche du 20e anniversaire du Convention d'Ottawa, les libéraux n'en font aucunement mention. Lorsque Chrystia Freeland, le ministre des affaires étrangères, a prononcé un long discours sur la politique étrangère à la Chambre des communes en juin dernier, elle a énuméré les contributions importantes du Canada à la paix et à la sécurité mondiale — sans toutefois parler de la Convention d'Ottawa.

Cette omission en dit long. À un moment où le monde réalise des progrès historiques sur le plan des initiatives multilatérales, le Canada n'est pas de retour sur la scène mondiale; il brille par son absence. En 2017, 122 États ont signé le Traité d'interdiction des armes nucléaires, soit autant d'États qui ont signé la Convention d'Ottawa en 1997. Mais cette fois‑ci, le Canada ne s'est pas manifesté. Justin Trudeau s'est plutôt inspiré de gens comme Donald Trump, en qualifiant les négociations d'« inutiles ». Ça, ce n'est pas comment « changer ensemble ».

Le gouvernement ne peut pas continuer de clamer son rôle sur la scène mondiale sans déployer d'efforts. Le multilatéralisme actif signifie se servir de son influence, de ses ressources et de sa réputation pour favoriser le changement et non pas pour s'y opposer. Le Canada devrait être présent même lorsque les gros joueurs n'y sont pas. Il doit aussi être à l'écoute de la société civile et donner suite à ses recommandations. D'ailleurs, le gouvernement pourrait commencer en suivant les conseils de Mines Action Canada, qui a réclamé un financement de 1 $ par Canadien par an pour que le monde puisse être exempt de mines d'ici 2025.

Lundi le 4 décembre, j'ai coparrainé une cérémonie de commémoration du 20e anniversaire du Convention d'Ottawa sur la Colline du Parlement. La soirée a permis de souligner les progrès réalisés par la communauté internationale, et ce que le Canada peut accomplir à titre de véritable partenaire multilatéral. Il me semble que notre gouvernement pourrait profiter de ce rappel.