Hélène Laverdière

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La vision à court terme du gouvernement Harper

Publication: 20/03/2013 08:00

Cette semaine, au Royaume-Uni, le gouvernement conservateur de David Cameron annoncera que 0,7 % de son revenu national brut a bel et bien été consacré à l'aide au développement. Il s'agira du sixième pays à réaliser cet objectif. C'est une réussite extraordinaire dont il faut faire grand bruit. Ici, au Canada, l'heure n'est pas aux réjouissances: le gouvernement conservateur de Harper y consacrera bientôt moins de 0,3%.

Alors que le Royaume-Uni remplit ses engagements en matière d'aide internationale, le Canada, lui, abandonne les siens. Dans le budget fédéral de 2012, l'enveloppe de l'aide internationale a subi des compressions sans précédent, soit 377 millions, dont 319 millions étaient destinés à l'Agence canadienne de développement international (ACDI). Ces compressions ont été réalisées dans la foulée du gel imposé par les conservateurs à l'aide publique au développement, alors que notre pays s'était engagé à accroître son apport de 8 % par année.

À ces compressions s'ajoute le fait que le 31 mars 2013, nous soulignerons le deuxième anniversaire du dernier appel pour les ONG d'offres du Programme des partenaires pour le développement de l'ACDI, qui soutient les organisations canadiennes qui luttent contre la pauvreté dans les pays en développement. En l'absence de processus d'offres et au vu du manque d'information, de nombreuses ONG canadiennes s'inquiètent de la métamorphose de l'aide internationale depuis l'arrivée au pouvoir de Harper. Le Canada n'offre désormais ni financement à long terme ni financement de base au secteur du développement. En raison du manque de transparence du bureau du ministre Julian Fantino, les ONG canadiennes ont le sentiment qu'elles ne peuvent plus prévoir quoi que ce soit à l'égard du financement.

Le mois dernier, j'ai été l'hôte conjoint d'un événement organisé sur la Colline du Parlement dans le cadre de la campagne nationale pour l'annulation des compressions. À cette occasion, j'ai entendu les récits de réussites sur le terrain de plusieurs ONG canadiennes qui œuvrent dans la sphère du développement. Malheureusement, ces belles réussites sont menacées par le gouvernement conservateur et ses compressions.

J'ai consulté de nombreuses ONG qui œuvrent pour le développement international. Bon nombre d'entre elles craignent que les compressions les obligent à réduire leur personnel et à mettre fin à des partenariats de longue date sur le terrain. Ces partenariats ont été établis au prix d'efforts déployés pendant des dizaines d'années et ont mené à des réussites extraordinaires. Malheureusement, les réussites durables semblent n'avoir aucune importance pour le gouvernement, qui entretient une vision à court terme et souhaite des résultats faciles à mesurer, ce qui n'est évidemment pas l'objectif du développement international, qui vise les transformations à long terme.

Certaines ONG craignent par ailleurs que, parce que le gouvernement actuel donne priorité aux partenariats avec l'industrie extractive, les seuls fonds qu'il consentira iront au financement de projets conclus avec les compagnies minières du Canada. Pour de nombreuses ONG canadiennes et leurs partenaires locaux, ce choix est inacceptable. Les besoins n'existent pas seulement là où ces compagnies œuvrent. Il serait peut-être bon qu'on rappelle aux conservateurs que, selon la loi, l'aide internationale vise la réduction de la pauvreté et non pas la satisfaction d'intérêts privés ou de priorités commerciales immédiates.

Le gouvernement Harper devrait s'inspirer du gouvernement conservateur du Royaume-Uni qui, malgré une situation économique difficile, a pris l'engagement louable de ne pas réduire le budget consacré à l'aide au développement. La réduction de l'aide au développement ne correspond franchement pas aux valeurs canadiennes. L'approche du gouvernement Harper est insensée, tant moralement que financièrement.

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  • BUDGET 2012: LES FAITS SAILLANTS

    À la fin de la présente année financière, le déficit s'élèvera à 24,9 milliards $, pour diminuer graduellement afin d'atteindre 1,3 milliard $ en 2014-2015. L'année suivante, le gouvernement prévoit engranger un excédent de 3,4 milliards $. (PC/Sean Kilpatrick)

  • COMPRESSIONS BUDGÉTAIRES

    Le gouvernement réduit de 5,2 milliards $ les dépenses ministérielles, soit 6,9 pour cent de leur budget, avec des départs de 19 200 fonctionnaires à terme, ce qui représente 4,8 pour cent de la fonction publique fédérale.

  • RADIO-CANADA

    Le gouvernement Harper réduit le financement de CBC/Radio-Canada de 115 millions de dollars sur trois ans, soit des compressions de 10 % du budget.

  • LA CENT DISPARAÎT

    La Monnaie royale canadienne cessera de distribuer la pièce d'un cent à compter de l'automne prochain, ce qui permettra des économies annuelles de 11 millions $. (CP photo)

  • LA LOI ET L'ORDRE

    Le ministère fédéral de la Sécurité publique subira une ponction de 179,4 millions $ en 2012-2013. De cette somme, près de la moitié, soit 85,5 millions $, devra être puisée dans le budget des services correctionnels du Canada. En 2014-2015, les économies devront avoir atteint 295,4 millions $ aux services correctionnels du Canada.

  • ENVIRONNEMENT

    Ottawa entend accélérer les processus d'examen environnemental des grands projets. La Table ronde nationale sur l'environnement et l'écologie, une organisation dont le mandat était de trouver des façons de concilier les considérations environnementales et économiques, est abolie.

  • LIBERTÉ 67

    L'âge d'admissibilité aux prestations de la Sécurité de la vieillesse passe de 65 à 67 ans. Il en est de même pour les prestations du Supplément de revenu garanti, dont bénéficient les personnes âgées démunies. La hausse graduelle de l'âge d'admissibilité à ces prestations débutera en avril 2023 et s'étendra jusqu'en janvier 2029.

  • SANTÉ

    Des compressions de 310 millions de dollars d'ici 2014-2015. Santé Canada et l'Agence de santé publique Canada vont fusionner leurs services administratifs. (Alamy photo)

  • RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT

    Le gouvernement annonce une réforme importante de ses programmes d'aide à l'innovation qui se traduira notamment par l'abolition du soutien à la recherche fondamentale et une baisse du crédit d'impôt pour la recherche et le développement.

  • IMMIGRATION

    Le gouvernement compte inciter les entreprises à embaucher des Canadiens avant de recourir aux travailleurs étrangers temporaires. Il veut aussi axer davantage le système d'immigration sur les besoins du marché du travail. (pwenzel on Flickr)

  • AFFAIRES ÉTRANGÈRES

    Le ministère des Affaires étrangères devra vendre certaines résidences, réduire son parc automobile, revoir les allocations de ses employés. Le Canada se retirera de certaines organisations internationales non identifiées jugées non «pertinentes à ses intérêts et priorités». (Amos Ben Gershom/GPO via Getty Images)

  • DÉFENSE

    Le portefeuille de la Défense nationale sera réduit de 326,8 millions $ en 2012-2013 et ultimement de 1,12 milliard $ en 2014-2015. Après la fin de la mission de combat en Afghanistan, la Défense et les Forces armées canadiennes devraient améliorer les processus d'attribution de contrats, rationaliser l'acquisition de matériel de soutien et centraliser la gestion des biens immobiliers, entre autres. Une somme de 5,2 milliards $ en 11 ans sera consacrée au renouvellement de la flotte de la Garde côtière canadienne. (ROMEO GACAD/AFP/Getty Images)

  • KATIMAVIK

    Le programme créé sous Pierre Elliot Trudeau est aboli, <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/03/30/abolition-katimavik-coup-eclat_n_1392454.html" target="_hplink">comme le rapportait le Huffington Post Canada</a>. (CP photo)

  • PÊCHES ET OCÉANS

    Le budget de Pêches et Océans Canada sera réduit de 79,3 million de dollars d'ici 2014-2015, au prix d'une importante restructuration. (AFP/Getty Images)

  • ÉDUCATION AUTOCHTONE

    Une somme de 275 millions $ en trois ans sera consacrée à l'éducation pour les Premières Nations, en plus de 330,8 millions $ en deux ans pour l'amélioration de la qualité de l'eau sur les territoires autochtones. (CP)

  • FONDS DE RETRAITE

    Les fonds de pension des fonctionnaires fédéraux seront modifiés. Le gouvernement propose de rajuster les cotisations des employés de la fonction publique de façon à ce qu'elles en viennent à être égales à celles de l'employeur, soit une proportion de 50-50. Elles ne sont actuellement que de 37 %. Les députés devront aussi faire un effort. Comme les fonctionnaires, ils devront aussi éventuellement débourser 50 % des cotisations à leur fonds de pension, mais le budget ne souffle mot sur de possibles réductions de leurs généreuses prestations, une fois la retraite arrivée. (Alamy photo)

 
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