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Lorsqu'on veut noyer son chien...

21/02/2015 08:42 EST | Actualisé 23/04/2015 05:12 EDT

Vendredi 13 février, j'ai tenté d'écouter les audiences de la première table d'experts présentée dans le cadre de la démarche vers une nouvelle politique énergétique québécoise... Niet! Rien à faire; ma réception Internet n'est pas à la hauteur! Faute d'Internet à haute vitesse, beaucoup de citoyens impliqués dans ce dossier subissent les mêmes déficiences du système de communication. De leurs ordinateurs, les plus «chanceux» entendent des bribes des conférences entrecoupées de grincements et d'interruptions agaçantes. Impossible de savoir vraiment ce qui se dit! Plusieurs personnes exaspérées se demandent si ce format de participation restreinte n'est pas une stratégie planifiée!

En effet, depuis que le dossier des gaz de schiste a explosé dans notre univers québécois, on peut se questionner au sujet de l'importance réelle du lobby pétrolier et gazier au sein de l'appareil administratif de l'État. En septembre 2010, devant le tollé généralisé, le ministre de l'Environnement, M. Arcand, lance le BAPE sur le Développement durable de l'industrie des gaz de schiste au Québec (rapport 273) en toute hâte et avec un mandat hyper restreint; les citoyens participent massivement. Le rapport ne satisfaisant pas le lobby, on enchaîne donc avec une étude environnementale stratégique (ÉES). Parallèlement, le ministère des Ressources naturelles (MRN) met en place la Commission sur les enjeux énergétiques au cours de l'été 2013. Ça ne passe toujours pas comme une lettre à la poste. Comme les citoyens sont sûrement épuisés par tant de bullshit bureaucratique, on lance un deuxième BAPE sur Les enjeux liés à l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste dans le shale d'Utica des basses-terres du Saint-Laurent (rapport 307). Horreur! Les citoyens impliqués sont toujours au rendez-vous! Ils connaissent leurs dossiers; ils posent des questions qui ont de la substance et leurs mémoires sont bien étoffés!

Une étude bien faite. Bravo! Mais trop d'études, c'est comme pas assez. Chacune coûte des millions de dollars. En cette période d'austérité, on coupe à droite et à gauche; l'argent semble toutefois au rendez-vous pour des études redondantes et inutiles! Puis, elles sont mises immédiatement sur une voie d'évitement.

Mon père disait qu'il y avait plusieurs manières de noyer son chien sans le noyer dans le beurre. Avec son gros bon sens d'agriculteur dont les deux pieds étaient bien ancrés dans la réalité, il voulait dire qu'il y avait plusieurs façons de résoudre un problème. Alors, pour transformer le Québec en pétroéconomie, il faut faire fi de «l'autre côté de la médaille». On tablette toutes les études qui ne donnent pas le résultat escompté et on restreint l'accès à la nouvelle démarche de «consultation». Donc, pas de participation du public, seulement l'avis d'experts «triés sur le volet» et quelques commentaires citoyens via le réseau Internet, dont les connexions sont déficientes, sont autorisés!

On voit le même procédé à l'Office national de l'énergie (ONÉ) qui refuse d'entendre les citoyens qui veulent s'exprimer et de parler des GES et de l'empreinte totale (total footprint) des sables bitumineux qui couleront dans l'oléoduc Énergie Est. Et curieusement cette fois, pas de BAPE québécois sur ces gaz à effet de serre même si le ministère de l'Environnement claironne dans son titre officiel qu'il «lutte contre les changements climatiques»! Cherchez l'erreur!

Lorsqu'on veut noyer son chien, on prend les moyens pour y arriver en présentant ces parodies d'audiences publiques. Le lobby pétrolier et gazier, lui, prend les grands moyens pour faire avaler la pilule... et nous faire rater le virage vert. Tant à Ottawa qu'à Québec, la même méthode est utilisée par tous les gouvernements qui se sont succédé depuis 2010.

Alors, avons-nous un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ou un gouvernement du lobby pétrolier, par le lobby pétrolier et pour le lobby pétrolier?

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