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Le prix de la «masculinité»

J'aimerais donc aujourd'hui inviter les hommes à briser le silence sur le prix de la «masculinité», car il est essentiel de s'attaquer à la source réelle du problème afin de pouvoir le régler.

12/11/2017 08:00 EST
Geber86 via Getty Images
La pression sociale est un monstre terrifiant; l'humiliation et l'intimidation sont des phénomènes rampants dans notre société.

C'est quoi, un vrai homme? Qui est ce «mâle alpha» idéalisé partout dans les médias (télévision, cinéma, publicité, vidéos de musique) et qui semble représenter l'idéal à atteindre pour tous les hommes et la prise que, supposément, toutes les femmes recherchent? Cet homme, c'est James Bond, un type qui règle tous les problèmes par la violence, qui est toujours en contrôle et qui couche avec une femme différente chaque soir.

Eh oui, l'homme, le vrai, doit avoir du succès dans tout ce qu'il fait, être fort, être bon en sport (ou, au moins, en savoir long sur le sujet), et être suffisamment attirant pour attirer des femmes dans on lit. Et surtout, un homme, ça ne pleure pas! Et je vous entends me dire que ces vieux clichés sont démodés et qu'ils ne s'appliquent plus aujourd'hui, mais détrompez-vous. Entre 2008 et 2012, Celine Kagan, une enseignante de New York, a fait une petite expérience avec ses élèves garçons de niveau secondaire dans le but de décortiquer le «mythe de la masculinité». Invariablement, lorsqu'elle leur posait la question «Qu'est-ce que un vrai homme?», elle obtenait toujours les mêmes réponses: fort, dur, riche, brave, indépendant, aime les voitures, couche avec beaucoup de femmes, ne pleure pas. Bref, tous les clichés que nous ne connaissons que trop bien. Après avoir écrit tout cela au tableau, elle leur demandait si les hommes qu'ils connaissaient étaient vraiment comme cela. Leurs réponses étaient toujours «Non». De toute évidence, aucun homme ne peut être comme ça. Personne ne peut être comme James Bond.

Je regardais récemment un documentaire américain intitulé The Mask You Live in (Le masque que vous portez) dans lequel on y décrit jusqu'à quel point les jeunes garçons (et plus tard les hommes) souffrent du lourd fardeau infligé par le conditionnement déshumanisant d'une société dominée par des valeurs stéréotypées à l'extrême sur ce que devrait être un homme et, par extension, sur ce qu'il ne devrait pas être. Et ce qui est le plus lourd à porter pour les hommes, est la nécessité de se déconnecter de leur émotivité et de leur vulnérabilité pour se conformer aux attentes de la culture dans laquelle ils vivent. Même si le petit garçon ne grandit pas dans une maison où ces valeurs sont véhiculées, la pression sociale qu'il vivra dans son milieu scolaire ou sportif le convaincra de se soumettre à ces standards et à réprimer tout ce qui peut représenter des émotions ou des attitudes considérées traditionnellement comme étant «féminines»: l'empathie, la compassion, et l'expression de la tristesse ou de la tendresse. Et s'opposer publiquement à ces valeurs l'expose au ridicule, à l'humiliation, à l'intimidation et parfois même à la violence physique. En bref, ils ne doivent surtout pas être «comme une fille» et ils doivent sans cesse prouver qu'ils ne sont «pas gai».

Il se crée un sentiment d'isolation qui est causé par l'incapacité d'établir des relations émotionnellement intimes avec ses semblables.

Évidemment, le prix à payer pour se conformer est très lourd de conséquences au niveau psychologique. À long terme, réprimer ses émotions peut entraîner la dépression, la colère, la violence, l'abus de drogue ou d'alcool et tout cela peut même mener jusqu'au suicide. Il se crée un sentiment d'isolation qui est causé par l'incapacité d'établir des relations émotionnellement intimes avec ses semblables. Par crainte d'humiliation ou d'intimidation, les hommes doivent réprimer tout signe de vulnérabilité. Ce degré d'intolérance à la vulnérabilité peut varier d'un pays à l'autre, mais c'est un phénomène qui existe partout sur la planète. Malheureusement, sans vulnérabilité, il ne peut y avoir de connexion profonde et intime avec les autres. Et plus important que tout, sans vulnérabilité, il ne peut y avoir d'amour véritable.

La vérité importante à comprendre dans tout cela est que l'empathie, la compassion ou l'expression des émotions comme la tendresse ou la tristesse n'ont rien à voir avec la «féminité». Toutes ces caractéristiques sont simplement des caractéristiques humaines. Autant les hommes que les femmes, nous sommes, d'abord et avant tout, des êtres humains. Nous sommes tous fondamentalement des êtres sociaux qui ont besoin de connexions profondes avec leurs semblables pour pouvoir s'épanouir et vivre une vie saine. Et pour tout être humain, il n'y a absolument rien de plus important que l'amour.

Je crois qu'un des problèmes fondamentaux que les hommes vivent actuellement au niveau des relations amoureuses est qu'ils se sentent coincés entre l'arbre et l'écorce: d'un côté, la pression sociale les incite à entrer dans un moule complètement déshumanisant et de l'autre, les femmes désirent vivre un nouveau modèle de relation basé sur une plus grande maturité émotionnelle. Évidemment, il en résulte beaucoup d'incompréhension et de frustration de part et d'autre.

Je crois aussi qu'il est plus que temps d'avoir des conversations courageuses sur les problèmes que nous vivons dans toutes les sphères de notre société.

Nous vivons à une époque de grands changements et les relations amoureuses ne font pas exception. Je crois aussi qu'il est plus que temps d'avoir des conversations courageuses sur les problèmes que nous vivons dans toutes les sphères de notre société. Certains hommes désirant maintenir le statu quo se plaisent à manipuler habilement la conversation et à viser le féminisme pour les problèmes relationnels hommes-femmes. Moi, je dis que le problème, c'est la «tyrannie de la masculinité». Je dis également que cette «masculinité extrême» perpétuée par toutes sortes de moyens est la cause du sexisme, de l'homophobie et la fondation même de la culture du viol dans laquelle nous vivons. Nous assistons présentement à une explosion de scandales partout sur la planète concernant les abus sexuels d'hommes en position de pouvoir. En vérité, ceci n'est que la pointe de l'iceberg des conséquences attribuables à la culture déshumanisante dans laquelle nous vivons.

La pression sociale est un monstre terrifiant; l'humiliation et l'intimidation sont des phénomènes rampants dans notre société. Mais ce monstre ne peut pas survivre si nous brisons le silence. J'aimerais donc aujourd'hui inviter les hommes à briser le silence sur le prix de la «masculinité», car il est essentiel de s'attaquer à la source réelle du problème afin de pouvoir le régler. Nous avons déjà fait certains progrès, certes, mais il reste beaucoup de travail à faire. Et je suis d'avis que pour changer le monde, il faut d'abord se changer soi-même. Et oui, messieurs, il faut accepter de regarder derrière le masque de la «masculinité» et de renouer avec toute votre humanité si vous désirez vivre une vie plus riche en expériences personnelles et relationnelles. Il faut accepter de faire un travail sur soi et prendre responsabilité de ce que vous créez dans votre vie personnelle et amoureuse.

La balle est maintenant dans votre camp...

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