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Israël: quel gouvernement après 40 jours de tractations?

19/03/2013 03:43 EDT | Actualisé 19/05/2013 05:12 EDT
AP
FILE - In this Dec. 16, 2012 file photo, Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu attends the weekly cabinet meeting in his Jerusalem office. Netanyahu’s decision to bring a dovish rival into his Cabinet appears to be backfiring, drawing heavy criticism both in Israel and from the Palestinians and suddenly complicating the task of forming a viable coalition government. It is now uncertain whether Netanyahu will meet an initial deadline next week for forming a new coalition, and rivals are openly talking about the possibility of forcing new elections, just a month after a parliamentary election ended in virtual deadlock. (AP Photo/Gali Tibbon, Pool, File)

Les jeux sont faits, le marchandage est terminé. Au bout de 40 jours de tractations politiques, menées dans une ambiance de Bazar turc, un accord est conclu entre des partis politiques destinés a composer la nouvelle coalition gouvernementale en Israël.

Il semble que ce jeu de revendications et contre-revendication aurait pu durer encore longtemps sans la loi délimitant le temps des hésitations. En effet, ce n'est qu'à la dernière minute avant l'épuisement du délai fixé par la loi que les négociateurs ont trouvé les compromis "magiques".

À première vue, la nouvelle coalition de la 19e Knesseth depuis la fondation de l'État d'Israël, bénéficiera d'une majorité confortable pour diriger le pays. Les deux blocs principaux comptent à eux seuls, et à égalité, 62 sièges sur un total de 120. À ceci il faut ajouter des partenaires mineurs.

Le 33e gouvernement du pays sera quant a lui composé de représentants de quatre partis: "Likoud-Israel Beytenu" de Netanyahu, ayant obtenu la majorité des suffrages avec 31 sièges; "Yesh Atid" de Yair Lapid avec 19 sièges; "habayit Hayehudi" de Naftali Benett avec 12 sièges; "hatenua" de Tzipi Livni avec 6 sièges.

Ceci dit, cette coalition s'annonce plutôt comme un mariage de raison et non d'amour, à la merci de nombreuses embuches en cours de route. Pour dessiner un tableau image de ce qui est prévu disons que le premier Ministre Nethanyahu ne sera assuré de la collaboration automatique uniquement de la part de la moitié des ministres, ceux de son parti. Il regardera à gauche et verra Lapid, à droite il trouvera Benett et en face Livni. Or la fidélité ne lui est assurée ni des uns ni des autres.

Mais au moins peut-on dire que le premier obstacle a été franchi, à savoir l'investiture imminente. Ceci malgré la véritable difficulté à trouver un compromis, à savoir le partage des portefeuilles, plus compliqué que les divergences idéologiques.

Or c'est justement ce partage de portefeuilles qui laisse perplexe les chroniqueurs et une bonne partie de l'opinion publique. Donnons quelques exemples: Yair Lapid sera ministre des Finances, discipline qui lui est totalement étrangère selon ses propres aveux. Ayant tout juste obtenu un baccalauréat "bâclé", il devra naviguer dans une mer particulierement houleuse dont les vagues avaient poussé pas mal de fortes économies vers le naufrage.

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Le billet de Gil Kessari se poursuit après la galerie

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Certes, certains chroniqueurs tentent de calmer les esprits en affirmant qu'un ministre ne doit pas forcement être expert en la matière pour bien réussir. Et de rappeler que le ministre des finances sortant n'avait jamais frôlé cette discipline avant de diriger l'Économie du pays, laquelle, disent-ils, se comporte relativement bien.

Mais d'autres chroniqueurs rejettent cet optimisme en précisant au contraire que l'Économie d'Israël laisse à désirer puisque le déficit budgétaire atteint 40 milliards de livres israéliennes, et que cet abime avait été creusé en effet sous la direction de Yuval Shteinitz, le ministre sortant dont le passé était celui d'un professeur de philosophie...

Autre argument des pessimistes: si l'économie d'Israël s'en sort relativement bien c'est en grosse partie grâce au Gouverneur de la Banque d'Israël Stenley Ficher. Or il quittera cette fonction très prochainement et la grande inconnue est quelle sera la personnalité de son successeur et sera-t-il en mesure de freiner les erreurs éventuelles du ministère des Finances.

Un autre portefeuille économique passe également aux mains d'un nouveau venu en politique, Naftali Benett qui sera ministre de l'Économie et du Commerce. Il en est de même pour la tête de la commission économique de la Knesseth apte au besoin de soutenir ou au contraire poser des battons dans les roues de la politique économique du gouvernement.

La politique sociale est également confiée aux gens de Benett qui devront affronter une situation assez angoissante en ce qui concerne le bien-être des couches sociales se multipliant, alors que le budget se trouve diminué. Mais l'opinion publique estime que la nouvelle équipe manifestera plus de sensibilité a l'égard des démunis.

Une autre inconnue concerne le portefeuille de la Défense, qui passe des mains de Ehud Barak, ayant déjà annoncé son désistement, aux mains de "bugui" Yaalon, proche de Nethanyahu, lequel se félicite de conserver pour son parti ce dossier crucial, tout comme les Affaires étrangères qui sont réservées au ministre sortant Avigdor Liebermann, lorsqu'il aura termine tant bien que mal avec ses problèmes face a la Justice.

La Défense donc est confiée une fois de plus à un ancien chef de l'État major auquel on reprochait d'avoir mal préparé l'armée, ayant eu des difficultés au cours de la guerre du Liban en 2006. Or l'on connait peu sa conception de la guerre et de la paix. Bien que certains commentateurs affirment qu'il est farouchement opposé à toute aventure contre l'Iran sans une collaboration américaine.

Ce que l'on sait d'ores et déjà c'est que les deux ministres de la Défense se détestent et que par le passé leur animosité voire hostilité atteignait parfois des sommets étonnants. On se souvient de la fameuse phrase de Yaalon expliquant qu'il se réservait tant que possible de poser les pieds au ministère de la Défense de Barak car "il y avait trop de serpents"...

Alors que l'investiture est toute proche l'on garde tout de même un mauvais goût laissé par les négociateurs. Lapid notamment qui est passé maitre en chantage politique mettant pleinement à profit sa carte d'arbitre en tant que deuxième force politique. C'est ainsi par exemple

que tout compromis paraissait impossible devant son entêtement d'obtenir les Affaires étrangères pour lesquelles il n'est pas plus qualifié que pour les finances.

Ceci dit Lapid, secondé par Benett, a quelques gros mérites, à la grande satisfaction de l'opinion publique: Les partis ultra-orthodoxes sont exclus de la coalition âpre en avoir fait partie depuis la naissance d'Israël, soulevant la colère de l'opinion publique devant le chantage politique exercé par ces orthodoxes. Une exception: les orthodoxes avaient été déjà exclus du gouvernement une fois grâce a une campagne virulente menée par Tommy Lapid, père de Yair, ayant réussi a l'époque une percée politique.

Autre mérite du tandem Lapid-Benett: le nombre de ministres est réduit d'un tiers passant de 30 à 21, évitant ainsi un nouveau gouvernement gonflé.

Sur un point l'on ne s'attend guère à des évolutions dramatiques ni à de grandes différences d'opinions: la stagnation militaire et politique face aux pays musulmans, y compris les négociations avec les Palestiniens. Certes, le nouveau gouvernement fera des avances, mais sans y croire.

En résumé, la nouvelle coalition présentera deux blocs politiques: celui de la vieille garde qui excelle dans les combines et la nomination des copains aux postes recherchés, et celui des novices de la politique aspirant, du moins au début, à tenir les promesses et réaliser les idées et les rêves.