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Journée mondiale des réfugiés: le Canada doit en faire plus

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La Journée mondiale des réfugiés se tiendra le 20 juin prochain. Tenue pour la première fois en 2001, cette journée vise à faire connaître la situation extrêmement difficile et l'urgence dans laquelle se trouvent plus de 60 millions de réfugiés et de déplacés à travers le monde . Cette journée internationale est donc très importante pour saluer le courage et l'espoir dont font preuve ces millions de réfugiés.

Le nombre de réfugiés et de personnes déplacées est en hausse. En Syrie, on le sait, plus de la moitié de la population est réfugiée ou déplacée. C'est un drame dont nous sommes tous témoins. Et, malheureusement, il y en a bien d'autres. Au Moyen-Orient, au-delà de la Syrie, la situation est très difficile en Irak et au Yémen, tandis que des milliers de Palestiniens sont réfugiés depuis des décennies. L'Europe, avec la situation en Ukraine, est aussi touchée par des conflits générant des déplacements.

En Asie, le Myanmar, touché par des conflits entre des groupes ethniques et le gouvernement depuis plus de 50 ans, connait aujourd'hui plus de 1,4 million de réfugiés et déplacés . De son côté, le Pakistan vit une double crise en raison du grand nombre de réfugiés qu'il accueille (plus d'un million de réfugiés afghans en décembre dernier) et du nombre de déplacés internes qui ne cesse de croître (590 000 en 2015). Dans les Amériques, la Colombie continue d'abriter un des plus grands nombres de personnes déplacées au monde suite à la longue guerre civile qui, heureusement, semble sur le point de se terminer.

Une grande part des réfugiés syriens se déplacent vers des pays comme la Turquie (plus de 2 millions de réfugiés y résidaient en 2015), le Pakistan, le Liban et la Jordanie. Ces derniers ne sont plus en mesure de bien répondre à cette immense demande et ce sont des centaines de milliers de réfugiés qui ont essayé de franchir la mer Méditerranée pour trouver refuge en sol européen. Trop d'entre eux meurent en route.

En Afrique aussi, notamment en République centrafricaine et au Soudan du Sud, des centaines de milliers de personnes fuient des conflits, la sécheresse, ou des crises politiques. Et pourtant la situation des réfugiés dans les pays africains ne suscite guère l'attention de la communauté internationale.

Un problème très préoccupant et bien réel s'ajoute à cela: la radicalisation dans les camps de réfugiés. Ces camps servent de terrains aux terroristes pour recruter des jeunes. Des promesses d'une vie meilleure servent souvent d'argument pour faciliter la radicalisation de ces réfugiés dépourvus d'autres options viables.

De plus, nous savons depuis plus de 25 ans que les changements climatiques risquent d'entraîner la migration forcée de millions de personnes, ce qui ne peut qu'aggraver la crise actuelle. Certains déplacements de populations seront directement causés par la hausse du niveau des mers ou des phénomènes météorologiques extrêmes qui rendront certaines régions inhabitables et feront accroître l'insécurité alimentaire.

Selon certaines estimations, nous pourrions faire face à environ 200 millions de réfugiés climatiques en 2050. Le Haut-Commissaire pour les réfugiés des Nations unies (UNHCR) a déclaré récemment que le nombre de personnes déplacées chaque année à cause des catastrophes naturelles sera beaucoup plus grand que celui du nombre de déplacés actuel en raison des conflits .

Bien que le Canada ait joué un rôle important dans l'accueil de plus de 25 000 réfugiés syriens lors de la dernière année, il compte moins de 1% des réfugiés mondiaux. Je crois qu'il doit en faire plus et devenir ainsi un modèle sur la scène internationale. Il incombe au gouvernement canadien d'agir de manière juste et équitable dans la réinstallation des réfugiés, et ce, sans regard sur le pays de provenance. Un réfugié est un réfugié.

L'accueil d'un nombre élevé de réfugiés chaque année n'est qu'une des solutions que le Canada pourrait envisager. En effet, le Canada devrait fournir une aide humanitaire et une aide pour réinstaller les réfugiés climatiques dans d'autres régions à l'intérieur de leur propre pays, dans la mesure du possible.

Il est également important de renforcer l'autonomie des personnes déplacées. En effet, le Canada se doit d'encourager le rôle des acteurs locaux et les inclure davantage dans l'organisation et la prise de décisions liées aux actions humanitaires. En Syrie, il existe plusieurs organisations locales qui continuent à aider leur communauté, et ce malgré la guerre. Il faut accroître le financement destiné à ce type d'acteurs nationaux et locaux afin qu'ils puissent agir eux-mêmes.

Il faut aussi penser au futur et notamment aux trop nombreux enfants qui se retrouvent coincés dans des situations de conflit ou de crise humanitaire. Il faut leur assurer une éducation complète. À ce titre, j'appuie la création du Fonds «L'éducation ne peut pas attendre» et je suis déçue que le Canada n'ait pas annoncé de financement pour cette initiative alors qu'il était au Sommet humanitaire mondial il y a quelques semaines.

Enfin, le Canada et ses alliés doivent surtout s'attaquer aux causes des déplacements forcés. Cela signifie appliquer des solutions politiques concrètes et viables en prévention des conflits et en matière de lutte aux changements climatiques. Ceci inclut notamment l'implication des femmes dans la prévention des conflits. D'ailleurs, je suis fière d'avoir pu sensibiliser les membres du Comité des Affaires étrangères et du développement international de l'importance du sujet et en convaincre les membres de faire une étude sur l'agenda Femmes paix et sécurité.

Beaucoup de défis nous attendent donc. Mais en travaillant tous ensemble, je suis certaine que nous pourrons faire des progrès immenses.

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