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Comment rester ensemble après la perte d'un enfant

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Ce n'est pas un secret: de nombreux mariages ne résistent pas à la mort d'un enfant. Ce que je comprends parfaitement.

La mort d'un enfant vous détruit entièrement. Vous êtes à la fois la même personne et quelqu'un de totalement différent. On change tous avec les années, mais rarement de façon si soudaine et radicale. Il faut donc redécouvrir l'autre dans les pires des circonstances.

Personne ne fait son deuil de la même façon, même si c'est pour les mêmes raisons. L'un dira librement ce qu'il ressent, tandis que l'autre aura tendance à se renfermer, ou bien à exprimer sa souffrance de manière "classique" (en pleurant, etc.) sans comprendre les réactions de l'autre. On ne porte pas non plus le deuil de manière "synchrone": on en veut parfois à l'autre de nous saper le moral dans un bon jour; d'autres fois, on culpabilise de ce qu'on lui fait subir.

On a parfois envie -et même besoin- de ne penser qu'à soi, de ne pas se préoccuper des sentiments de l'autre. Que quelqu'un s'occupe de nous, qu'on nous laisse dire que personne ne peut imaginer à quel point on souffre. Mais l'autre nous comprend, et c'est à la fois une chance et une malédiction. Une chance parce qu'on n'est pas seule avec sa souffrance. Et une malédiction parce qu'il y a des jours où, pour pouvoir survivre, on ne pense qu'à soi. Pour se préserver, on se replie sur soi-même, on tient l'autre à distance.

Le couple nous oblige aussi à affronter des situations difficiles et des émotions qu'on préfèrerait occulter. Etre seule avec sa douleur permet de ne pas penser à ce qui nous fait mal: il suffit de dire que personne ne peut comprendre, et s'en tenir là. Mais quand on est avec quelqu'un, il faut analyser les choses en profondeur si on veut pouvoir se reconstruire un jour. Parfois, il faut s'adapter au rythme de l'autre, et ça peut être frustrant.

J'ai demandé à mon mari, Mike, pourquoi il pensait que notre mariage avait survécu à la mort de notre fille, Maddie. Il a réfléchi un moment, et il m'a répondu: "Je ne sais pas." Je serais, moi aussi, bien incapable d'expliquer pourquoi. On ne s'aime pas plus ou mieux que les couples qui se sont séparés. Mais je crois que le fait de pouvoir écrire ce que l'on ressentait, dans les moments où on ne s'adressait plus la parole, nous a aidés. Rapidement, nous nous sommes rendu compte que le meilleur moyen de préserver notre couple, c'était parfois de ne s'occuper que de soi. S'autoriser à être égoïste, mais s'efforcer de maintenir le dialogue et de se dire les choses. Quand l'un de nous avait besoin de plus, l'autre essayait d'y répondre et de ne pas laisser la situation s'envenimer. On y travaille encore.

On se laisse respirer à certains moments, et on se serre dans les bras l'un de l'autre quand on en a besoin. On a suivi une thérapie de couple, mais on préfère faire un travail chacun de son côté. On a dû définir ce qui nous mettait mal à l'aise et ce qui nous convenait, et ça change sans arrêt. On fait souvent allusion à la notion de "perdre pied" parce qu'une personne en détresse entraîne parfois son sauveteur dans sa noyade. Quand l'un de nous va mal, il dit: "Je suis en train de perdre pied" et l'autre lui dit les mots qu'il faut pour l'aider, sans se laisser entraîner dans sa chute.

Il n'y a rien de pire, dans la vie d'un couple, que la perte d'un enfant. On continue à se débattre avec ça et, comme tous ceux qui l'ont vécu peuvent en témoigner, on ne sait jamais ce dont demain sera fait. On essaie de se concentrer sur ses enfants, son couple et sur soi-même, plutôt que sur ce qui aurait pu être, ou ce qui sera peut-être.

Et c'est dur. Vraiment dur.

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