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Venezuela: sortie de crise ou au bord du précipice

La crise vénézuélienne doit être traitée comme une tentative par de puissants cartels de la drogue de s'approprier le pouvoir politique au Venezuela.

22/07/2017 08:00 EDT | Actualisé 22/07/2017 08:00 EDT
Andres Martinez Casares / Reuters
Le peuple a fait entendre sa voix haut et fort : non à la dictature, -oui- à la liberté.

Près de huit millions de Vénézuéliens ont voté dimanche lors de la consultation populaire organisée par le Parlement. Le peuple a fait entendre sa voix haut et fort : non à la dictature, -oui- à la liberté.

Le plan Maduro pour institutionnaliser la dictature

Mis au pied du mur par les manifestations de millions de personnes réclamant le retour à la démocratie et la règle de droit, le Président Nicolas Maduro a déclaré qu'une Assemblée constitutionnelle serait appelée à définir une nouvelle constitution qui remplacerait la Constitution vénézuélienne de 1999 de son prédécesseur, Hugo Chávez. Les membres de l'Assemblée constitutionnelle ne seraient pas élus lors d'élections ouvertes, mais sélectionnés parmi des organisations sociales fidèles à Maduro. Le projet de constituante qu'il concocte lui permettrait de dissoudre à terme l'Assemblée nationale, ce que la Cour Suprême contrôlée par le régime n'avait pas réussi à faire en mai dernier. Elle avait dû revenir sur sa décision d'accaparer tous les pouvoirs du Parlement à la suite des manifestations publiques. L'institutionnalisation de la dictature : voilà son projet.

La consultation populaire du 16 juillet

L'opposition qui détient la majorité au Parlement prétend que l'initiative de Maduro est contraire à la constitution de 1999 qui avait été adoptée sous l'initiative du Président Chavez. L'Assemblée nationale déclenche donc une consultation populaire qui a eu lieu dimanche dernier. Cette consultation pose trois questions au peuple :

« Rejetez-vous et ignorez-vous la réalisation d'une Assemblée constituante proposée par Nicolas Maduro sans l'approbation préalable du peuple vénézuélien?

Exigez-vous que les forces armées nationales et tous les fonctionnaires obéissent et défendent la Constitution de 1999 et appuient les décisions de l'Assemblée nationale?

Approuvez-vous le renouvellement des pouvoirs publics conformément aux dispositions de la Constitution et la tenue d'élections libres et transparentes, ainsi que la formation d'un gouvernement d'unité nationale pour rétablir l'ordre constitutionnel? »

Le peuple n'a pas peur de son tyran

Les Vénézuéliens ont voté par millions dimanche dernier pour manifester leur opposition à la dictature de Maduro. Plus de 98% des votants ont supporté l'opposition et la majorité parlementaire en répondant -oui- aux questions posées, délégitimant ainsi l'assemblée constituante quelques jours avant sa convocation.

Le gouvernement menaça de restreindre la distribution de nourriture et de faire perdre leur emploi à ceux qui exerceraient leurs droits de vote.

Pourtant le régime a utilisé tous les moyens pour faire déraper le processus de votation. Il utilisa la violence. À Caracas, des paramilitaires ont même tirés sur la foule. Le gouvernement menaça de restreindre la distribution de nourriture et de faire perdre leur emploi à ceux qui exerceraient leurs droits de vote. Les médias de communication ont été empêchés de diffuser de l'information relative au plébiscite.

La communauté internationale s'anime

Une mission de cinq anciens présidents a assisté au scrutin en tant qu'observateurs internationaux. Il s'agit du Mexicain Vincente Fox, des Costariciens Laura Chinchilla et Miguel Andres Rodriguez, du Colombien Andres Pastrana et du Bolivien Jorge Quiroga. À la suite de l'annonce des résultats, Andres Pastrana s'exprimant au nom de tous les ex-présidents déclara, « Nous en appelons au président Nicolás Maduro afin qu'il respecte la volonté du peuple vénézuélien, qui a exprimé le rejet sans équivoque de l'assemblée constitutionnelle convoquée par le gouvernement, et qu'il procède à sa suspension tel que recommandé par la Conférence épiscopale du Venezuela, de nombreux gouvernements étrangers et organisations internationales ».

De nombreux pays ont réclamé à Maduro de reconnaitre les résultats de la consultation populaire légitimant ainsi le plébiscite. Le Canada, le Brésil, l'Allemagne, l'Argentine, les États-Unis et l'Union européenne en font partie.

Le Venezuela : sortie de crise ou au bord du précipice

La communauté internationale dispose d'une étroite fenêtre d'opportunité afin de prendre les mesures diplomatiques et faire les pressions suffisantes pour une solution à la crise impliquant le retour à la démocratie et la règle de droit. Jusqu'à maintenant, les déclarations d'appuis abondent, mais les actions concrètes sont insuffisantes.

Le Président Santos de la Colombie a cependant pris une initiative qui porte un espoir. Il a rencontré Raoul Castro afin de le persuader de soutenir une stratégie diplomatique régionale pour endiguer la crise croissante au Venezuela. Cuba est en effet le principal allié du régime Maduro. Une sortie de crise impliquerait nécessairement le départ en exil de Maduro et ses proches assorti d'une garantie d'impunité pour les crimes qu'il a commis.

Maduro continue par contre à maintenir son projet d'Assemblée Constitutionnelle malgré les pressions internationales et les menaces du président Trump d'imposer des sanctions économiques en particulier dans le secteur pétrolier. Le 30 juillet Maduro organise une élection qui choisira 545 délégués à la convention spéciale chargée de réécrire la constitution de 1999 du président Hugo Chavez.

L'opposition a tout simplement exclu de participer à ce qu'elle considère comme une tactique du régime pour éviter des élections perdues d'avance et pour abolir en fin de compte la démocratie parlementaire.

Ce qui est moins compris, c'est le facteur qui rendra plus difficile tout changement politique dans cet État voyou soit que le régime de Maduro abrite non seulement une clique de socialistes radicaux, mais aussi de grands cartels de la drogue au niveau mondial.

Les risques que la crise dégénère vers une escalade de la violence sont grands.

La polarisation et la confrontation ont maintenant atteint son maximum avec comme prime l'implication de la criminalité transnationale. Les risques que la crise dégénère vers une escalade de la violence sont grands.

Une intervention musclée de la communauté internationale est nécessaire

Si Maduro persiste dans son projet d'institutionnaliser la dictature, la communauté internationale doit solidairement prendre des mesures contre les cartels de la drogue et la criminalité organisée impliquée dans le pays qu'il s'agisse du gel des comptes et des actifs bancaires et des mandats d'arrêt, de la mise en marche enquête systématique sur les personnes visées ou leurs familles dans les paradis fiscaux. Désormais, la crise vénézuélienne doit être traitée comme une tentative par de puissants cartels de la drogue de s'approprier le pouvoir politique au Venezuela.

Le conseil de sécurité des Nations Unies devrait être saisi immédiatement de la crise vénézuélienne suivant le principe de droit international de la responsabilité de protéger la population, mais aussi sous l'angle de la sécurité régionale et internationale.

Les Vénézuéliens ont démontré clairement leur volonté de vivre en paix dans un pays démocratique. Ils sont en droit de s'attendre à une intervention plus musclée de la communauté internationale.

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