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«Fake news» et acceptabilité sociale

Le rêve d'un pactole pétrolier n'est pas nouveau au Québec.

30/01/2018 08:31 EST | Actualisé 30/01/2018 09:44 EST
malerapaso via Getty Images

En décembre dernier, dans un texte publié dans le HuffPost j'écrivais : « Dans un effort désespéré pour proclamer qu'elle a un simulacre d'acceptabilité sociale, l'industrie, avec la complicité du gouvernement, prétend qu'elle peut procéder si elle a l'accord de quelques élus locaux.» Nous en voyons une preuve flagrante dans l'interprétation fantaisiste que la MRC La Côte-de-Gaspé fait d'un sondage de la firme Segma. Parmi les constats qu'elle fait dans son communiqué, la MRC affirme qu'« une majorité importante de la population est favorable » à des projets d'exploitation pétrolière; dans son communiqué, la MRC « oublie » de mentionner que cet appui est conditionnel à l'absence de la technique controversée de la fracturation hydraulique!

Cet « oubli » stratégique change tout! Compte tenu de la qualité de la roche dans le sous-sol gaspésien (ce qui est vrai aussi pour l'ensemble du Québec), la presque totalité de l'extraction de pétrole et de gaz doit se faire de façon non conventionnelle. En langage clair, cela veut dire que sans fracturation, toute exploitation des hydrocarbures est automatiquement un désastre financier pour le promoteur. Le rêve d'un pactole pétrolier n'est pas nouveau au Québec. On se rappellera que quelque 900 puits ont été forés depuis plus de 100 ans. Faute de débit intéressant, tous ont été abandonnés. N'oublions pas que la fracturation hydraulique avec forages horizontaux est une technique qui a vu le jour aux États-Unis vers 1995-98. Même si elle a un taux d'extraction de seulement 1 à 2 % de tout le pétrole présent dans les schistes, la fracturation est une « amélioration » par rapport aux anciens puits conventionnels.

Même l'affirmation selon laquelle « la quasi-totalité des répondants juge essentiel que le BAPE procède à une évaluation des impacts environnementaux des projets » doit être prise avec des pincettes. Comme le soulignait M. Pascal Bergeron dans une lettre ouverte, « Le sondage que vous dévoiliez aujourd'hui dit clairement que 80 % de votre population désire un BAPE avant ou pendant la phase exploratoire des 3 projets, c'est-à-dire maintenant ».Un forage dit exploratoire est tout aussi dangereux sur le plan environnemental qu'un forage d'exploitation, peut-être même plus, car au stade exploratoire, on ne connaît pas encore la structure géologique du sous-sol.

Un forage dit exploratoire est tout aussi dangereux sur le plan environnemental qu'un forage d'exploitation, peut-être même plus, car au stade exploratoire, on ne connaît pas encore la structure géologique du sous-sol.

Un BAPE pourrait pallier le manque d'information exprimé par la population. L'information complète et factuelle est incompatible avec les projets pétroliers de la région gaspésienne. Lorsqu'on lit le communiqué de la MRC, on croit remarquer une nette tendance à appuyer les forages en utilisant des demi-vérités. Si elle est utilisée habilement, une demi-vérité est plus nocive et plus destructrice qu'un mensonge. Depuis des siècles, le système judiciaire a compris la différence. C'est pourquoi, dans une cour de justice, on exige que le témoin prête serment en jurant de « dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité » et ce, même quand l'avocat de la partie adverse le contre-interroge. Être pris en flagrant délit de dire autre chose que « toute la vérité » est un outrage au tribunal qui rend le témoin fautif passible d'une peine de prison.

Certes, ni la MRC La Côte-de-Gaspé dans son communiqué, ni les promoteurs (Junex, Pétrolia/Péridae) dans leurs communications n'ont prêté serment de dire la « vérité, toute la vérité, rien que la vérité ». Cependant, ce communiqué devient tendancieux en omettant de dire que de nombreux citoyens appuient le projet à la condition qu'on n'utilise pas la fracturation, d'autant plus que cet appui conditionnel exige de ne pas compromettre la qualité de l'eau. De nombreux groupes et citoyens informés ne sont pas dupes. Au niveau de l'acceptabilité sociale, mensonges et demi-vérités font tous partie de l'arsenal des FAKE NEWS.

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