Guillaume Beauregard

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La nature de la bête

Publication: 8/02/2012 15:27

Face aux nombreuses injustices vis-à-vis du phénomène de téléchargement dans le milieu de la musique, les artistes restent muets. Peut-être ces derniers n'ont-ils pas pris la peine de réfléchir à la situation, mais peut-être aussi sont-ils pris entre l'arbre et l'écorce. D'un côté menotté par une industrie qui va extraire tous les bénéfices possibles des dernières ventes physiques et d'un autre côté, menottés par des consommateurs qui ont bien raison d'en avoir assez de payer le gros prix pour un disque en magasin. Demandez aux artistes ce qu'ils souhaitent, vous aurez vite l'impression d'entendre parler un PDG de compagnie ou pire à mon avis : les mouches voler.

Rien n'est plus démoralisant que de constater encore en 2012 de quelle façon l'industrie, complètement dépassée et incapable de se remettre en cause, continue d'accuser certains amateurs de musique de piraterie. Elle préfère encore les culpabiliser vis-à-vis du téléchargement peer-to-peer et condamne l'utilisation des torrents alors que l'on assiste tranquillement à l'enrichissement outrageux des fournisseurs d'accès internet. Les stratégies jusqu'ici déployées par les tenants du modèle classique se confirment inutiles et même néfastes pour la bonne santé de la culture musicale. Toute cette machinerie engendre des effets pervers qui se résument à mon avis à une question toute simple: comment vont faire les artistes pour survivre? La musique a un coût pour les créateurs.

Le problème ne se situe pas au niveau des recettes qui sont engendrées par les activités d'un artiste. Il se situe au niveau de sa distribution inégale. À l'image des multinationales de tous les secteurs qui s'enrichissent sur le dos des travailleurs, nous assistons de façon toujours croissante à l'enrichissement outrancier des fournisseurs d'accès internet (FAI) sur le dos des fournisseurs de contenu (FDC). Les ventes de disques diminuent, mais l'utilisation de bande passante augmente au même rythme. Les compagnies de disques qui ont exploité les artistes pendant près de cinquante ans ont bien malgré eux déjà passé le flambeau aux Vidéotron, Bell, Rogers et autres AOL de ce monde. L'argent qui est généré par la musique est toujours là. Il a simplement changé de poches.

Les ventes physiques, c'est terminé. Au mieux, marginal. L'important restera toujours d'être entendu. Depuis l'avènement d'Internet, la portée qu'une œuvre peut avoir n'a fait qu'augmenter de jour en jour. C'est donc dire que tout va pour le mieux dans ce sens. Obtenir un accès illimité à toute la musique du monde « gratuitement » et instantanément est une réalité tout à fait souhaitable. Il est cependant faux de croire que le téléchargement est gratuit. Il suffit de regarder sa facture Internet. Est-ce vraiment nécessaire de spécifier que cette même connexion deviendrait vite obsolète s'il n'y avait pas de contenu à télécharger? Pourquoi les FAI refusent obstinément de rémunérer justement les FDC (auteurs, compositeurs, cinéastes...) qui les alimentent? C'est bien sûr la nature même de la bête. Existe-t-il encore des gens pour s'en surprendre?

Fait à noter : Une étude CROP commandée par la Songwriters Association of Canada démontre que 71% des foyers canadiens sont prêts à investir 5$ de plus à leur facture internet en échange du téléchargement légal des contenus qui circulent sur internet, pourvu que cette somme soit versée aux artistes. Car vous aurez bien compris, les FAI refusent catégoriquement de verser ce pourcentage aux FDC depuis leur marge de profits faramineuse. Cet argent doit venir des utilisateurs. Un tel système n'est ni parfait ni facile à mettre en place certes, mais beaucoup plus cohérent que le bourbier actuel. Il faudrait qu'on commence à se rendre à l'évidence...

 
Face aux nombreuses injustices vis-à-vis du phénomène de téléchargement dans le milieu de la musique, les artistes restent muets. Peut-être ces derniers n'ont-ils pas pris la peine de réfléchi...
Face aux nombreuses injustices vis-à-vis du phénomène de téléchargement dans le milieu de la musique, les artistes restent muets. Peut-être ces derniers n'ont-ils pas pris la peine de réfléchi...
 
 
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20:48 sur 12/02/2012
Je n'ai que les mots intelligent, sensé et réaliste qui me viennent en tête...oh oui, un autre...BRAVO!!!
20:47 sur 12/02/2012
J'adore ton texte..Intelligent, sensé, réaliste!! Rien d'autre à dire que ''BRAVO''!!!
16:52 sur 09/02/2012
Tu as entièrement raison, je ne vois pas pourquoi les distributeurs internet font de l'argent sur le compte des artistes qui y présentent leur contenu. C'est d'ailleurs pourquoi je n'ai encore jamais télécharger de musique via le web. J'y consulte des sites de musique et si j'aime l'artiste, je me procure le disque et/ou je vais voir le show, c'est encore la meilleur façon de les encourager directement. Je suis probablement un dinosaure mais j'aime encore avoir la pochette et tout le tralala...ça prends de la place mais j'aime ça! Et je télécharge ensuite sur mon ipod. Cela dit, quand je saurai que les artistes reçoivent une juste part, je m'y résoudrai peut-être...
16:06 sur 09/02/2012
Toujours le même discours envers "les méchantes multinationales qui s'enrichissent sur le dos des travailleurs". Pourtant un fait est réel : grosses entreprises, gros salaires et petites entreprises, petits salaires.Haïti aimerait bien avoir ces riches entreprises sur son territoire ...

Guillaume, vous projetez l'image d'un artiste mendiant, demandant la charité sous forme de surtaxe à leur facture internet (vous appellez ça : un investissement ... que c'est poétique!)
Ça reste une taxe, encore une taxe, raz-le bol des taxes !

Un artiste talentueux interprétant des chansons qui plaisent au grand public, n'aura pas besoin de subventions, de taxes et de surtaxes pour survivre à moins que le marché soit saturé.

S'il y a plus d'offre que de demandes, la loi du marché s'applique comme dans toute entreprise.
À ce moment, rediriger votre carrière comme le ferait tout autre travailleur.
13:49 sur 09/02/2012
La redistribution des profits des grosses boîtes Internet est vraiment une piste de solution à laquelle je n'avais pas pensée. C'est sensé et équitable, et il doit y avoir une façon de la publiciser pour que cette idée fasse son chemin chez les Québécois... Il faudrait en faire un "buzz" politique en ces temps de presque campagne publicitaire...
13:43 sur 09/02/2012
C'est vraiment une voie à laquelle je n'avais jamais pensée et à laquelle j'adhère complètement. Il faudrait la publiciser, mais il y a sans doute quelque chose à faire réellement. Peut-être un "buzz" en ces temps de presque campagne électorale?

G.
13:35 sur 09/02/2012
Merci Guillaume. Une voix de plus. C'est tellement évident ! Et outrageux, comme tu dis. Chers FAI !!!

Des compagnies de disques moins poches auraient pu devenir FAI. Au moins, on ne les entendrait plus chialer. Et certains auraient pu se sauver de poursuites complètement folles. Si je télécharge 66,666 chansons, les compagnies font penser que je les aurais toutes achetées en magasin sinon... et vont donc calculer leurs pertes avec ça en tête. Crétins !