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La CAQ et les hydrocarbures: on verra!

L'agenda d'un parti politique qui a comme ambition de former le prochain gouvernement doit avoir la maturité de comprendre un programme valable sur un ensemble d'enjeux.

03/01/2018 09:00 EST | Actualisé 03/01/2018 09:00 EST
La Presse canadienne
François Legault, le chef de la Coalition Avenir Québec.

Dans le Courrier de Saint-Hyacinthe du 14 décembre, deux députés de la CAQ, Mme Soucy, députée de Saint-Hyacinthe, et M. Lamontagne, député de Johnson, ont fait « une mise au point »; ils répliquaient à une lettre ouverte parue dans le Courrier et la Pensée de Bagot. Comme ils ne précisent ni le nom de l'auteur de cette lettre ni la date de parution, ce manque de précision laisse le lectorat dans un flou artistique. Cependant, au deuxième paragraphe, on peut deviner que le sujet est l'exploitation des énergies fossiles, car il y est écrit : « Il aurait été indiqué de citer la position de la CAQ sur les gaz de schiste. Notre parti défend l'interdiction de la fraction hydraulique et de ses dérivés...»

« Fraction hydraulique » comme il est écrit dans le texte ou « fracturation »? Simple erreur de frappe? Ou façon détournée de maintenir le flou au sujet de la position de la CAQ? Nous sommes à 9 mois d'une campagne électorale et la CAQ est en avance dans les sondages. Il est plus que temps de connaître la position de la CAQ sur de nombreux sujets, dont l'exploitation des hydrocarbures et la lutte aux changements climatiques! De l'autre côté de l'Assemblée nationale, le ministre Moreau affirme que les hydrocarbures seront exploités. Alors, sur cet enjeu, y a-t-il une différence entre la position de la CAQ et celle du PLQ? Après tout, il y a trois membres du cabinet Couillard qui sont d'anciens caquistes! Blanc bonnet ou bonnet blanc! Pour tenter de connaître la position de la CAQ, j'ai lu le programme pour les élections de 2012. Certes, à la page 90 du programme de 2012, on parle d'un moratoire formel; mais il y a beaucoup d'eau qui a coulé sous le pont depuis! Quant au programme pour les élections de 2014, rien, sauf un chapitre pour se réapproprier le Saint-Laurent; reste à savoir si ce serait fait sans y avoir des derricks de forage à 40 m du chenal navigable. On aimerait aussi savoir si la CAQ est favorable à l'exploitation du pétrole en Gaspésie puisqu'il est très, très probable que la « fraction » hydraulique devra être utilisée.

Pour un parti politique qui rêve de prendre le pouvoir, est-ce sérieux?

À 9 mois d'une campagne électorale, je ne vois aucun programme sur le site officiel de la CAQ. Pour un parti politique qui rêve de prendre le pouvoir, est-ce sérieux? Des humoristes et des commentateurs se sont moqués de la réponse moult fois répétée de M. Legault : « ON VERRA!» Faute de programme, vive l'improvisation?

Parlant d'improvisation, au sujet de la réingénierie de l'État, Michel David écrit dans le Devoir du 16 décembre : « Le problème est, qu'une fois à l'autre, on ne sait pas trop où se situe exactement la CAQ sur les questions autres que celles qu'elle a décidé de mettre en vitrine... il n'existe pas de programme global auquel on peut se référer. Cela laissera à son chef tout le loisir d'adapter sa plateforme électorale aux besoins du moment.. Alors, on verra».

Revenons à la mise au point de Mme Soucy et de M. Lamontagne. Ils aimeraient qu'on reconnaisse que, « la CAQ a arraché, in extrémis » un amendement interdisant l'accès au territoire sans le consentement du propriétaire du terrain « aux fins d'exploration ». Ah bon! Si le propriétaire refuse de louer son terrain, alors la pétrolière n'a qu'à s'entendre avec le voisin; puis la partie horizontale du tuyau passera sous le terrain de ce propriétaire récalcitrant. Pour connaître « l'efficacité » de cette mesure, Mme Soucy devrait poser quelques questions à des citoyens de sa circonscription. Un agriculteur a loué son terrain du Rang Salvail pour une fracturation qui a eu lieu en 2010. Tous les voisins, incluant un CPE, ont dû entendre les milliers de camions qui ralentissaient avec leur frein moteur, laissaient tourner leur gros moteur diésel à quelques mètres de leur salon, puis repartaient en grondant. ON VERRA bien si les bouts de chou peuvent faire dodo avec ce tintamarre!

Si Mme Soucy veut savoir ce qu'a vécu une citoyenne dont le voisin a loué un hectare de terre à une gazière, je l'invite à relire le texte de Pierre Foglia, publié en août 2010. Et si on passe au stade de l'exploitation, y a-t-il une restriction au pouvoir d'expropriation? Y a-t-il une restriction au pouvoir de relier chacun des éventuels 20 000 puits par gazoduc? BOF! ON VERRA!

En tant que possible gouvernement de rechange, il est grand temps de savoir quelles sont les positions de la CAQ sur de multiples enjeux. Au 20e siècle, l'idée d'exploiter les hydrocarbures comme le préconisent la CAQ et le PLQ pouvait se défendre, mais Mme Soucy et M. Lamontagne devraient réaliser que nous sommes au 21e siècle. Non seulement les énergies vertes (éoliennes, énergie photovoltaïque, voitures électriques, etc.) sont-elles en train de jeter les idées du passé aux oubliettes pour des raisons économiques, mais nous devons également faire face aux défis gigantesques des changements climatiques. L'exploitation des hydrocarbures et l'Accord de Paris sont incompatibles.

L'agenda d'un parti politique qui a comme ambition de former le prochain gouvernement doit avoir la maturité de comprendre un programme valable sur un ensemble d'enjeux. On ne peut répéter ad nauseam « ON VERRA ».

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