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Ma Patrie sans parti

06/10/2014 11:00 EDT | Actualisé 06/12/2014 05:12 EST

Depuis qu'on connait les règles de la course au Parti québécois, les étoiles semblent alignées pour que les candidats à la chefferie s'étrivent durant de longs mois sur le front gauche-droite et sur l'urgence de tenir un référendum. On rejouera donc dans le même film que lors de la précédente course en 2006 alors que la casuistique péquiste avait fini par épuiser tout le monde pour accoucher d'un certain André Boisclair.

La conjoncture est pourtant favorable pour qu'un parti souverainiste entreprenne d'occuper le vaste champ du nationalisme économique et social, abandonné par les fédéralistes radicaux. Le Parti libéral du Québec s'est enferré dans un fédéralisme mortifère proposant de signer la constitution canadienne de 1982 dans la candeur et l'indifférence et de démembrer sans plus attendre l'État national des Québécois. Rien à escompter de ces canadianistes qui ont même abandonné jusqu'au désir de faire évoluer le Canada actuel.

On aurait pu s'attendre à ce que les partis souverainistes tirent profit de l'espace ainsi libéré pour se porter à la défense de l'identité, du territoire et des ressources du Québec. Eh bien non. Au moment où tout le champ de la défense des intérêts du Québec est à portée de main, le Bloc et le Parti québécois choisissent plutôt de se disputer le long de l'axe gauche-droite et de réitérer leurs professions de foi souverainiste, une question qui, dans le meilleur des cas ne concernera les électeurs que dans quatre ans. Ils négligent donc de participer à rebâtir une économie forte, des régions en santé, des communautés locales en possession de leurs moyens, une jeunesse aux études et au travail et à la mettre au pas de la bureaucratie de l'État en vue de revivifier les forces vives et de reconstruire la confiance ébranlée envers notre État national. Là résident pourtant les seules véritables conditions gagnantes à un Québec souverain.

Malgré une offre politique encombrée, on se retrouve donc devant un grand vide au plan du discours national. Non pas entre fédéralistes et souverainistes, ce débat-là on nous y ramène sans cesse, réduisant l'appartenance nationale à un dilemme binaire et débilitant. Diviser la patrie sur cet enjeu fait d'ailleurs essentiellement l'affaire de la classe politique : les leaders fédéralistes afin de faire peur au monde, les leaders souverainistes pour paraître purs parmi les plus purs. Le vide ne réside pas davantage le long de l'axe gauche-droite; ce débat-là il nous sort littéralement par les oreilles. Qu'ils soient abusés par les sociologues français ou par la rhétorique du Tea Party américain, les commentateurs se complaisent à étiqueter tout un chacun de « droite affairiste», de « droite conservatrice » ou de « gauche multiculturaliste » aplatissant la question nationale aux dimensions d'un spectre idéologique.

Le vide ne pourra être comblé qu'en renouant avec les intérêts supérieurs du Québec et, au premier titre, avec la santé économique et sociale et en redorant l'image esquintée de notre État national. Nos élites politiques n'ont nulle envie d'aborder de front cette question pourtant essentielle, car l'intérêt national exige d'aller au-delà de sa stricte base électorale et d'enfin penser le Québec en termes de communauté nationale et historique. Or le débat mal mené sur la charte des valeurs a discrédité toute évocation de l'identité et de l'appartenance; une charte qui, ironiquement, n'avait a priori rien à voir avec l'identité puisqu'il s'agissait justement de décréter la laïcité, la neutralité et l'égalité de tous dans une perspective républicaine. Détournée vers un enjeu communautaire, le débat sur la charte rend présentement périlleux tout rappel de l'identité canadienne-française, au cœur pourtant de toute tentative visant à restaurer l'intérêt national. Soudainement, il est devenu beaucoup plus facile de se dire souverainiste que tout bonnement nationaliste. La classe politique en a pris bonne note, mais pour tirer la mauvaise leçon. En s'en tenant prudemment à la diatribe gauche-droite ou à l'opposition entre fédéralistes et souverainistes, on évite soigneusement toute référence à la patrie, à l'identité ou même à la langue et à la culture du Québec. Résultat : plus aucun parti ne se définit par l'intérêt national, en particulier s'il faut accepter de mener cette défense dans le cadre canadien.

Cela est vrai à l'échelon provincial, ou PLQ, PQ et QS demeurent résolument campés dans les prémisses idéologiques qui les empêche de défendre l'intérêt national au-delà de leur base électorale et de parer aux attaques d'où qu'elles viennent : que ce soit du centralisme d'Ottawa, de la voracité des entrepreneurs privés, du corporatisme syndical ou du communautarisme sectaire. Seule la Coalition avenir Québec semble avoir compris le profit électoral à tirer de la défense de l'intérêt national : le seul parti ayant placé le développement économique, la reprise en main des régions et la mise au pas de la bureaucratie gouvernementale au centre de son discours. Dommage que ce parti n'assume pas pleinement de stature nationaliste pour donner sens à ses revendications. Dommage qu'il reprenne trop complaisamment le discours du patronat et des accents populistes. Dommage en somme qu'aucun parti d'opposition n'ait encore compris que la seule véritable alternative au PLQ sera toujours un authentique parti d'union nationale d'abord tourné vers l'intérêt commun, y compris si cet intérêt diffère de ceux de leur clientèle électorale ou de ceux du Canada anglais.

Ceci dit, rien de trop grave à Québec où les libéraux exercent le pouvoir sans partage pour des années. Les partis d'opposition auront toute aise de préparer leur match revanche. Espérons cependant que les militants du Parti québécois réaliseront à temps l'immense erreur de n'envisager l'intérêt national qu'à l'aune de l'accession à la souveraineté. Dans le cas contraire, ils pourraient bien se réveiller trop tard pour découvrir que c'est désormais la CAQ qui occupe seule la case de parti autonomiste et nationaliste au Québec, prête à collaborer avec tous les ordres de gouvernement afin de promouvoir, et de protéger les intérêts de la population du Québec. Les souverainistes ont beau se gausser de l'absence de position constitutionnelle de la CAQ, eux-mêmes n'ont pas même songé à un plan B en cas d'échec de la souveraineté, ce qui, en regard de l'intérêt national, n'est pas plus défendable.

La situation est cependant plus grave au niveau fédéral où aucune voix risque de n'être entendue lors du prochain scrutin afin de défendre l'intérêt national. D'un côté, les partis centralisateurs, le PLC de Trudeau et le NPD de Mulcair, inlassablement engagés dans la destruction des traits nationaux québécois au nom du multiculturalisme et des intérêts pancanadiens. De l'autre, les conservateurs de Harper, complètement indifférents aux aspirations du Québec et parfaitement ignorants de nos sensibilités et de nos traditions politiques. Quant au Bloc québécois de Mario Beaulieu, il a choisi d'utiliser la campagne fédérale comme d'une tribune pour parler souveraineté aux Québécois. Devant de tels choix, vers quel parti devrait se tourner le nationaliste d'abord attaché au développement économique et social de sa patrie, mais convaincu que le scrutin fédéral n'est pas le lieu pour régler la question nationale ? Aucun. Aucun parti pour incarner une posture à la fois légitime et fort répandue.

Quel gaspillage d'énergie nationale, quelle schizophrénie de la part la classe politique. Là où les Mercier, Duplessis, Bourassa et Bouchard avaient su réunir les Québécois autour de l'intérêt national consistant à tirer parti de tous les outils propres à faire avancer le Québec, y compris des institutions fédérales, les formations politiques actuelles, tant fédéralistes que souverainistes, ont plutôt décidé de rivaliser de pureté afin de rassurer leurs militants pour mieux se peindre dans leur coin respectif. J'ai peine à croire que seule la CAQ ait saisi l'immense potentiel électoral d'un nationalisme axé sur économie. J'ai peine à imaginer que le Bloc québécois choisira dans la prochaine année de nous parler de souveraineté tandis que, partout au Québec, les services fédéraux méritent d'être revus, corrigés et bonifiés afin de mieux servir notre population et la rendre davantage maitre de ses choix.

J'ai peine en somme à imaginer qu'aucun parti ne saura miser sur l'épanouissement du Québec d'abord, sans pour autant avoir à se demander à chaque matin si ce doit être dans le Canada ou dans un Québec souverain, tant il est évident que cette question ne se posera pas dans le meilleur des cas avant la fin de 2018.

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